«Mets de l'eau dans ton vin» : deux applis, un conflit

Le Shazam du vin © capture d'écran
Le Shazam du vin

Dans la région bordelaise deux start-up ont développé des applications qui permettent de reconnaître un vin et toutes ses caractéristiques simplement en photographiant l'étiquette. Concurrentes, elles se livrent aujourd'hui une guerre sans-merci.

Vous connaissez surement Shazam, cette application qui permet en un clic, de mettre un nom sur une musique en la faisant écouter à son smartphone. Ce concept existe aussi pour le vin. Et il faut dire que la concurence est rude.

Aujourd'hui, le tribunal correctionnel de Bordeaux devra rendre un verdict sur un litige entre deux start-up spécialisées dans l'appréciation de produits vinicoles. Toutes deux se revendiquent être «Le Shazam du vin» et ont lancé quasiment la même application pour smartphone qui permettent, en une photo, de mettre un nom sur un cru. Mais attention au plagiat ! A la clef : siphonage de données. 

Deux concurrents, un même concept

Tout commence à En 2011. A Bordeaux, Audrey Gribelin, une ancienne négociante lance SmartCave, une appli téléchargée plus de 100 000 fois et qui permet en un clic d'être informé de «toutes les caractéristiques des vins, leur cote, la période d’apogée, les avis des utilisateurs et des professionnels et trouver les mets les mieux adaptés».

Quasiment au même moment, Kasual Business, une autre société bordelaise spécialisée dans le vin lance son application Smart Bordeaux qui repose sur exactement le même fonctionnement.

Le temps passe, les affaires avancent pour les deux sociétés. Elle ne se côtoient pas, sans ignorer pour autant leur existence à l'une et à l'autre. Smart Bordeaux devient... Winewoo. 

Le plagieur pris au piège

Nous sommes le 28 janvier 2015. Audrey Gribelin décide de jeter un oeil au projet de ses concurrents. En surfant sur le net, elle tombe sur l'application Winewoo. Quelle ne sera pas sa surprise lorsqu'elle découvre que plusieurs vins présent dans l'appli concurrente sont en fait les siens !

Pour augmenter la popularité de Winewoo, Kasual Business semble copier tout simplement la base de données de SmartCave. 

Pourtant, le site Internet de Winewoo l'assure : toutes les informations proviennent directement des vignerons ce qui garantit leur exactitude - Sol, cépages, élevage en cuve ou barrique, arômes, conseils de dégustation et de conservation, accord mets-vin, pays de vente. Aucun critère n'est oublié.  

C'est la goutte de trop. Audrey Gribelin voit rouge et convaincue qu'il s'agit d'un piratage décide de contrattaquer. Elle truffe alors sa base de données de vins qui n'existent pas. Quasi immédiatement, ces bouteilles aux noms humoristiques comme «château Bélisque», «château Lympiade» ou encore «château Vieillesse Ennemie» apparaissent dans l'appli concurrente. 

Elle prévient alors huissiers et avocats ainsi que les développeurs de son site web qui lui confirment un piratage datant de décembe 2014, date à laquelle Winewoo a été lancée. Après avoir retracé l'adresse IP, les dévellopeurs sont formels : loin d'être blanc comme neige, Kasual Business a siphonné sa base données. 

Le plagié contrattaque

Audrey Gribelin attaque alors son concurrent en justice pour «atteinte aux droits de producteur de données et recel». Lors d'une garde à vue et d'une audition en février puis en mars dernier, un salarié et un co-dirigeant de Kasual Business ont reconnu la reproduction de la base de données, tout en se défendant d'une intrusion illégale dans le système informatique de SmartCave. Au total 6 608 fiches, auraient été copiées et complétées par la suite.  

Dans un communiqué de presse, Kasual Business assure que la collecte d’informations a été faite «en toute transparence et à travers un site ouvert au public» et dit émettre «[ses] plus expresses réserves sur le bien fondé et les motivations de la plainte», la collecte de données n'ayant «aucune intention de préjudicier à qui que ce soit». Quoi qu'il en soit, ce sera au tribunal de trancher. 

Entre temps, le service à succès immense Shazam continue de voir la vie en rose. Plus, il a lui aussi décidé de s'étendre au vin et a lancé le 5 juin dernier sa propre application en partenariat avec la société Wine.co. Vu la bousculade, le marché risque d'être bientôt saturé.

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