Diplomatie cubaine : la politique de Trump «est dénuée de pragmatisme et de bon sens»

Diplomatie cubaine : la politique de Trump «est dénuée de pragmatisme et de bon sens»
Bruno Rodriguez Parilla

Le ministre des Affaires étrangères cubain Bruno Rodriguez Parrilla partage en exclusivité avec RT sa vision du dialogue avec les Etats-Unis et met en avant la nocivité de l'embargo pour l'économie de nombreux pays, Etats-Unis en tête.

RT : La normalisation des relations entre les Etats-Unis et Cuba régresse. Vous avez dit que votre  gouvernement ne tolérerait aucune menace. Est-il possible de s'accorder avec Donald Trump, qui use d'une rhétorique très agressive en politique extérieure ?

Bruno Rodriguez Parrilla (B. R. P.) : J'ai déjà dit que le gouvernement cubain était tout à fait favorable au dialogue, à la coopération et aux négociations sur des questions bilatérales pertinentes, à condition que les principes du respect et de l'égalité soient prioritaires, sans menacer notre autodétermination. Les Etats-Unis ont l'habitude de dire que leur politique est basée sur le pragmatisme, mais personnellement, je ne vois pas de pragmatisme dans les mesures annoncées récemment par le président américain, mais seulement de la pression idéologique et le retour aux idées de la guerre froide. Il répète ce que les dix présidents précédents ont fait avant lui, à l'exception des deux dernières années de Barack Obama. Je ne vois pas la moindre manifestation du pragmatisme américain dans cette approche. Tout d'abord, parce que le président insiste sur les actions qui, comme tout le monde a pu le voir au cours des 50 dernières années, donnent un résultat contraire au but recherché. Deuxièmement, parce que cette politique date des années 1960, elle est typique de la guerre froide, mais elle est menée dans un monde qui est devenu bien différent. Il faut tout de même noter qu'il existe une tendance historique inéluctable vers le réchauffement des relations avec Cuba. Les Etats-Unis ne peuvent pas entretenir des relations efficaces avec l'Amérique latine et les Caraïbes sans normaliser celles avec Cuba. L'Amérique ne deviendra pas meilleure si le président Trump insiste sur la violation des droits civiques des Américains. Cela n'a pas de sens. L'interdiction de voyager à Cuba pour les citoyens des Etats-Unis est une régression totale. N'importe quel étudiant de l'Université de Columbia peut inviter un ami ou une amie à se rendre partout sur la Terre. Même là où il y a actuellement des hostilités, la guerre ou des conflits dans lesquels opèrent des groupes terroristes internationaux. Le seul endroit où ils ne peuvent pas aller c'est Cuba, bien qu'il s'agisse d'un pays voisin exempt de conflit armé, un territoire tout à fait pacifique. Cela n'a aucun sens et cela ne peut pas être expliqué logiquement aux citoyens américains.

Deuxièmement, cela a un impact négatif sur la création d'emplois, les opportunités commerciales pour les entreprises et les entrepreneurs américains, y compris face à leurs concurrents étrangers européens, russes ou chinois. Cette politique est donc totalement dénuée de pragmatisme et de bon sens. Elle ne fait que répéter le passé et ce dans les pires conditions, parce que le monde a changé. On peut dire à l'avance que cette politique est vouée à l'échec et qu'elle va à l'encontre des tendances historiques aux Etats-Unis. Elle préconise des méthodes inadéquates. Je crois que personne n'a expliqué au président des Etats-Unis qu'il serait entouré de terroristes, alors que la principale priorité de la sécurité nationale et de la politique étrangère des Etats-Unis est la lutte contre le terrorisme. Que cela signifie-t-il pour le président américain de s’exhiber aux côtés de terroristes, alors que les Etats-Unis eux-mêmes ont introduit des sanctions contre certains d'entre eux ?

RT : Vous avez dit que Cuba était guidé par l’idée d'un dialogue fondé sur le respect et les intérêts de chacun. Pensez-vous que Donald Trump soit capable d'un tel dialogue ?

B. R. P. : C’est très hypothétique. Les faits parleront d’eux-mêmes. On verra ce qui se passera à l'avenir. Un président américain moderne, guidé par le slogan «L'Amérique avant tout !», guidé par les intérêts de ses électeurs, des citoyens américains qui ont voté pour lui, qui lui ont assuré la victoire lors des élections, un tel président doit comprendre que ce qu'il fait contredit à tout cela. Le Président Trump est un entrepreneur, et les hommes d'affaires sont généralement pragmatiques. Je ne sais s'il le sera pragmatique, mais nous espérons au moins qu'il sera réaliste.

RT : Vous êtes en pleine tournée européenne. Selon vous, y a-t-il eu un changement dans la perception des Européens du blocus de Cuba après les déclarations de Donald Trump ? Quelle position vont-ils adopter à l'égard de votre pays ?

B. R. P. : Je ne peux pas le dire à l’avance. Mais je peux juger la position des pays européens au sens large, en incluant la Russie et les pays de l'Union européenne, sur la base de leurs déclarations et de faits réels, ainsi que sur les résultats du vote aux Nations Unies. 

Ce sont les banques et les entreprises européennes, tout comme le peuple cubain, qui ont été les plus touchées par le blocus. Rappelez-vous seulement des amendes colossales de plusieurs millions de dollars que les banques européennes ont dû payer. Les partenaires européens avec lesquels j'ai eu l'occasion de parler ont réitéré leur position sur la levée du blocus et ont soutenu l'idée de la reprise du dialogue et de la normalisation des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Ils se sont dits préoccupés par les dommages causés aux intérêts européens et à la souveraineté européenne. J'espère que l'UE poursuivra cette ligne politique et, comme avant, défendra les intérêts de l'Europe par opposition à cette position agressive. Je ne suis donc pas inquiet. Mais il semble pourtant que le département d'Etat américain a trouvé des raisons de s'inquiéter.  

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