Dominique de Villepin : «L'Europe et la Russie ont des intérêts communs»

Dominique de Villepin : «L'Europe et la Russie ont des intérêts communs»© RT
Dominique de Villepin

Dans son dernier livre, «Mémoire de paix pour temps de guerre», Dominique de Villepin livre son analyse des relations internationales aujourd'hui, selon lui paralysées par l'absence de dialogue. Il a accepté de répondre aux questions de RT France.

La Libye en 2011, le Mali et la Centrafrique en 2013, la Syrie en 2014... autant d'interventions militaires qui prouvent que «la France ne tire pas les leçons de l'Histoire», selon Dominique de Villepin. Il estime qu'elle a rompu avec «la vocation historique de médiation indépendante» qui était la sienne depuis la présidence du général de Gaulle, en renonçant à dialoguer avec tous les Etats et à porter une vision politique. «La France marginalise, isole et refuse le dialogue, notamment avec la Russie ou la Chine», déplore-t-il, estimant qu'elle suit en cela la tendance plus générale qui affecte toutes les démocraties occidentales qui «ont renoncé à faire de la politique».

«Nous devons parler à tout le monde»

«Je veux croire que Donald Trump est un homme de réalisme et de pragmatisme qui comprendra la nécessité de partager la gouvernance mondiale», affirme Dominique de Villepin, rappelant que Barack Obama, s'il a limité les interventions militaires américaines, n'a pas pour autant renoncé à «la politique de containment vis à vis de la Chine et de la Russie» – une erreur selon l'ancien Premier ministre, qui appelle de ses vœux «une Europe plus indépendante» et porteuse d’initiatives de dialogue. Evoquant la question de la sécurité internationale, il souligne que «l'Occident tend à oublier que le terrorisme frappe également la Russie, la Chine, l'Inde, la Turquie et en premier lieu les pays musulmans» : il y voit une raison supplémentaire de ne refuser de s'adresser à personne. 

Selon Dominique de Villepin, la nécessité du dialogue s'étend aujourd'hui jusqu'à l'intérieur de l'Europe elle-même, traversée par des crises qu'il ne juge «pas insolubles». Prenant l'exemple des négociations pourtant difficiles entre l'Union européenne et le Royaume-Uni après le Brexit, il affiche sa confiance : «Il y a une voie qui permet de prendre en compte les intérêts britanniques et européens.»

«Seules la Russie et l'Europe peuvent enrayer la crise ukrainienne»

La crise ukrainienne constitue une opportunité de coopération entre l'Union européenne et la Russie, selon Dominique de Villepin, qui souhaite dépasser les crispations entre les deux parties. «L'accord d'association entre l'Europe et l'Ukraine ne prenait pas en compte la Russie et constituait un jeu inégal», estime-t-il, tout en affirmant que «la poussée de l'OTAN vers l'Est a causé des tensions et des malentendus». Il considère désormais que toute discussion autour d'une éventuelle sortie de crise en Ukraine se doit d'impliquer la Russie ainsi que les autres partenaires régionaux : il évoque notamment «un grand accord économique eurasiatique incluant également le Kazakhstan, la Biélorussie, l'Ukraine...»

La situation de «faillite de l'Etat ukrainien» est pour Dominique de Villepin le signe que «seules la Russie et l'Europe peuvent enrailler la crise» qui déchire le pays : la recherche d'un accord satisfaisant doit donc prendre en compte les inquiétudes de tous les acteurs présents. Concernant le futur de l'Ukraine, Dominique de Villepin évoque la piste d'un «fédéralisme autonomiste» qui permettrait de mettre un terme au conflit qui sévit dans la région du Donbass depuis 2014. De manière plus générale, «l'Europe et la Russie ont des intérêts communs» sur de nombreux autres sujets selon Dominique de Villepin, qui cite notamment le dossier syrien : «Il n'y a pas de solution à la crise syrienne sans la Russie.»

«François Fillon peut constituer une chance pour la France, s'il sait s'adresser aux classes populaires»

Réagissant à la victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre, Dominique de Villepin se montre élogieux à l'égard de son successeur à Matignon, avec lequel il n'a pourtant pas toujours entretenu de très bonnes relations. «François Fillon fait l'unité et croit en la politique», assure Dominique de Villepin, qui rejette les critiques formulées au programme économique du candidat, estimant qu'il porte «une politique intelligente et moderne des services publics».

Néanmoins, la perspective voir le Front national «capter l'électorat des classes populaires» n'est pas à exclure, d'après Dominique de Villepin, qui admet que l'enjeu pour François Fillon sera de parvenir à s'adresser aux Français les plus défavorisés. 

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