Donald Trump est-il devenu l'arme fatale dans le débat politique français ?

Photos ©Reuters ©AFP
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Accuser son adversaire de «trumpisation» est devenu le plus sûr moyen de le discréditer. Après Marine Le Pen, c'est maintenant au tour de Nicolas Sarkozy d'incarner le «Trump français», lequel semble faire partie intégrante du paysage politique.

«Qui sont ces Français qui soutiennent Donald Trump ?», s'interroge France Info, le 9 août dernier. «Un Donald Trump pourrait-il prendre racine en France ?», se demande quelques jours après, avec inquiétude, l'hebdomadaire Marianne. «S'il est élu, ce sera le retour à la femme objet», s'alarmait aussi une politologue, lors d'une interview accordée au magazine Elle le 15 juillet dernier, prenant un angle d'attaque forcément plus féminin.

Et ce ne sont que quelques exemples pris parmi une longue série, peut-être inaugurée dès le mois de mars par la chaîne d'information LCI, qui titrait alors sur son site, en pionnière, «Si Donald Trump était un ou une politique français(e) qui serait-il ?» proposant à ses lecteurs de choisir parmi Marine Le Pen, Robert Ménard, Nicolas Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon. Mais ce dernier avait déjà d'ailleurs exprimé tout le bien qu'il pensait du candidat américain, et aussi n'est-il pas resté longtemps en course pour le titre du «Donald Trump français».

Un bruit médiatique, parfois subliminal, mais qui a préparé les esprits et donné les premiers éléments de langages, prêts à l'emploi, pour la machine à café ou les dîners de famille. Et ce après une première campagne de dénigrement en 2015, alors que personne ne prenait au sérieux Donald Trump, ni ne le voyait passer le cap de la primaire du Parti républicain.

Donald Trump, la «haine» personnifiée

Et lorsque Manuel Valls, alors que le gouvernement essuyait une tempête de critiques après l'attentat de Nice, avait déclaré : «Je ne veux pas que mon pays ressemble à Monsieur Trump et à un discours de haine», pour beaucoup la référence était déjà parfaitement claire et intelligible.

Le nom de «Trump» est alors devenu officiellement synonyme de «populisme», un repoussoir pour les défenseurs des «valeurs de la République» – formule d'ailleurs moins usitée depuis quelques temps, peut-être parce que trop employée. Le candidat américain est ainsi devenu synonyme de «haine», et donc de «fascisme», par opposition à ces «valeurs».

Et, en août, François Hollande enfonçait le clou planté par Manuel Valls : «Si les Américains choisissent Trump, ça aura des conséquences, parce que l'élection américaine est une élection mondiale», mettait alors en garde le président. «Les excès finissent par donner un sentiment de haut-le-cœur» avait-il déploré utilisant le registre de la nausée et du nauséabond, champ sémantique proche de celui de la «haine».

«Donald Trump», une arme nucléaire pour mettre fin au débat

Depuis ce baptême sous les hospices de Manuel Valls, les politiques se sont saisis de Donald Trump pour disqualifier tel ou tel adversaire ou telle ou telle opinion. Et c'est tout naturellement Marine Le Pen qui se voit comparée dans un premier temps au tonitruant candidat américain.

D'autant que la présidente du Front national (FN) a soutenu dès le début le milliardaire aux cheveux platine, comme elle a soutenu par le passé d'autres candidats dits «souverainistes», entre autres en Allemagne et en Autriche. Seulement voilà, Marine Le Pen assume la comparaison d'autant qu'elle prend Donald Trump comme un exemple, à telle enseigne qu'elle a annoncé ce 23 septembre, selon Le Parisien, son souhait de le rencontrer.

Mais l'anathème «Donald Trump» peut se révéler plus efficace sur d'autres cibles, à condition, toutefois, de mettre en œuvre la technique du billard à trois bandes, un peu plus compliquée à suivre. Et c'est un nouvel adversaire, Nicolas Sarkozy en pleine poussée dans les sondages, et désormais concurrent potentiel à l'élection présidentielle, qui en a fait les frais.

Nicolas Sarkozy, «le» Donald Trump français?

L'équivalence Marine Le Pen = Donald Trump était déjà posée, c'est Myriam El Khomri qui se charge de porter le premier coup à Nicolas Sarkozy, dénonçant les propos tenu par l'ancien président lors du programme L'Emission politique sur France 2. «J'ai eu le sentiment qu'il participait à une primaire de l'extrême droite», a-t-elle ainsi fustigé au micro de RTL, «c'est une vision de la France qui divise».

Deuxième temps, réagissant au fait que Nicolas Sarkozy avait écorché la prononciation du nom de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des Familles Laurence Rossignol, précisait la pique de Myriam El Khomri : «c'est du Le Pen».

Et c'est enfin Emmanuelle Cosse, ministre du logement, qui porte l'estocade : «On dirait Donald Trump. Nier les effets du réchauffement climatique relève de l'obscurantisme», s'est-elle insurgée, alors qu'elle dénonçait le revirement «climatosceptique» de Nicolas Sarkozy, assimilable à une forme de révisionnisme pour certains.

Jusque dans son propre camp, Nicolas Sarkozy est accusé de «trumpisation». Après qu'un porte-parole d'Alain Juppé avait déclaré lors du Talk du Figaro : «Certains candidats ont trop regardé les shows de Monsieur Trump», c'est Jean-François Coppé fustigeait lui aussi son rival : «Trumpisation ? Bien sûr, dans tous les domaines», a-t-il lancé. Quelle ânerie de dire que l'homme n'est pas responsable du réchauffement climatique.

Reste à savoir si, à force de s'en servir, l'arme de la «trumpisation» ne va pas s'émousser. Et si cela suffira à la gauche pour contenir la poussée de la droite et de l'extrême droite. Nicolas Sarkozy, au contraire de Marine Le Pen, se défend de toute affinité avec Trump. «Monsieur Trump, il fait ce qu'il veut», a-t-il fait valoir.«Moi, je veux parler au peuple de France [et] être le porte-parole de la majorité silencieuse». 

Lire aussi : le «vote PMU», les «quatre i» de Nicolas Sarkozy ou comment gagner la primaire de la droite

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