Congrès de l’UOIF à Lille : meeting intégriste ou appel à la paix ?

Des musulmans prient dans la Grande mosquée de Strasbourg Source: Reuters
Des musulmans prient dans la Grande mosquée de Strasbourg

La neuvième édition du rassemblement, présenté par les organisateurs comme une promotion de l’Islam comme «source de paix», a également compté son lot d’opposants, dont certains dénonçaient sur place des conférenciers antisémites ou encore sexistes.

La Rencontre Annuelle Des Musulmans du Nord se déroule ce dimanche 7 février au Grand Palais de Lille à l’initiative de la Ligue Islamique du Nord et de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF).

Officiellement consacrée au sujet de la jeunesse musulmane, la rencontre doit aborder des thématiques comme les relations des musulmans avec leur histoire et leurs pays, ou encore la radicalité et l’islamophobie. Elle vise enfin à promouvoir la coexistence pacifique entre les religions et les cultures.

Polémique, déprogrammations et contre-manifestation 

Même avant que la réunion ne commence, la polémique avait déjà fait rage en raison de la présence de certains orateurs jugés «dangereux». Le débat, jugé «injustifié» par le président de la Ligue Islamique du Nord, avait ainsi abouti à annuler la venue de trois orateurs étrangers, le Syrien Mohamed Rateb Al-Nabulsi, le Marocain Abouzaïd Al-Mokri et le Saoudien Abdallah Salah Sana'an. Ces participants ont été déprogrammés «dans un souci d'apaisement», avait affirmé le président de l’UOIF Amar Lasfar.

En savoir plus : La réunion de l'UOIF à Lille se tiendra sans trois orateurs musulmans contestés

Devant l'entrée cet après-midi, une distribution de tracts avait été organisée par le Parti Radical de gauche (PRG) pour appeler à l’interdiction du meeting musulman, comme l’a rapporté le correspondant de RT France présent sur place. Laurence Marchand-Taillade, membre du bureau national du PRG et présidente de l’Observatoire de la laïcité du Val d’Oise, a ainsi expliqué qu’elle a «dû faire interdire (…) trois prédicateurs qui étaient antisémites, homophobes et sexistes».

Pour la militante, c’est clair, «cette association [l’UOIF] est une branche des Frères musulmans, qu’ils l’assument ou pas». C’est pour cette raison qu’elle demande une suspension temporaire de celle-ci et un moratoire qui pourrait éventuellement conduire à l’interdiction pure et simple de l’organisation.

L'UOIF est une branche des frères musulmans

Rappelant qu’elle a été exclue d’un meeting qui était organisé par la même association la veille à Paris, Laurence Marchand-Taillade a finalement déploré une entrave à sa «liberté d’expression».

A l'entrée du Congrès, des débats (très) animés entre citoyens

En marge de l’action militante du PRG, notre correspondant à Lille a pu filmer des discussions enflammées entre des spectateurs, venus assister à la conférence, et les activistes, qui veulent l’interdire.

Un visiteur, se présentant lui-même comme «ancien militant du PRG», a ainsi fait part de sa déception quant à la volonté du parti d'interdire le Congrès auquel il venait assister. Mais, pour Laurence Marchand-Taillade, il est inadmissible de venir écouter des orateurs diffusant une parole «antisémite» ou encore «homophobe».

Et si mon grand-père est criminel, ça veut dire que je suis criminel ?

Au fil de la discussion, celle-ci s’en est ensuite pris à Tariq Ramadan, invité de marque du rassemblement de Lille, lui reprochant d’être le petit-fils du fondateur des Frères musulmans égyptiens. Mais l’argument n'a pas semblé convaincre un autre badaud, qui s’était joint à la discussion. «Et si mon grand-père est criminel, ça veut dire que je suis criminel ?», lui a demandé celui-ci.

A la tribune, un appel à «déconstruire» la guerre des civilisations

Devant l'auditoire de la conférence, le sociologue et directeur de l’Observatoire du religieux, Raphaël Liogier, a défendu l'idée selon laquelle il n’y a «pas de guerre entre l’Islam et l’occident». Après avoir déploré une «obsession» générale de l'Etat et des médias contre l’Islam, il a expliqué à notre correspondant que les Français avaient besoin d’être «sortis du préjugé» d’une guerre civilisationnelle entre Européens et musulmans. Il a qualifié cette perception de «mise en scène», qui profiterait aux terroristes de Daesh.

Enfin, il a contesté les accusations de Laurence Marchand-Taillade, rappelant que ses propos «d’apaisement», n'étant ni homophobes, ni antisémites, avaient été très bien reçus par les nombreux spectateurs venus l'écouter. Il s’est par ailleurs réjoui de l’«ambiance de kermesse» qui régnait au Grand Palais de Lille, et de la diversité des gens venus l’écouter.

Tariq Ramadan distingue Daesh des formes de «résistances légitimes»

Devant une salle pleine à craquer, l'islamologue Tariq Ramadan a tenu une conférence qu'il a débuté en rejetant les accusations de double discours dont il avait fait l'objet en marge du Congrès. Il a par ailleurs rappelé que les musulmans étaient des «agents de paix» avant d'évoquer le débat actuel concernant la déchéance de nationalité. Selon lui, cette mesure symbolique «montre quelque chose d’extrêmement pervers» en visant à distinguer «qui est plus français que l’autre».

En savoir plus : Tout comprendre au débat sur la déchéance de nationalité

Rappelant qu'il pense que le président syrien Bachar el-Assad «est un dictateur et qu’il doit quitter le pouvoir», Tariq Ramadan a cependant appelé à un dialogue inter-religieux entre chiites et sunnites. Il a ainsi rappelé que «chiites et sunnites sont des musulmans et nous respectons toute personne qui est musulmane».

L'islamologue a aussi condamné, comme une «obligation morale», les agissements de groupes terroristes comme Daesh, qui prétendent «qu’on peut tuer des innocents, qu’on peut s’en prendre à des musulmans ou à des personnes qui ne sont pas musulmanes». Il a appelé son auditoire à prendre ses responsabilités, à «condamner» et «se lever contre» les terroristes se revendiquant de l'Islam.

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A l'opposé de ces violences, Tariq Ramadan a précisé qu'il savait distinguer les formes de «résistances légitimes», incomparables, comme celle du leader palestinien Yasser Arafat. Il a ainsi dressé le parallèle avec l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale en déclarant que «tous ceux qui étaient dans la Résistance française, ce sont les justes de la France», avant de conclure : «nous ne nous tairons pas».

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