Squarcini, Buisson : le réseau de Nicolas Sarkozy sous le feu des projecteurs

Nicolas Sarkozy en 2012. Photo ©Philippe WOJAZER/AFP
Nicolas Sarkozy en 2012. Photo ©Philippe WOJAZER/AFP

Avec la mise en garde à vue de Bernard Squarcini et le livre explosif de Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy apparaît de plus en plus directement exposé.

Alors que le timing de la primaire de la droite et du centre s'accélère, l'agenda judiciaire concernant Nicolas Sarkozy, dont le nom est mêlé à de nombreuses affaires, semble lui aussi s'emballer : mises en examen, révélations de la presse, relance de procédures judiciaires parfois en sommeil depuis longtemps...

Et, avec la publication du livre, à révélations fracassantes, La cause du peuple, par un ancien fidèle et obligé de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, mais disgracié en 2014, et la mise en garde à vue de l'ancien chef du renseignement intérieur, la liste des hommes de confiance sur lesquels l'ancien président de la République peut encore compter s'étiole. 

Bernard Squarcini, les yeux et les oreilles

Derniers en date du réseau à être inquiétés, Christian Flaesch, ancien patron de la police judiciaire (PJ) de Paris et Bernard Squarcini, ancien numéro un de la Direction centrale du renseignement intérieur, la DCRI aujourd'hui rebaptisée DGSI. Ce dernier est accusé, selon Le Monde, d'avoir mis en place en 2013 des écoutes téléphoniques illégales pour le compte de Michel Gaudin, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy.

Après avoir quitté son poste à la DGSI, Bernard Squarcini crée sa propre entreprise privée de renseignement et utilise son réseau de contacts pour ses clients et l'«entourage» de Nicolas Sarkozy. Et Christian Flaesch est l'un de ses informateurs.

Ce dernier était d'ailleurs limogé en 2013 de son poste de chef de la PJ en raison d’un appel passé à Brice Hortefeux, au cours duquel il l’informait de sa convocation dans une affaire visant l’actuel patron du parti Les Républicains.

Le même Brice Hortefeux, dont le nom apparaît dans l'enquête aux ramifications complexes sur le financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy, alors qu'il aurait été chargé en 2006 de valider un accord «sur le montant et les modes de versement» des subsides libyens.

Claude Guéant, soldat tombé pour la Libye

Entre 2005 et 2007, Claude Guéant, directeur de cabinet et futur directeur de campagne du candidat Sarkozy, se rend donc plusieurs fois en Libye afin de discuter avec des représentants de Mouammar Kadhafi d'immigration et de lutte contre le terrorisme. Mais il est soupçonné d'avoir négocié secrètement des contrats pour la compagnie pétrolière Total, avec pour contre-partie, le financement présumé par la Libye de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Le faisceau de présomption va d'ailleurs toujours en s’épaississant. Après un rapport accablant du parlement britannique mettant en cause l'ancien président français dans le déclenchement du conflit en Libye, c'est au tour de Mediapart qui révèle l'existence de documents faisant état du versement d'au moins 6,5 millions d'euros pour la campagne de 2007. 

Et, en 2011, Mouammar Kadhafi, juste avant les bombardements français en Libye, avait menacé Nicolas Sarkozy de révéler un «grave secret» susceptible d'«entraîner la chute de Sarkozy, voire son jugement en lien avec le financement de sa campagne électorale».

Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, avec Nicolas Sarkozy en 2011. Photo Michel Euler/Pool/AFP
Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, avec Nicolas Sarkozy en 2011. Photo Michel Euler/Pool/AFP

Plus tard, en 2013, les enquêteurs français découvrent le versement de quelque 500 000 euros sur le compte de Claude Guéant, fruit de la vente fictive de toiles de maîtres hollandais, manifestement sur-facturées.

Entre temps, Claude Guéant, dévoué serviteur de Nicolas Sarkozy, après avoir été le secrétaire général de la présidence de la République, a occupé le poste éminemment stratégique en France, de par ses moyens, de ministre de l'Intérieur entre 2011 et 2012, succédant d'ailleurs à Brice Hortefeux. Une fonction qui lui avait valu les surnoms de «cardinal» et de «vice-président».

Patrick Buisson, la revanche

Toujours suivant Claude Guéant, on trouve son nom également associé à celui de Patrick Buisson, le même qui aujourd'hui accable Nicolas Sarkozy avec la sortie de son livre, révélant ses stratégies et ses anecdotes compromettantes.

Les enquêteurs soupçonnent l'Elysée de favoritisme et d'avoir commandé à la société Publifact des sondages sans mise en concurrence préalable. Claude Guéant est ensuite entendu sous le régime de la garde à vue en juin 2015 et Patrick Buisson sera mis en examen en juillet 2015 pour recel de délit de favoritisme, abus de biens sociaux et détournement de fonds publics.

Patrick Buisson est considéré comme l'artisan de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, l'initiateur de la stratégie d'ouverture à l'électorat du Front national et de la création d'un ministère de l'identité nationale. Tout juste élu, Nicolas Sarkozy l'avait d'ailleurs décoré de la légion d'honneur en 2007. Cet homme «ne m'intéresse plus [...] ce n'est plus un sujet pour moi» a lâché Nicolas Sarkozy au micro d'Europe 1 au sujet de son ancien conseiller quasi occulte, qui avait ses entrées à l'Elysée sans aucune fonction officielle.

Aussi, que ce soit en raison de la machine judiciaire ou en raison de brouilles et d'inimitiés, le cercle des proches de l'ancien président semble rétrécir dangereusement. Et les calendriers judiciaire et électoraux pourraient bien se télescoper.

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