La croissance française : coup de maître ou coup de chance ?

Ouvriers d'une usine automobile Source: Reuters
Ouvriers d'une usine automobile

Après avoir enregistré une croissance nulle fin 2014, le PIB de la France a rebondi de 0,6% sur le premier trimestre de 2015, d’après les chiffres publiés mercredi par l'Insee. Attention magré tout à ne pas se réjouir trop vite.

L’Insee a dévoilé mercredi une hausse de la croissance de 0,6% pour la France au premier trimestre 2015. Même si une légère reprise était attendue, les chiffres sont un peu meilleurs qu’espérés.

Cette accélération est une surprise. L'institut français des statistiques misait plutôt sur une progression de 0,4% dans sa dernière projection publiée en mars dernier.

A la suite de cette annonce, le ministre des Finances Michel Sapin s'est félicité et a assuré que la croissance française s’élèverait «à plus de 1% à la fin de l'année» 2015, c'est-à-dire supérieure aux estimations sur lesquelles le gouvernement s’est basée pour définir son budget. Le ministre a complété son propos sur RMC : «Je prends ce 1% comme un plancher, c'est le seuil sur lequel nous nous appuyons pour continuer, approfondir, rebondir».

Il parait donc que le fameux «alignement des planètes» (Euro faible, pétrole faible, taux d'intérêt faibles) cher à François Hollande, a finalement des conséquences positives sur l'économie française.

Il faut en effet remonter deux ans en arrière pour trouver une progression supérieure (0,7%).

C'est la consommation des ménages (+0,8% contre +0,1%), qui a tiré les chiffres vers le haut. Dans le détail, on observe une augmentation notable de 1,4% de la consommation de biens fabriqués, signe d'une hausse du pouvoir d'achat, les salaires ayant augmenté plus rapidement que l'inflation. Une hausse des dépenses d'énergie de 3,9%, qui s'explique par l'utilisation importante de chauffage en ce début d'année après une fin d'année 2014 très douce, permet de nuancer ce regain de consommation au premier trimestre.

Tout n’est donc pas rose. Cette croissance de 0,6% reste en effet largement imputable à des facteurs macro-économiques, et non pas aux résultats de l'action gouvernementale.

Et dans le même temps, le chômage, priorité de François Hollande et de son gouvernement, lui, ne baisse pas. 68 500 emplois ont par exemple été détruits sur un an, sur un total de près de 15,8 millions, estime l'Institut national de la statistique. La France a à la fin avril dépassé la barre des 3,5 millions de chomeurs. Michel Sapin lui-même admet qu'il y a besoin d'une croissance supérieure à 1% pour que des conséquences sur le chômage commencent à se faire sentir.

Le secteur de la construction, lui, continue d’aller mal : -1% après les -0,9% du dernier trimestre 2014. La France peine à relancer l’immobilier neuf, alors que le gouvernement souhaite faire des économies sur les aides au logement. Un groupe de députés a d’ailleurs été mandaté sur la question.

Pour atteindre une croissance solide, une hausse des investissements est nécessaire. Hors l'investissement des ménages baisse de 1,4% et la hausse de l'investissement des entreprises est encore trop timide (+0,2%).

De cette série de chiffres, il n’y a pas encore suffisamment d’indicateurs permettant de conclure que la reprise est une tendance durable. Cette croissance de 0,6% reste largement imputable à des facteurs macro-économiques, et non pas aux résultats de l'action du gouvernement.

L’Economie globale est en effet largement volatile et fortement liée aux soubresauts du cours du pétrole, qui a par exemple repris 40% en quelques jours.

Les partenaires européens de la France pour leur part se plaignent du manque de réformes courageuses proposé par le gouvernement pour réduire la dette publique et répondre aux objectifs de réduction de déficit public imposés par Bruxelles.

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