L’Education nationale a laissé un professeur condamné pour pédophilie enseigner… et récidiver

La ministre de l'Education nationale, une nouvelle fois confrontée à la question de la pédophilie chez les enseignants. Source: AFP
La ministre de l'Education nationale, une nouvelle fois confrontée à la question de la pédophilie chez les enseignants.

Un enseignant a été mis en examen jeudi pour l’agression sexuelle d’un mineur de moins de 15 ans. Il avait déjà été condamné pour des faits similaires. L’Education nationale savait… mais l’a laissé continuer à exercer.

La ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, s’est retrouvée en bien fâcheuse posture vendredi. Elle a dû confirmer l’évidence. Le professeur de mathématiques du collège Blaise Pascal de Villemoisson-sur-Orge (Essonnes), mis en examen la veille pour agression sexuelle sur un mineur et détention d'images pédopornographiques, n’en était pas à son coup d’essai. Pire, du côté de l’Hotêl de Rochechouart, on était au courant. L’homme avait déjà été condamné pour de tels faits en Grande-Bretagne en 2006.

Un dossier qui passe presque comme une lettre à la poste

Najat Vallaud-Belkacem a bien pointé un dysfonctionnement «insupportable». Elle est sûrement loin du compte. En 2006, l’enseignant est condamné par un tribunal britannique à 15 mois d’emprisonnement pour relations sexuelles avec un enfant à partir d'une position de confiance et voyeurisme. Bien entendu, l’affaire est versée à son dossier professionnel.

Mais en mars 2007, une commission paritaire académique se réunit en formation disciplinaire. Selon la ministre, «elle avait conclu à l'unanimité de ses 35 membres à l'absence de sanctions ayant constaté que la matérialité des faits reprochés était sujette à caution et que le doute devait lui profiter».

Le 10 février, la police arrête un jeune homme à Corbeil-Essonnes. Selon le parquet d’Evry, il explique aux forces de l’ordre avoir été recruté pour «organiser une expédition punitive à l'encontre d'un individu susceptible d'avoir commis des faits d'agressions sexuelles». Spontanément, il remet à la police un téléphone portable récupéré par les personnes qui avaient fait appel à lui. L’appareil contient «plusieurs milliers d'images et de vidéos pédopornographiques». Mais un certain fichier vidéo interpelle les enquêteurs. On y voit un homme, qui s'avérera plus tard être l'enseignant, «en présence d'un mineur sur lequel il commettait une agression sexuelle».

L’homme de 55 ans est rapidement identifié, interpellé et placé en détention provisoire. Lors de sa garde à vue, il reconnaît les faits, expliquant avoir «des pulsions homosexuelles à tendances pédophiles». Il raconte également ses multiples «voyages dans des pays du sud-est asiatique pour y rencontrer de jeunes hommes au physique juvénile».

Les parents d’élèves scandalisés

«Je suis atterrée. On n'a pas été mis au courant.» Catherine Lucas, représentante de la fédération de parents d’élèves FCPE du collège concerné, a appris le passé du professeur de la bouche de la ministre… lors de son discours. Elle a souligné que l’équipe pédagogique se serait bien passée de ce coup de massue supplémentaire. Une équipe qui, selon elle, «était déjà très choquée» après la mise en examen. Une cellule psychologique a été mise en place au sein de l’établissement.

De son côté, la ministre de l’Education nationale s’en est prise à… l’éducation nationale. «Elle est responsable cette fois-ci puisqu'elle était informée. Elle n'aurait pas dû laisser ce monsieur continuer à exercer au contact d'enfants», a-t-elle martelé avant d’annoncer le lancement d'une enquête.

Pourtant, depuis 2008 et l’affaire de Villefontaine, des mesures étaient censées avoir été prises. A l’époque, un directeur d’école avait été mis en examen pour recel d'images pédopornographiques. L’éducation nationale s’était engagée à passer au peigne fin le casier judiciaire de ses agents.

Mais que parents et enfants se rassurent, un projet de loi est en cours d’examen au Parlement. Il doit garantir que toutes les affaires de pédophilie concernant le personnel de l'éducation national «soient transmises en temps utile» pour que des sanctions disciplinaires puissent être prononcées. Il serait temps. Non ?

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