La Cour des comptes alerte : en France, «l’hôpital tue plus que la route»
© Getty ImagesSelon un rapport sévère de la Cour des comptes, les infections contractées à l’hôpital provoquent environ 4 000 décès directs par an en France, dépassant la mortalité routière. La «non-qualité» des soins, sous-déclarée et mal pilotée, représente un scandale sanitaire et financier majeur.
La Cour des comptes tire la sonnette d’alarme sur l’état préoccupant de la qualité des soins dans les établissements de santé français. Chaque année, 13 millions de patients sont accueillis dans près de 3 000 structures, mais le système peine à garantir leur sécurité.
🏥 Qualité des soins à l’#hôpital : une politique insuffisamment coordonnée et mesurée. Face à cet enjeu de #SantéPublique, la Cour recommande de réformer la gouvernance et de mettre en place de vrais indicateurs de résultats de soins hospitaliers.
— Cour des comptes (@Courdescomptes) April 28, 2026
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Les infections nosocomiales, à elles seules, tuent davantage que les accidents de la route, tandis que les erreurs médicales graves restent largement sous-estimées.
Un suivi lacunaire et une culture de la dissimulation
Entre 160 000 et 375 000 événements indésirables graves surviendraient annuellement lors des séjours hospitaliers, entraînant décès, mise en jeu du pronostic vital ou séquelles permanentes. Pourtant, seules 7 100 déclarations ont été enregistrées en 2024, malgré une obligation légale depuis 2004. « La sous-déclaration est une problématique structurelle », pointe la juridiction. Un constat partagé par le président de la Commission médicale d'établissement de l'AP-HP Rémi Salomon sur les ondes de France Info qui déplore que trop « d'événements indésirables graves » à l’hôpital ne soient pas déclarés.
🔴 La Cour des comptes pointe trop d'"événements indésirables graves" à l’hôpital ➡️ "Nous sommes tous conscients que nous ne déclarons pas assez. Il faut inciter les professionnels à le faire", dit Rémi Salomon, président de la Commission médicale d'établissement de l'AP-HP pic.twitter.com/lC8hfRrm9N
— franceinfo (@franceinfo) April 28, 2026
Parmi les évènements dit « indésirables », les hôpitaux ont dû faire face à une recrudescence des violences.
Les infections nosocomiales, mal suivies, coûtent entre 2,2 et 5,2 milliards d’euros et causent 4 000 morts directs, un chiffre qui dépasse les 3 260 décès routiers de l’année précédente.
Cette opacité révèle un hôpital français où la transparence est sacrifiée sur l’autel de la réputation et de la bureaucratie. Les indicateurs de qualité, trop nombreux et centrés sur les processus administratifs, évaluent à peine 10 % des résultats réels pour les patients.
La plateforme Qualiscope reste méconnue, et la certification par la Haute Autorité de santé manque d’approche fondée sur les risques.
Des seuils non respectés et une pertinence des soins négligée
La Cour critique également le non-respect fréquent des seuils d’activité minimale : une vingtaine de maternités n’atteignent pas les 300 accouchements annuels requis, et de nombreux établissements réalisent trop peu d’interventions complexes comme la chirurgie du cancer de l’ovaire.
Ailleurs en Europe, ces seuils sont souvent plus élevés pour garantir l’expérience des équipes. Les soins inutiles ou de faible valeur pèseraient 22 milliards d’euros supplémentaires, selon des estimations OCDE alors que l’Assurance-maladie est pointée du doigt pour le déficit record de la Sécurité sociale.
La prise en charge médicamenteuse reste risquée par manque de pharmacie clinique, et la chirurgie ambulatoire, pourtant prometteuse, souffre d’un suivi insuffisant des complications post-sortie. L’État, à travers des années de politiques fragmentées, a laissé s’installer une organisation hospitalière « peu soutenable », marquée par la bureaucratie, les tensions sur les effectifs dans un contexte de suppression de lits et une culture de la qualité encore insuffisamment ancrée chez les professionnels. La formation initiale des médecins accorde trop peu d’heures à la sécurité des soins, et l’accréditation reste trop individuelle.
Face à ces défaillances persistantes, la Cour des comptes appelle à une gouvernance nationale forte dès 2026, avec une stratégie pluriannuelle, plus de transparence, des sanctions pour non-déclaration et une meilleure intégration des résultats perçus par les patients.