Violents débordements en marge de la manifestation contre la «haine anti-flics» à Paris

- Avec AFP

Alors que des centaines de policiers se sont rassemblés le 18 mai à midi en France pour dénoncer la «haine anti-flics», une contre-manifestation dénonçant, elle, «l'impunité policière» a été émaillée de violents incidents.

Les syndicats de police ont appelé les policiers, hors service et en civil, à des rassemblements dans une soixantaine de villes françaises. Le plus important a lieu sur la très symbolique place de la République à Paris, où se réunit chaque soir le mouvement citoyen Nuit Debout depuis le 31 mars.

Signe des tensions actuelles, des collectifs civils qui dénoncent les violences policières appellent aussi à manifester sur cette place emblématique de la capitale, juste avant le rassemblement organisé par les syndicats de police.

Ces syndicats disent répondre aux attentes de leurs collègues engagés dans le maintien de l'ordre depuis le début des manifestations, au cours desquelles plus de 350 membres des forces de l'ordre ont été blessés, selon les autorités. Onze d'entre eux l'ont encore été lors d'incidents qui ont émaillé la mobilisation du 17 mai, a affirmé le ministère de l'Intérieur.

Des accusations de «violences» ont été portées contre eux et des slogans tel que  «Tout le monde déteste la police» ont été entendus. Un jeune homme a perdu l'usage d'un œil après avoir été blessé par les forces de l'ordre, fin avril, à Rennes. Une trentaine d'enquêtes de la «police des polices» (IGPN) portant sur de présumées violences policières ont été ouvertes en France et plusieurs responsables politiques de gauche et syndicaux ont mis en cause le gouvernement dans sa gestion du maintien de l'ordre.

Ces évènements risqueraient d'écorner l'image des policiers, applaudis au lendemain des attentats de janvier 2015. Pour le moment, malgré les images de violences, 82% des Français ont toujours une bonne opinion de la police, une «image exceptionnelle» et conforme à celle dont elle avait bénéficié après les attaques djihadistes, selon un sondage Odoxa pour Le Parisien.

Les tensions se sont cristallisées autour d'affiches d'un syndicat de la CGT qui épinglent ces violences policières : outrés, les syndicats de police demandent au ministre de l'Intérieur de porter plainte. Ils nient toute violence et estiment que les policiers sont «usés» par l'état d'urgence instauré après les attentats du 13 novembre.

Des violences sans précédent

Ils en appellent au «soutien» de la population et du gouvernement auquel ils réclament de la «fermeté» face aux «casseurs», accusés de vouloir s'en prendre délibérément aux forces de l'ordre en marge des manifestions contre la loi El Khomri.

«Je n'ai jamais vu ça», a confié à l'AFP Arnaud, CRS depuis vingt ans. «Les casseurs arrivent par petits groupes, aussitôt rejoints par des dizaines d'autres», a-t-il détaillé avant de poursuivre : «Ils sont parfaitement organisés, ramassent tout ce qu'ils trouvent et nous canardent. Sans piller, pour casser et casser du flic.»

Les syndicats de police n'ont pas caché leur satisfaction après la mise en examen d'un lycéen, le 14 mai, mis en cause dans l'agression d'un policier à Nantes le 3 mai. Ils ont aussi salué la décision d'interdire la manifestation des militants antifascistes – même si la justice administrative a finalement suspendu plusieurs arrêtés préfectoraux le 17 mai.

Les responsables des syndicats de policiers estiment que l'état d'urgence permettrait de neutraliser les présumés «casseurs en les assignant à résidence». Ils veulent également éviter toute «récupération politique» des rassemblements, de nombreux hommes politiques ayant annoncé leur participation.

«Ils seront là comme citoyens, pour dire "On aime la police", pas plus», a assuré Jean-Claude Delage, le patron d'Alliance, premier syndicat de gardiens de la paix, à l'initiative de ce mouvement inédit.

Les casseurs qui agissent dans les manifestations contre la loi Travail, «ça suffit et ça ne pourra pas rester sans réponse», a prévenu François Hollande le 17 mai. Le chef de l'Etat a assuré que «toutes les consignes avaient été données», parmi lesquelles des interpellations ou des interdictions de manifester.

La contre-manifestation interdite par la préfecture

La préfecture de police de Paris a par ailleurs interdit la contre-manifestation du collectif «Urgence, notre police assassine» qui entendait se rassembler le 18 mai, place de la République, là où les syndicats de policiers appellent à manifester.

Ce collectif de lutte contre les violences policières appelait à une action peu avant le rassemblement des policiers, prévu à 12h00. 

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