Coronavirus : l’Etat aux commandes de l’économie ?

Coronavirus : l’Etat aux commandes de l’économie ?© AFP Source: AFP
Immeuble du ministère des Finances dans le quartier de Bercy, à Paris (illustration).

Avec un ton guerrier, l’exécutif pousse très loin la reprise en main de l’économie. Injonction au BTP de reprendre le travail, projets de nationalisations, interdiction des dividendes… L'Etat veut être partout, même là où on ne l’attendait plus.

«Ce n’est pas de la com, c’est du bon sens. Et pour moi, ça ne va pas assez loin». Dany Lang, maître de conférences à l’Université Paris 13 voit d’un très bon œil l’appel de Bruno Le Maire aux entreprises de ne pas verser de dividendes. Du moins, précise le ministre de l’Economie, pour celles qui toucheront des aides de l’Etat. Sinon, il faudra rembourser. Pour l’économiste, «il serait indécent» de favoriser les actionnaires quand «les salariés sont en première ligne». Dany Lang voudrait même «interdire tout dividende » et «taxer les entreprises qui décideraient d’en verser». Interdire totalement les dividendes ? Impossible estime Philippe Béchade, président des Econoclastes. Pour cela, il faudrait légiférer, et aux yeux du monde entier, «la France deviendrait un pays communiste !». Même s’il comprend la démarche de Bercy, Philippe Béchade craint qu’il ne soit trop tard. «Les entreprises cotées vont commencer à distribuer dans un mois. La plupart de ces dividendes sont déjà actés. Et rien n’empêche celles qui ne paieront rien cette année d’être plus généreuses en 2021». Autant dire que les entreprises décideront d’elles-mêmes, en fonction de leur sens du civisme, de jouer le jeu ou non. Déjà, des poids lourds du CAC 40 comme Airbus ou Safran ont renoncé à leurs dividendes. Mais d’autres, comme BNP Paribas, ne l’entendent pas de cette oreille. Pourtant, la BCE elle aussi, demande aux banques européennes de suspendre leurs versements de coupons et leurs rachats d’actions, le temps de la pandémie. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, elle-même y est allée de son couplet dans ce débat, appelant à priver de dividendes les particuliers. De quoi hérisser Philippe Béchade : «On me dit ça, je n’achète plus jamais d’actions de boîtes qui dépendent de l’Etat !».

Muriel Pénicaud n’en est d’ailleurs pas à sa première saillie interventionniste depuis le début de la crise. Il y a quelques jours encore, elle accusait les entreprises du BTP de «défaitisme», jugeant qu’il était inacceptable d’arrêter tous les chantiers. Un autoritarisme fraîchement accueilli par les professionnels de la construction. Depuis, les deux parties se sont entendues sur une reprise du travail, mais très encadrée.

Avec cette crise du coronavirus, l’Etat marque-t-il son grand retour dans la gestion de l’économie, en voulant être partout, tout le temps ? La question étonne Jean-Marc Daniel, professeur émérite à l’ESCP Europe. «Il n’y a pas de retour de l’Etat. On dit cela à chaque récession». Ce qui l’agace surtout, c’est le vocabulaire guerrier de Bercy, qui compare aussi la situation actuelle à celle de 1929. «C’est pas la guerre !» tonne l’économiste. Plus préoccupant selon lui, «l’augmentation de la dette publique qui va plomber les générations futures». De son côté, Dany Lang ne voit rien d’étonnant dans cette hyperactivité de l’Etat. Pour l’économiste «l’Etat néolibéral ne se limite pas à ses fonctions régaliennes. Il est plutôt interventionniste, mais en faveur des classes dominantes. Il y a une logique keynésienne dans son action : si on veut que l’économie continue de tourner, il faut donner du pouvoir d’achat.» Sous-entendu aux consommateurs, sans qui les grandes entreprises ne seraient pas grand-chose. Normal donc que l’Etat déverse des milliards d’aides, officiellement pour sauver l’emploi. Quitte à nationaliser les groupes les plus fragiles.

Les nationalisations, un virage radical pour un gouvernement qui il y a encore peu, ouvrait le capital de la Française des jeux, et projetait de privatiser Aéroports de Paris. Aujourd’hui, c’est l’inverse, et même le Medef applaudit ! Pour son patron, Geoffroy Roux de Bézieux, «il ne faut pas avoir de tabou en la matière», c’est dire. Nationaliser, le gouvernement y est prêt, «si nécessaire». Ne serait-ce que pour préserver certains fleurons stratégiques d’ «interventions étrangères», comme le rappelle Matignon. Bruno Le Maire en tous cas le confirme : «La liste des entreprises qui doivent être soutenues par l’Etat est prête.» Comme elle est confidentielle, les spéculations sur les candidates vont bon train. On pense par exemple à Renault, détenu à 15% par l’Etat, et déjà en grandes difficultés avant le coronavirus, comme le reste du secteur automobile. Ou encore à Air France-KLM, publique à 14,3%, et dont l’essentiel de la flotte est clouée au sol. A moins que la recapitalisation, comme en 2009, soit préférée à la renationalisation. Sans parler des banques, pour l’heure en dehors du radar. Quelle que soit la méthode, Philippe Béchade espère que «cette fois, ça ne sera pour sauver les copains !» Pour lui, la priorité c’est d’aider les ménages, «la base même de l’économie», et de ne pas répéter les erreurs du passé.

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