Implosion du groupe écologiste à l'Assemblée, six députés rallient les socialistes

- Avec AFP

L'Assemblée Nationale Source: Reuters
L'Assemblée Nationale

Conclusion à l'Assemblée d'une crise initiée en 2014 : le groupe écologiste a cessé, jeudi 18 mai, d'exister sous sa forme actuelle. Les députés pro-gouvernement actent le divorce d'avec leurs collègues de l'opposition et rejoignent les socialistes.

Après des mois de déchirements entre écologistes et une vague de départs du mouvement Europe-Ecologie-Les-Verts (EELV), six députés autoproclamés «réformistes», dont François de Rugy, ont annoncé qu'ils quittaient le groupe vert pour rejoindre le PS.

Faute de membres (il n'en reste que dix sur les 15 requis), la disparition du groupe écologiste dans sa forme actuelle est de facto acquise. Une situation inédite en pleine législature dans l'histoire de la Ve République, selon une source parlementaire.

Pour se justifier, les députés sécessionistes ont mis en avant une «dérive sectaire» d'Europe-Ecologie-Les-Verts, mais aussi l'affaire Denis Baupin, le «drame» des accusations de harcèlement et agression sexuelle étant selon eux la source d'un «coup de force» sur la présidence du groupe de la part de l'autre tendance.

A environ un an des élections présidentielle et législatives, ces élus plaident aussi pour «la nécessité impérieuse d'engager un rassemblement des forces de progrès face au danger de la montée de l'extrême droite». Et de lancer que «cultiver les divisions de la gauche» serait «une faute».

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a salué sur Twitter «une belle alliance !», dans une allusion à son chantier de «Belle alliance populaire». Le chef de file des députés socialistes Bruno Le Roux s'est «réjoui» d'un ralliement permettant «d'afficher la diversité de ce qu'est la gauche aujourd'hui».

Les députés écologistes rejoignant le groupe rebaptisé «socialiste, écologiste, républicain» et formant une composante «libre de ses positions» seront pilotés par Véronique Massonneau. Il s'agit d'Eric Alauzet, Christophe Cavard, François-Michel Lambert, Paul Molac, et François de Rugy, dont la nomination comme vice-président de l'Assemblée n'est pas remise en cause.

Leur décision a des airs d'épilogue, les écologistes ayant été profondément divisés depuis le refus de Cécile Duflot et Pascal Canfin de participer au gouvernement de Manuel Valls, formé en avril 2014. Les parlementaires Barbara Pompili et Jean-Vincent Placé avaient intégré le gouvernement en février, en compagnie de l'ex-secrétaire nationale d'EELV Emmanuelle Cosse.

«Victimes collatérales»

«Enfin, les choses sont claires», a réagi Noël Mamère, tenant de la ligne critique, tout en déplorant «un immense gâchis» et que «ce premier groupe écologiste dans l'histoire de la République n'a pas échappé à la grave crise morale et politique qui frappe toute la gauche».

«Etre "responsable et pragmatique", c'est tout faire pour se faire réélire, quitte à faire tomber le groupe écologiste. Pathétique», a lâché sur Twitter Julien Bayou, porte-parole d'EELV.

Reste à savoir si les écologistes contestataires pourront réussir - en incorporant des élus non-inscrits voire certains socialistes «frondeurs» - à conserver un groupe, ce qui octroie plus de moyens (temps de parole, postes en commissions, dotation de fonctionnement pour des collaborateurs, etc).

«Le coup est dur», reconnaît-on dans les rangs des écologistes restants. Mais, a assuré une élue, «on va tout faire pour» garder un groupe, car «s'il y a des vendus au gouvernement, il y a des déçus du groupe socialiste». «Nous sommes des victimes collatérales», a-t-elle estimé, expliquant que le PS ne pouvait chasser les contestataires de la loi travail ayant co-signé un projet de censure «des gauches», il fallait faire exploser le parti.

Mais un ralliement de «frondeurs» n'est pas acquis. «Pas notre état d'esprit», dit l'un d'entre eux, même si «certains peuvent être tentés», selon un autre. Côté non-inscrits, l'ex-PS Pouria Amirshahi est «pour créer un groupe parlementaire nouveau», mais cela «prend plus de temps qu'un après-midi».

Chef de file du Front de gauche à l'Assemblée, André Chassaigne a déclaré que sa porte restait ouverte si les écologistes ne parvenaient pas à maintenir un groupe, mais qu'il n'avait pas été contacté.

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