Le congrès des maires de France, entre inquiétude et colère (VIDEO)

Avant de donner la parole au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, c'est le président de l'Association des maires de France, François Baroin, qui s'est exprimé sur la scène de l'auditorium
Avant de donner la parole au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, c'est le président de l'Association des maires de France, François Baroin, qui s'est exprimé sur la scène de l'auditorium

Le rassemblement des édiles français s’est ouvert porte de Versailles à Paris. Dans les couloirs du Parc des expositions, l’ambiance n’est pas à la fête. François Hollande, qui s’y rendra jeudi pour la clôture, est attendu de pied ferme.

«Ce congrès des maires est un peu différent des autres, de façon assez inédite les édiles sont en colère.» Agnès Le Brun, maire de Morlaix (Bretagne), résume l’ambiance. Baisse des dotations aux collectivités locales, réforme territoriale, sentiment d’abandon dans les communes rurales, les griefs contre le gouvernement sont nombreux. Mais le nerf de la bataille reste les subventions.

En 2014 une première baisse de 1,4 milliard d'euros en avait précédé une autre de plus de 3,5 milliards. L’année prochaine, c’est 3,67 milliards de dotations dont les maires devront se passer. «Ce congrès intervient dans une période unique, il y a un effet de ciseau terrifiant entre des compétences supplémentaires que l’Etat nous demande d’assurer et 30% de dotations en moins en l’espace de trois ans», s’alarme François Baroin, maire de Troyes et président de l’Association des maires de France.

Jean-Claude Juncker en guest-star

Durant trois jours, plus de 10 000 maires sont attendus. Et pour lancer les festivités, François Baroin a fait appel à son «ami» Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Juste après le discours du maire de Troyes, il a pris la parole pour demander aux élus de parler davantage de l’Union : «Vous, élus locaux de France, qui entretenez avec les habitants de vos territoires des liens de proximité et surtout de confiance, vous avez aussi une responsabilité primaire de parler de l’Europe.»

Il a notamment vanté la mise en place du Fonds européen pour les investissements stratégiques. Théoriquement, les milliards d’euros mis sur la table par Bruxelles pourraient bénéficier à des projets locaux. Pas de quoi convaincre certains maires qui jugent le dispositif trop compliqué. «Les interlocuteurs européens on les connaît pas. On a déjà du mal avec nos députés européens», explique Daniel Borie, maire de Saint-Vite, petite commune du Lot-et-Garonne. Le plan Juncker ? C’est un euphémisme de dire qu’il ne convainc pas l’édile : «Tout ça pour moi c’est bidon, c’est du pipeau.»

Le sentiment d’abandon que ressentent certains élus des territoires ruraux occupe une grande place dans les débats. De la désertification médicale à la disparition des services publics en passant par des dotations moins importantes que pour les grandes urbaines, certains sont à bout.

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Vanik Berberian, président de l'Association des maires ruraux de France et élu de Gargilesse-Dampierre prévient : «Depuis 40 ans les territoires ruraux sont négligés.» Une situation qui risque de «péter à la gueule du gouvernement» selon l’édile.

François Hollande n’arrivera pas en terrain conquis

Bravant la menace, le président de la République a décidé de venir à la rencontre des élus locaux. Jeudi, il clôturera officiellement ce 99e congrès. L’atmosphère laisse présager d’un déplacement qui n’aura rien d’une sinécure. Si François Baroin assure qu’il sera accueilli courtoisement, il prévient tout de même : «Il faut arrêter les frais. Ce qu’il nous a demandé c’est trop et trop vite. On peut pas tenir sur l’année prochaine.»

Dans les salles du Parc des expositions, il se murmure que François Hollande pourrait venir avec un cadeau. Un gel de la baisse des dotations serait un minimum à en croire les édiles. D’autres se méfient tout de même et ne veulent pas que le président se serve de ce congrès comme d’un tremplin électoral.

Quoi qu’il arrive et malgré les promesses de François Baroin, l’accueil risque d’être hostile. «J’espère que les élus se tiendront, c’est tout de même notre président», souligne Serge Baurens, maire de Miremont dans la Haute-Garonne. Quand on lui demande si François Hollande pourrait recevoir un accueil semblable à sa visite au Salon de l’agriculture, l’édile acquiesce : «Je le crois sincèrement et je le crains.» Le président de la République est prévenu.

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