«Je ne suis pas étonné que Christian Estrosi signe le jumelage entre Nice et Yalta»

Rencontre de Christian Estrosi, maire de Nice, avec Andreï Rostenko, maire de Yalta, pour signer la lettre d'intention visant le renouvellement du jumelage entre Nice et Yalta © Capture d'écran du compte Twitter de Christian Estrosi - @cestrosi
Rencontre de Christian Estrosi, maire de Nice, avec Andreï Rostenko, maire de Yalta, pour signer la lettre d'intention visant le renouvellement du jumelage entre Nice et Yalta

L’économiste Jacques Sapir n’est pas étonné de la décision de Christian Estrosi de renouveler le jumelage de sa ville avec Yalta, en Crimée, estimant que la plupart de l’élite politique la considère russe.

Je ne suis absolument pas étonné que Christian Estrosi ait décidé de signer cette convention

RT France : Est-ce une surprise pour vous qu’une ville française décide de se rapprocher ainsi d’une ville située en Crimée, comme Yalta ?

Jacques Sapir : Non, ce n’est pas réellement une surprise, surtout quand j’ai vu la ville dont il s’agissait. On sait très bien que Nice a un maire qui a un certain type d’opinion et je dirais qu’il n’a pas été saisi par cette espèce de frénésie antirusse qui s’était développée sur la question de la Crimée à partir de 2014. Donc je ne suis absolument pas étonné que Christian Estrosi ait décidé de signer cette convention. Il y a d’ailleurs des liens très anciens entre des villes comme Nice, comme Cannes, comme Menton, et la Russie, et des liens particulièrement importants entre ces villes et les régions de Crimée, qui avant 1914 étaient des lieux de villégiature aussi extrêmement importants pour l’élite russe. Donc non, je ne suis pas du tout étonné ni surpris de voir Christian Estrosi signer cette convention. Je pense que d’une manière plus générale ça veut dire qu’une bonne partie de la classe politique française a aujourd’hui tout à fait conscience que cette question de la Crimée est d’une certaine manière réglée et qu’il y a eu l’expression par la population de Crimée d’un choix largement majoritaire de rejoindre la Russie. On en prend acte.

Je crois que le fait d’essayer de prendre des mesures contre Christian Estrosi provoquera un scandale immense 

RT France : Ça risque de ne pas être l’avis François Hollande et de ses ministres. Ont-ils déjà réagi ? Et sinon, quelle risque d’être leur réaction ?

Jacques Sapir : Pour l’instant il n’y a pas encore de réaction du gouvernement. Normalement la question du jumelage entre deux villes relève du droit privé. Par exemple la Fédération des villes jumelées est une organisation de droit privé. Le gouvernement ne peut pas intervenir au niveau de cette Fédération. La seule chose qu’ils pourraient faire serait de prendre des mesures contre Christian Estrosi. Je crois que le fait d’essayer de prendre de telles mesures provoquera un scandale immense et qu’il y aura beaucoup de protestations de la droite comme de la gauche.

Aller plus loin : les députés français en visite en Russie dénoncent la «stupidité de la politique des sanctions»

RT France : D’après vous, cette histoire est-elle suffisamment relayée dans les médias ?

Jacques Sapir : Comme je reçois le journal de Nice, Nice Matin, je l’y ai vu. J’ai dû le voir sur deux ou trois grands sites d’information nationaux. En même temps c’est vrai que c’est une mesure locale : ce que fait la ville de Bordeaux, la ville de Lyon ou la ville de Nice ne fait pas nécessairement les gros titres de la presse française. Maintenant ce qu’il faudra attendre c’est de savoir s’il y aura une réaction du gouvernement ou pas. S’il n’y a pas de réaction du gouvernement il est d’une certaine manière naturel que ceci reste une nouvelle locale. Mais s’il y a une réaction du gouvernement, ça transformera nécessairement cette nouvelle locale en nouvelle nationale.

Quand viendra le jour où on mettra fin aux sanctions, on entérinera le chemin qui a été fait par les citoyens de la Crimée de se rattacher à la Russie

RT France : Que faudrait-il pour que la France reconnaisse que la Crimée fait dorénavant partie de la Russie ? Cet évènement est-t-il une étape ?

Jacques Sapir : Je pense que oui. Après on voit très bien que c’est un problème politique. On voit très bien que c’est ce qui freine le gouvernement français, parce qu’en fait, il y a une majorité des députés et des sénateurs qui considèrent que la question de la Crimée est réglée. Ce ne sont pas des questions de droit, ce sont des questions d’opportunité politique . Quand viendra le jour où on mettra fin aux sanctions et à l’ensemble des problèmes qui ont été créés dans les relations entre la France et la Russie, je pense que ce jour-là on entérinera le chemin qui a été fait par les citoyens de la Crimée de se rattacher à la Russie.

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