«Parlez-vous breton ?» : la toujours épineuse question des langues régionales

Militante bretonne Source: Reuters
Militante bretonne

La reconnaissance des langues régionales par la France a franchi une étape avec le projet d'inscription dans la constitution de la Charte européenne des langues régionales. Des associations tempèrent cependant la portée de cette disposition.

C'était une promesse de la campagne 2012. François Hollande vient d'annoncer le dépôt d'un projet de loi constitutionnelle qui devrait permettre la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires.

La révision de la Constitution est cependant nécessaire au prélable puisque celle-ci, dans son article 2 ne reconnaît que le Français, seule et unique langue de la République.

Capture écran Carte des langues régionales (Source Wikipedia)
Capture écran Carte des langues régionales (Source Wikipedia)

Le Bureau européen pour les langues moins répandues (BELRM) répertorient dix communautés linguistiques dont le breton, le catalan, le corse, ou encore les langues d'oïl. Selon les derniers chiffres officiels qui datent de 2012, 9% de la population française parlerait une langue régionale en plus du français. Cette proportion atteint 53% en Alsace, 60% en Corse ou encore 12% en Bretagne.

Capture écran, chiffres de Langues régionales.org
Capture écran, chiffres de Langues régionales.org

Cette reconnaissance de la charte semble donc une bonne nouvelle a priori pour les associations de défense des langues régionales ? Pas si sûr si on en croit Tangi Louarn, porte-parole de la Coordination des Associations bretonnes, membre du BELRM et auteur de rapports sur le sujet auprès de l'ONU. «Cette reconnaissance de la charte européenne risque de n'être que cosmétique. Selon l'esprit de la Charte, l'Etat français s'engage à avoir à une action volontariste pour développer les langues régionales, qui généraliserait le bilinguisme. Mais on constate du côté de l'Etat un vrai blocage symbolique par rapport à cette question, même s'il fait un petit pas en avant avec cette mesure», analyse-t-il pour RT France.

Tangi Louarn pointe ainsi le rôle du Conseil constitutionnel qui, à de nombreuses reprises, a limité ou bloqué toute possibilité de reconnaissance des langues régionales : «Les juges constitutionnels avaient refusé de faire appliquer la Charte européenne au motif que ces dispositions étaient déjà appliquées en France. C'est le cas effectivement mais seulement à dose homéopathique. Avec cette inscription dans la Constitution, nous continuons à craindre que les interprétations futures que pourra en donner le Conseil constitutionnel limitent de fait la portée de cette Charte européenne». 

La France «unie et indivisible»  

Si l'annonce faite par le Président Hollande a été accueillie sans grand enthousiasme par certaines associations de défense des langues régionales, certains hommes politiques l'ont vivement dénoncée. Parmi eux, Jean-Luc Mélenchon, député européen du Parti de Gauche qui a fustigé une mesure qui «va organiser l'inégalité entre les Français» et constituerait «une agression contre l'Unité et l'indivisibilité de la République».

Une accusation que consteste avec véhémence Tangi Louarn pour qui l'argument ne tient pas la route puisqu'«il ne s'agit pas là d'instaurer une inégalité car respecter la langue et la culture de chacun est au contraire conforme au principe d'égalité. Quant à l'unité, elle se fait dans la diversité, sans qu'une seule culture s'impose. Il n'y a pas de culture unique sinon cela créé des divisions et des tensions». 

Plus encore, le militant associatif dénonce une tradition française où «l'Etat français unitariste a voulu forger une nation en détruisant les cultures et les traditions». 

Les collectivités locales plus réceptives que l'Etat ?

Dès lors, quelle sera la portée réelle de cette inscription dans la Constitution française ? «Limitée» selon Tangi Louarn qui précise que de toute façon «les langues régionales étaient déjà reconnues dans la Constitution qui dans son article 75-1 indique qu'elles appartiennent au patrimoine de la France». Mais même cela «n'a pas servi à grand-chose», déplore-t-il.  

«Notre vraie revendication est de demander une reconnaissance de co-officialité dans la vie publique. Par exemple disposer de formulaires administratifs bilingues. Certaines communes avaient fait imprimer des livrets de famille bilingue en français et en breton, mais le Ministère de l'Intérieur les avait faits interdire». 

Bureau de poste à Carhaix, Bretagne© ai-ta.eu
Bureau de poste à Carhaix, Bretagne

Les avancées dans ce domaine viendront plus des collectivités locales : «Tout se fait sur ce terrain, sous la pression des associations, de la population. Certaines villes comme Quimper, Brest et Lorient sont en discussion avec la SNCF pour que les gares utilisent deux langues, le français et le breton. C'est au niveau des collectivités locales que se concentrent nos efforts et non au niveau de l'Etat qui reste vraiment réticent». 

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