Amer, Jean-Luc Mélenchon laisse à François Fillon le soin de lutter contre le FN

Amer, Jean-Luc Mélenchon laisse à François Fillon le soin de lutter contre le FN
Jean-Luc Mélenchon dans son QG parisien le 23 avril 2017, photo ©Bertrand GUAY / AFP

Alors qu'en 2002 Jean-Luc Mélenchon appelait à voter contre Jean-Marie Le Pen, il se refuse en 2017 à donner une consigne de vote à ses électeurs. Plus surprenant, François Fillon renonce au «ni-ni» traditionnel de la droite pour faire barrage au FN.

Cette présidentielle rebat décidément les cartes, et le clivage droite-gauche semble bien s'effacer au profit de l'opposition mondialistes-souverainistes. Tandis que Jean-Luc Mélenchon, adversaire déclaré de Marine Le Pen, déserte le champ de bataille sans donner de consigne de vote, c'est François Fillon qui appelle à voter sans ambages contre le Front national (FN).

«Il n'y a pas d'autre choix que de voter contre l'extrême droite», a ainsi martelé François Fillon depuis son QG le 23 avril. Après les premières estimations des instituts de sondage en cette soirée de défaite, il n'aura pas fallu une heure à François Fillon pour appeler ses électeurs du premier tour à voter pour Emmanuel Macron. «Il nous faut choisir ce qui est préférable pour notre pays. Je ne le fais pas de gaieté de cœur. Mais l'abstention n'est pas dans mes gènes», a-t-il déclaré gravement.

Inversion des rôles

Le ralliement express de François Fillon s'inscrit en effet en rupture avec la tradition instaurée chez Les Républicains par Nicolas Sarkozy, qui avait édicté la règle du «ni-ni» lors des élections départementales et régionales de 2015, interdisant aux candidats Républicains de se désister en faveur d'un candidat socialiste en cas de triangulaire avec le Front national. Ironie du sort, c'est Jean-Luc Mélenchon, qui en 2002, avait pourtant appelé à voter contre Jean-Marie Le Pen, «même avec des gants» et qui, en 2017 laisse ses électeurs libres de choisir.

S'en prenant aux «médiacrates» et «oligarques», Jean-Luc Mélenchon justifiait ainsi son refus de donner une consigne de vote, se réfugiant de facto dans le fameux «ni-ni» : «Rien n'est si beau pour eux qu'un second tour entre deux candidats qui approuvent et veulent prolonger les institutions actuelles.»

C'est donc à François Fillon, qu'il revient de défendre le «front républicain» délaissé par Jean-Luc Mélenchon. Un François Fillon qui se posait quelques jours avant en candidat antisystème, seul contre tous, et en particulier contre les médias, qui en appelait au peuple contre le système judiciaire piloté par un «cabinet noir».

Un candidat, enfin, qui qualifiait Emmanuel Macron de «plante hors-sol mise en pot dans les grandes écoles» en meeting à Paris le 9 avril. «Une plante arrosée à l'ombre des palais de la République», attaquait-il même, manière de sous-entendre que le candidat d'En Marche! était une création de François Hollande et du secrétaire général de l'Elysée Jean-Pierre Jouyet.

Pas le feu au lac

Et voilà que, bradant le formidable levier que représentent ses 19,9% de voix, renonçant à toute condition, François Fillon appelle immédiatement à voter pour Emmanuel Macron, invoquant le front républicain et la menace de «l'extrême droite». Un empressement assez intriguant, alors qu'à en croire les sondages, le «plafond de verre» devrait assurer, du moins selon les instituts de sondage une large victoire à Emmanuel Macron contre Marine Le Pen (64% contre 36 selon Ipsos Sopra Steria).

Tout aussi immédiat – et massif – c'est un véritable raz-de-marée de ralliements qui s'est produit chez Les Républicains en faveur du candidat d'En Marche!. A la suite de François Baroin qui a appelé «à titre personnel» à voter «Macron», et appelé les Français à «faire barrage à la candidate du Front national», Nathalie Kosciusko-Morizet et Christian Estrosi ont appelé à voter pour l'ex-ministre de l'Economie de François Hollande.

Seule Nadine Morano semble garder la tête froide et s'interroger sur la cohérence d'un ralliement. «L'enjeu qui va se jouer est extrêmement important et je ne peux pas comprendre cette incohérence qui consiste à appeler à voter "Emmanuel Hollande" comme l'appelait François Fillon», a-t-elle déclaré sur BFMTV. «Nous avons combattu son programme qui nous semblait totalement insuffisant pour la France, il n'a pas changé depuis hier soir, ce programme».

Aussi, les Républicains n'ont pas fini de louvoyer. Au lendemain du second tour de la présidentielle commencera en effet la campagne pour les élections législatives. Et il faudra expliquer aux électeurs pourquoi il devront voter contre les candidats d'En Marche!.

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