Valéry Giscard d'Estaing : «La solution de la force n’est pas la bonne» pour l'Ukraine

RT a pu obtenir un entretien exclusif avec l’ancien président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing, qui est intervenu lors de l’Assemblée générale de l'Association Dialogue Franco-Russe qui s’est tenue le 26 mars 2015.

L’ancien président de la France a abordé plusieurs questions d’actualité liées à la politique internationale, en particulier la situation en , la Crimée et la France.

RT : Que pourrez-vous dire sur la situation qui existe aujourd’hui sur les frontières de la Russie, en Ukraine ?

Valéry Giscard d'Estaing (VGE) : Je crois que d’abord il faut être très raisonable. Nous célébrons en commun les anniversaires des deux conflits mondiaux. Et il faut se rappeler qu’avant ces conflits mondiaux, il y a eu des situations qui ressemblaient un peu à la situation actuelle. C’est-à-dire des malentendus sur des sujets qu’on pouvait regler, qu’on aurait pu régler. Pensez, par exemple, au fameux accident de Sarajevo. Il n’y avait pas de raison qu’il enflamme . Donc nous devons être capable maintenant, lorsqu’il y a des problèmes, de les aborder avec ouverture d’esprit et exactitude. La situation en Ukraine est très difficile parce que l’Ukraine est un pays composite, dans lequel il y a des communautés humaines, historiques différentes. La question est de savoir comment ces communautés peuvent-elles finalement s’organiser pour vivre ensemble. La solution de la force n’est pas la bonne. Parce que ni d’un côté ni de l’autre, on exterminera ou éliminera les partenaires. Donc la solution, c’est de proposer un système d’organisation politique – il existe beaucoup de systèmes dans le monde – dans lequel ces deux communautés pourront vivre facilement. Et je pense qu’il faut attendre le moment ou on pourra ouvrir une vraie conférence sur l’organisation d’une confédération ukrainienne. Où est-ce que ça doit se passer, est-ce que ça doit se passer aux Nations Unies, est-ce que ça doit se passer en Europe autour des structures de l’Organisation de Sécurité et de Coopération en Europe, je n’en sais rien. Mais je pense qu’il serait bien qu’en 2015, on ouvre une discussion sur l’avenir de l’organisation politique de l’Ukraine, avenir pacifique. Car l’Ukraine ne doit pas être une menace pour la Russie et ne doit pas être une menace pour l’Europe.

RT : La Crimée est souvent vue comme une menace de la Russie. Est-ce que c’est vraiment le cas?

VGE : Non. Je crois que pour la Crimée il faut être prudent, il faut regarder l’histoire. La  n’a pas été conquise par l’Ukraine au XVIIIème siècle.  Elle a été conquise par la Russie. En fait c’est l’impératrice Catherine II, c’est le fameux général Potemkine, qui ont ravi la Crimée non pas aux Ukrainiens, mais aux Turcs ou aux vassaux des Turcs. Et ensuite, la Crimée s’est developpée comme une province de Russie. La preuve, c’est que la dernière conférence de la dernière guerre s’est tenue à Yalta. Tous les dirigeants Occidentaux y sont venus. Et ils sont venus à l’invitation de la Russie, en Crimée. Donc je crois que pour la Crimée, la seule chose qu’il faudrait dire c’est que s’il y a des doutes sur le déroulement du referendum – puisqu’il a été quelque peu improvisé – et bien, dans un delai raisonnable de deux ou trois ans, il faudra faire un réferendum avec les garanties internationales classiques sur la question de savoir ce que souhaitent les habitants de la Crimée.

RT : Et si vous permettez une question concernant la France, puisque nous sommes dans ce pays merveilleux. Le premier tour des élections départementales le weekend dernier et le second à venir montrent peut-être une tendance? Les gens votent d’une nouvelle manière, est-ce que c’est vraiment une tendance?

VGE : Il y a un changement, pas seulement en France, mais dans la plupart des pays. C’est le cas aux , c’est le cas en Espagne, c’est le cas en France. Il y a de nouvelles formes d’expression politique. C’est probablemement dû au dévéloppement des nouveaux moyens de communication, notamment des moyens de communication des réseaux. L’opinion souhaite s’exprimer. Et donc il faut faire très attention: ces votes n’expriment pas l’adhésion à un programme. Ils expriment le désir d’exprimer quelque chose, ce qui est différent. Et donc il faut les prendre comme une contribution, et non pas comme une provocation.

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