«Journée morte» en Guyane : grève, manifestations et réactions politiques

«Journée morte» en Guyane : grève, manifestations et réactions politiques Source: AFP
"Journée morte" en Guyane : grèves et manifestations sont organisées pour dénoncer les conditions de vie dans la région ultramarine

Face à une crise qui risque de s'enliser, le gouvernement a dépêché plusieurs ministres en Guyane. Les manifestants défilent en ce jour de grève, et certains ont déjà annoncé qu'ils refuseraient de rencontrer la délégation ministérielle.

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  • Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a annoncé le 28 mars dans un communiqué que le ministre de l'Intérieur Matthias Fekl et la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts se rendraient en Guyane le 29 mars, au lendemain des plus importantes manifestations que le territoire ait jamais connues.

    Matthias Fekl et Ericka Bareigts «poursuivront ainsi le dialogue avec tous les acteurs économiques, sociaux, politiques et les représentants de la société civile» lancé par la mission interministérielle arrivée le 25 mars, «en vue de la conclusion d'un pacte d'avenir ambitieux» dont la signature «pourrait intervenir dans les meilleurs délais», a ajouté Bernard Cazeneuve.

  • Benoît Hamon se déclare «solidaire» de la population guyanaise tout en estimant que «le gouvernement est au travail» pour tenter de régler les problèmes, dans un entretien à La Voix du Nord à paraître mercredi.

    Dans ce département, «la situation est le résultat de décennies de retard accumulées, dans l’éducation, l’électrification, l’eau, la sécurité. Il y a des retards structurels à combler. Le gouvernement est au travail», affirme le candidat socialiste.

  • La CFDT a critiqué mardi un «déficit» de dialogue des représentants de l'Etat et «la non mise en oeuvre» des politiques publiques en Guyane, et demandé d'«éradiquer» l'insécurité sur ce territoire.

    La Guyane «subit depuis trop longtemps les conséquences d'une absence de politique de développement économique, provoquant un taux de chômage dépassant les 50% chez les jeunes», écrit la confédération dans un communiqué, relevant que les opportunités de ce territoire «sont pourtant évidentes».

  • Air France va renforcer ses liaisons entre les Antilles et la Guyane le 29 mars, ce qui va lui permettre de reprendre l'acheminement, via la Martinique, de ses clients entre la Métropole et la Guyane, a-t-elle annoncé le 28 mars.

    La compagnie aérienne, qui ne peut depuis le 26 mars assurer de liaisons directes vers Cayenne en avion long-courrier, va opérer un vol supplémentaire le 28 mars entre la Métropole et l'aéroport de Fort-de-France, en Martinique, a expliqué Catherine Jude, directrice du contrôle des opérations d'Air France.

  • Les rassemblements organisés en Guyane à l'occasion de la «journée morte» constituent «la plus grosse manifestation jamais organisée» sur ce territoire, a confirmé à l'AFP la préfecture de la région Guyane.

    Alors que ce département compte 250 000 habitants, entre 8 et 10 000 personnes étaient rassemblées vers 12h (17h à Paris) à Cayenne, quand 3 500 à 4 000 personnes étaient réunies à Saint-Laurent-du-Maroni, selon la préfecture, qui a qualifié ces chiffres d'«énormes». Dans le cortège, des participants avaient parlé d'une mobilisation «historique».

  • Plus de 10 000 manifestants battaient le pavé à Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni pour la «journée morte» marquant le deuxième jour de la «grève générale illimitée» en Guyane, a constaté une correspondante de l'AFP.

    Alors que 250 000 personnes vivent en Guyane, la préfecture a comptabilisé respectivement 8 000 et 3 500 participants dans ces deux villes, les deux plus grandes du territoire.

    Dans Cayenne, l'avenue de Gaulle, qui mène au centre historique, était noire de monde à 10h (15h heure de Paris). Les manifestants défilaient en chantant, dans une ambiance bon enfant.

    Beaucoup de drapeaux guyanais étaient brandis, ainsi que des banderoles reprenant le slogan «nou bon ké sa», «ça suffit» en créole guyanais, qui a fleuri ces derniers jours sur les nombreux barrages installés dans les villes du territoire.

    Les «500 frères», un mouvement de citoyen créé récemment pour lutter contre «l'insécurité en Guyane», composé d'hommes toujours cagoulés, a ouvert le cortège, suivi d'un groupe amérindien.

  • Une grande manifestation est en cours à Cayenne où plusieurs milliers de personnes convergent vers la préfecture. 

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Ce 28 mars, la Guyane connaît une «journée morte», marquée par un appel à la grève générale illimitée ainsi qu'à des marches de protestation, notamment à Cayenne et à Saint-Laurent-du-Maroni. Après une première journée de grève le 27 mars caractérisée par une mobilisation relativement faible, c'est donc d'un test pour déterminer la probabilité d'un prolongement du mouvement contestataire. 

Des barrages sont toujours installés sur différentes routes de la région, provoquant la paralysie des principales villes. Ceux-ci ont néanmoins été ouverts brièvement dans la matinée pour permettre aux manifestants de gagner différents points de ralliement. Une marche était organisée à 8h (13h en métropole) à Cayenne.

De nombreux sujets de grogne

La lutte contre les violences et l'insécurité fait partie des principaux mots d'ordre des manifestants depuis le début de la protestation. «Il y a un vrai stress sur l'insécurité», confiait d'ailleurs à l'AFP Michel Yahiel, ancien conseiller social de François Hollande. En effet, la Guyane et ses 250 000 habitants font face à un taux d'homicide record. 

Mais les violences ne sont pas la seule source de colère des Guyanais. L'état du système de santé dans la région, celui du système d'éducation, le pouvoir d'achat ou encore le délabrement des infrastructures sont également au cœur des préoccupations des manifestants. «On nous parle de respect. Mais si la France avait respecté la Guyane, nous n'en serions pas là», s'est indigné sur la chaîne Guyane Première un porte-parole du collectif des Iguanes de Saint-Laurent-du-Maroni, mouvement qui visait, à l'origine, à dénoncer des coupures d'électricité à répétition.

Symptôme d'une contestation élargie à un grand nombre de causes, plusieurs collectifs se sont formés, regroupant différents syndicats ou associations. Parmi eux, Pou La Gwiyann dékolé (Pour que la Guyane décolle) rassemble par exemple des mouvements de lutte contre la délinquance et pour l'amélioration de l'offre de soins, l'UTG, syndicat principal du territoire, des transporteurs, des socioprofessionnels, des agriculteurs, des enseignants et, depuis le 27 mars, des avocats. 

Le gouvernement entame des négociations... avec prudence et difficulté

Le 27 mars, le président François Hollande a qualifié la lutte contre l'insécurité de «première priorité» et a annoncé un «renforcement des moyens». Jean-François Cordet, ancien préfet de Guyane qui dirige également une délégation de hauts fonctionnaires dépêchés en urgence sur place dès le 25 mars, a également annoncé le renfort de «25 policiers et 23 gendarmes», ainsi que la «fidélisation d'un escadron de gendarmes mobiles à Cayenne».

En outre, une enveloppe d'urgence de «60 millions d'euros supplémentaires» pour le centre hospitalier de Cayenne, fortement endetté, a été débloquée. Insatisfaits de l'arrivée sur place d'une délégation de hauts fonctionnaires, plusieurs manifestants réclament des discussions directes avec des ministres. Le premier ministre Bernard Cazeneuve a donc annoncé le 28 mars la venue d'une délégation ministérielle en Guyane «avant la fin de la semaine», tout en précisant que «les conditions du respect et de l'ordre républicain» devaient être réunies.

Cette déclaration fait écho aux propos tenus par Matthias Fekl, nouveau ministre de l'Intérieur depuis la démission de Bruno Le Roux, qui avait déclaré qu'on «ne dialogu[ait] pas avec des cagoules», faisant référence à un groupe baptisé «Les 500 frères», créé récemment par des citoyens pour lutter contre l'insécurité en Guyane, et qui manifeste toujours cagoulé. Alors que les drapeaux indépendantistes fleurissent un peu partout, le gouvernement redoute une flambée de violence. De leur côté, plusieurs collectifs ont d'ores et déjà refusé de rencontrer la délégation ministérielle. 

Un nouveau sujet qui s'invite dans la campagne électorale

L'ancienne garde des Sceaux, la Guyanaise Christiane Taubira, a appelé au «dialogue» et à «une plus grande implication des élus locaux». «Sinon, le blocage va durer», estime-t-elle. Christiane Taubira considère pourtant que les hauts fonctionnaires sont mieux placés que les ministres pour négocier, car «il faut que cette négociation survive à la fin de la législature».

A quatre semaines du premier tour, les appels au dialogue de l'ancienne ministre de François Hollande seront-ils entendus ? Le gouvernement semble redouter l'impact d'une telle crise sur les scrutins présidentiels et législatifs à venir. Avant même l'arrivée de la délégation ministérielle, certains candidats estiment en effet que la situation en Guyane est le résultat de la politique du gouvernement sortant.

Ainsi, Marine Le Pen, candidate du Front national, a dénoncé le «service cruellement minimum» du gouvernement. François Fillon, candidat des Républicains (LR) a, quant à lui, fustigé cette «conséquence de l'échec de la politique de François Hollande».

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