Burkini : après l'ordonnance du Conseil d'Etat, la classe politique toujours divisée

Source: AFP

Après l'invalidation de l'arrêté municipal anti-burkini de Villeneuve-Loubet, les réactions des politiques affluent. La décision du Conseil d'Etat est déterminante pour les 31 communes qui ont pris des arrêtés municipaux, mais impacte aussi le débat.

Saisi par la Ligue des droits de l'Homme et le Collectif contre l'islamophobie en France, le Conseil d'Etat, plus haute juridiction administrative en France, vient de suspendre l'arrêté municipal anti-burkini pris le 5 août dernier par Lionnel Luca, le maire Les Républicains de Villeneuve-Loubet. En invalidant l'arrêté de Villeneuve-Loubet, le Conseil d'Etat a créé un précédent dans la réglementation des signes ostentatoires dans l'espace public par simple arrêté municipal. Et relance le débat politique.

De nombreuses personnalités de gauche se sont félicitées de la décision, comme député PS des bouches du Rhône Patrick Menucci se félicite de la fin, selon lui, d'un «délire».

Fréderic Cuvillier, maire PS de Boulogne-sur-Mer a salué le respect des libertés fondamentales.

Aussi, au sein de son propre camp, Manuel Valls semble de plus en plus isolé, alors qu'il avait soutenu les arrêtés. Le député PS du Nord-Pas-de-Calais Daniel Fasquelle a ainsi interpellé le Premier ministre.

Sur Facebook, Manuel Valls a réaffirmer la ligne politique du gouvernement : «Cette ordonnance du Conseil d’Etat n’épuise pas le débat qui s’est ouvert dans notre société sur la question du burkini». Le premier ministre a par ailleurs tenu à répondre aux accusations d'islamophobie : «Dénoncer le burkini, ce n’est en aucun cas mettre en cause une liberté individuelle. Il n’y a pas de liberté qui enferme les femmes ! C’est dénoncer un islamisme mortifère, rétrograde. Une vision que je n’accepte pas au nom même de la place que l’Islam doit trouver dans notre société».

Rachid Nekkaz, l'homme d'affaires et militant politique algérien ayant renoncé à la nationalité française et qui propose de payer les amendes des femmes verbalisée a déclaré à RT que «cette décision du Conseil d'Etat n'empêchera pas un gouvernement de faire voter une loi nationale d'interdiction du burkini». Aussi Rachid Nekkaz a-t-il réaffirmé sa volonté d'organiser une «opération au festival de Cannes où seront réunies 100 femmes en burkini, avec un gros chèque pour payer toutes les amendes qu'elles recevront».

La droite veut que le parlement légifère

Mais, à droite, la déception est palpable. Jean-François Copé a ainsi fait part de sa déception et voit dans la décision du Conseil d'Etat la preuve qu'il faut une loi nationale plutôt que des arrêtés municipaux.

Guillaume Larrivé a d'ailleurs annoncé que Les Républicains présenteraient à la rentrée parlementaire une proposition de loi visant à «sécuriser» les arrêtés anti-burkini pris par les maires.

Plus à droite, Nicolas Dupont-Aignan a lui aussi vivement critiqué la décision et s'est inquiété d'une islamisation de la France.

Une position assez proche du député Gilbert Collard, qui milite aussi pour l'interdiction du burkini et réclame désormais que le parlement légifère.

Interrogé par RT, Robert Ménard a dénoncé un réflexe communautariste et un «suicide». «Le conseil vient d'ouvir la porte à l'islamisation de ce pays. C'est le pire des signes qu'on pouvait donner aux ennemis de notre civilisation il faut avoir le courage de dire que ce continent est de tradition judéo-chrétienne et non pas musulmane», a ainsi martelé le le maire de Béziers, exhortant le Premier ministre Manuel Valls à faire passer une loi au parlement interdisant le port du Burkini.

Marine Le Pen, pour sa part, prend acte de la fragilité des arrêtés municipaux pour réglementer les questions de «vivre ensemble» et prend acte d'une décision qui n'est «pas surprenante». La chef du Front national (FN) estime ainsi que «la balle est donc dès ce soir dans le camp du législateur français [...] pour bannir les signes religieux ostensibles dans l’espace public [hors personnel religieux]. Le burkini en fera évidemment partie».

David Rachline, sénateur FN et maire de Fréjus, a fait savoir qu'il maintiendrait son arrêté. L'ordonnance du Conseil d'Etat ne concerne en effet que la commune de Villeneuve-Loubet. «On continue de laisser bafouer les valeurs de la République et de laisser bafouer la laïcité sans réagir», a-t-il déclaré à RT, dénonçant par ailleurs le burkini comme «une véritable provocation aussi bien religieuse que politique».

Un argument d'ailleurs retenu par le maire de Sisco, pourtant PS-Divers Gauche, qui a déclaré sur BFM TV vouloir faire malgré tout confirmer son arrêté auprès du Tribunal administratif. Ange-Pierre Vivoni a ainsi fait valoir que l'ordonnance du Conseil d'Etat est spécifique à Villeneuve-Loubet. Et rappelé qu'il a pris l'arrêté dans le contexte d'une rixe dite «intercommunautaire», et que le fondement juridique de trouble à l'ordre public était pertinent.

Le ministère de l'Intérieur accuse réception de l'ordonnance du Conseil d'Etat

Le Conseil d'Etat a en effet publié un communiqué de presse dans lequel il a rappelé à tous les maires que dans la compostion de leurs arrêtés, ils ne devaient s'appuyer que sur des considérations d'hygiène et de décence.

Alors que Bernard Cazeneuve a appelé à l'«apaisement», le ministère de l'Intérieur a pris acte de la décision et a suspendu l'arrêté de la Villeneuve-Loubet.

Lire aussi : Le conseil d'Etat invalide l'arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet

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