Des militants FN brûlent des voitures pour ensuite pointer du doigt un «climat d’insécurité»

Les jeunes militants incendiaient eux-mêmes les véhicules pour dénoncer un «climat d'insécurit黩 Stephane Mahe Source: Reuters
Les jeunes militants incendiaient eux-mêmes les véhicules pour dénoncer un «climat d'insécurité»

Six militants du FN ont comparu au tribunal de Meaux pour avoir dénoncé des faits d'insécurité imaginaires qu'ils avaient en fait eux-mêmes fabriqué. Une nouvelle épine dans le pied du parti qui fait tout pour se forger une image respectable.

C'est une audience hors du commun qui a eu lieu mercredi soir au tribunal correctionnel de Meaux (Seine-et-Marne) où six militants du Front national comparraissaient  pour «destruction volontaire par incendie en bande organisée, dégradation volontaire de bien privé et dénonciation de délit imaginaire».

Les six amis qui ont entre 19 et 25 ans sont étudiant en médecine, fils de policier, courtier en assurances, autoentrepreneuse ou encore conseiller en vente. Ils sont accusés d'avoir mis le feu à une douzaine de véhicules dans la nuit du 8 au 9 avril, alors qu'ils étaient fortement alcoolisés et se trouvaient sous l'emprise de cocaïne.

Parmi eux, deux figures significatives du parti de Marine Le Pen : Adrien Desport, ex-n°2 du FN de Seine-et-Marne et candidat remplaçant aux élections, et départementales au canton de Villeparisis, et Jean-Baptiste Nadji, responsable-adjoint des jeunes FN du Val d’Oise. 

Le stratagème : Provoquer l'insécurité, puis la dénoncer

Et il faut dire que les deux collègues, dont le premier est également membre du SIEL (un micro-parti d'extrême droite allié au FN) ne manquent pas de culot : en effet, ils n'ont pas hésité à se servir de leur virée nocturne pour dénoncer ensuite sur leurs blogs «le climat d'insécurité» qui règne sur la ville. 

Et ce n'est pas la première fois que les deux amis utilisent ce genre de stratagème : le 28 mars dernier, veille du second tour des élections départementales, Adrien Desport avait déposé plainte pour une agression «imaginaire» au gaz lacrymogène alors qu’il collait des affiches électorales avec Jean-Baptiste Nadji. Aggression aussitôt relatée sur son compte Facebook d'un ton grave qui dénonçait «l’indifférence des médias et de certains élus ». 

Les deux militants dénonçant l'agression «imaginaire» sur leur compte Facebook© capture d'écran
Les deux militants dénonçant l'agression «imaginaire» sur leur compte Facebook

Les jeunes frontistes sont également poursuivis pour avoir tagué la voiture d’un conseiller municipal FN à Eragny (Val-d’Oise), ainsi que les abords de la maison d’une militante FN du secteur de Provins (Seine-et-Marne).

A l'issue de l'audience qui a été renvoyée au 15 juillet, cinq prévenus ont été placés sous contrôle judiciaire. Quant à Adrien Desport, il a été placé en détention provisoire par le tribunal qui a ordonné une expertise psychiatrique. Par ailleurs, le FN compte le faire passer en commission de discipline et il sera probablement radié du parti. 

L’enquête avait démarré fin mai suite à un signalement du Front National sur le «comportement étrange» d'Adrien Desport qui, selon le secrétaire départemental Renaud Persson, interrogé par le journal Le Parisien «adorait être en relation avec la presse», mais «racontait souvent des histoires sans fondements » et était particulièrement «agaçant par sa propension à toujours essayer de passer au-dessus de sa hiérarchie». Suite aux dénonciations d'une des prévenues, la police avait finalement été avertie. Une perquisition au domicile d'Adrien Desport avait alors permis aux enquêteurs de mettre la main sur un gyrophare, un pistolet gomme-cogne déclaré en préfecture, des bombes de gaz lacrymogène et une paire de menottes. 

Nathalie Pigeot, responsable des fédérations au FN a fait part de sa consternation en indiquant au journal Le Parisien que «rien ne laissait penser qu'[Adrien Desport] prenait de la cocaïne et brûlait des voitures la nuit !». La cadre frontiste a, par ailleurs, défendu son parti en précisant qu'il ne pouvait pas «enquêter sur [ses] 80 000 adhérents».

Les élus «bancals», une épine dans le pied de Marine Le Pen...

 Il arrive en effet  régulièrement que des personnalités du Front National «dérapent». Malgré la note adressée aux secrétaires départementaux pour leur demander «d'être attentifs» dans leurs recrutements et les directives fournies sur le bon usage des réseaux sociaux, le Front National continue d'être confronté aux propos pétainistes, islamophobes, antisémites ou homophobes de certains candidats. 

Ainsi, un candidat FN dans l'Aveyron a été exclu en février 2015 et jugé pour «provocation à la haine raciale par la voie électronique» pour avoir souhaité sur Facebook la destruction des Juifs «une fois et pour toujours». Une source judiciaire avait précisé que l'homme était déjà connu des services de police pour usage de stupéfiants, vol et conduite en état d'ivresse.

Chantal Clamer, une élue FN de l'Ariège avait, elle, appelé en 2014 à «éliminer sans hésitation par tous les moyens possibles» les musulmans et avait insulté les femmes homosexuelles, tandis qu'en juillet 2012, un candidat du Front National aux élections départementales dans le canton de Bonchamp-lès-Laval (Mayenne) avait publié sur sa page Facebook une photo de lui en tee-shirt militaire braquant un pistolet sur la tempe de la marionnette du président de la République, François Hollande.

Selon un décompte réalisé par le Huffington post en fin de campagne départementale, 104 cas de dérapages d'élus du FN auraient été recensés. Le collectif «L'entente», qui observe de très près le Front National, parlait même de 500 candidats bancals qui partageraient des idées «pétainistes» ou tiendraient des «propos complotistes». 

... qui procède au nettoyage

Tout cela provoque la colère de Marine Le Pen qui mène une lutte sans merci contre les fauteurs de troubles de son parti, véritablement décidée à rendre le FN respectable. La numéro un du Front National avait promis «une fermeté totale» contre les élus qui tiennent des propos racistes et/ou homophobes disant souhaiter les voir exclus du parti. Chose promise, chose due : hier, Marine Le Pen a décidé l'exclusion définitive de 16 candidats aux élections départementales de mars qui avaient tenu des propos polémiques. C'est ce qu'a annoncé le secrétaire général du Front National Nicolas Bay qui a également indiqué que des candidats qui n'ont pas été concernés par une exclusion allaient toutefois être «recadrés». Les intéressés en ont été informés par le parti, mais leurs noms n'ont pas été communiqués à la presse. 

Le père et la fille Le Pen réunis à un meeting en hommage à Jeanne d'Arc© Philippe Wojazer Source: Reuters
Le père et la fille Le Pen réunis à un meeting en hommage à Jeanne d'Arc

Marine Le Pen a lancé une véritable campagne d'épuration à son arrivée à la tête du FN en 2011. Convaincue du triomphe à long terme de son parti, elle veut à tout prix éviter le moindre faux-pas. Quitte à devoir sacrifier sa relation avec son père, Jean-Marie Le Pen dont le bureau exécutif du parti a suspendu le statut d'adhérent début mai. Une assemblée générale extraordinaire devra être également convoquée prochainement pour supprimer le statut de président d'honneur de son père, fonction qu'il avait lui-même créée.

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