La Commission européenne ouvre une enquête sur le rapprochement entre Boeing et le brésilien Embraer

La Commission européenne ouvre une enquête sur le rapprochement entre Boeing et le brésilien Embraer Source: AFP
Un appareil monocouloir E195-E2 du constructeur brésilien Embraer exposé au Salon international de l'aéronautique du Bourget, près de Paris, le 17 juin 2019, lors de sa tournée promotionnelle mondiale (illustration).

Bruxelles a annoncé l’ouverture d’une «enquête approfondie» sur un projet de deux joint-ventures entre Boeing et l'un des ses concurrents brésilien. L'instance européenne redoute un recul de la concurrence.

La Commission européenne a annoncé, le 4 octobre, l’ouverture d’une «enquête approfondie» sur le projet de création de deux joint-ventures par les constructeurs aéronautiques Boeing et Embraer. Elle redoute, en effet, que le projet provoque la disparition pure et simple de l’avionneur brésilien et ne réduise ainsi la concurrence sur le marché de l’aviation civile.

Citée dans un communiqué de presse de la Commission européenne daté du 4 octobre, la commissaire Margrethe Vestager, chargée de la concurrence, explique : «Les marchés des avions commerciaux doivent fonctionner correctement pour offrir aux clients des produits innovants et efficaces à un prix équitable. Par conséquent, grâce à notre enquête approfondie, nous voulons nous assurer que les fusions dans la construction aéronautique civile ne réduisent pas de manière significative la concurrence effective sur les prix et le développement des produits.»

Le projet consiste en la création de deux joint-ventures : la première contrôlée à 80% par Boeing reprendrait les activités mondiales d’avions commerciaux d’Embraer (développement de produits, production, commercialisation, services) et s’appellerait Boeing Brasil – Commercial ; la seconde contrôlée conjointement (Embraer 51%- Boeing 49%) par les deux sociétés serait chargée de la commercialisation de l'avion militaire Embraer KC-390.

Le brésilien Embraer est le premier constructeur mondial d’avions régionaux avec la famille E2 (moins de 100 sièges) et il très présent sur le segment inférieur du marché des monocouloirs.

Bruxelles redoute la disparition du 3e constructeur mondial

La Commission européenne affirme redouter que la transaction envisagée n’aboutisse, en réalité, à la suppression d’Embraer, troisième acteur mondial du secteur déjà fortement concentré de l'aviation commerciale. Les nouveaux arrivants chinois, japonais et russe ont encore beaucoup de difficultés à s’imposer sur ce marché, et ne devraient pas être en mesure de compenser cette baisse de concurrence d'ici cinq, voire dix ans.

Or les deux avionneurs sont effectivement concurrents tant sur le marché des petits porteurs monocouloirs (100-150 places), destinés aux vols intérieurs, que sur le marché mondial. Pour la commission européenne, Boeing et Embraer se livrent actuellement une concurrence frontale en ce qui concerne les prix et d’autres paramètres lors de campagnes importantes d’achat d’avions dans le monde et dans l’Espace économique européen (EEE).

Malgré sa part de marché relativement faible, Embraer, du point de vue de la Commission «semble exercer une certaine contrainte de prix sur les leaders du marché, Boeing et Airbus, même au-delà des limites du segment inférieur des 100 à 150 sièges». 

La veille de l’annonce de l’ouverture de l’enquête par la Commission européenne, Boeing avait expliqué, dans un communiqué de presse que son projet avec Embraer avait reçu l’approbation du Comité fédéral pour les commerce des Etats-Unis. L’avionneur américain écrivait aussi que Boeing et Embraer avaient «hâte de participer à l’enquête» de la Commission dont ils avaient connaissance et que les deux sociétés envisageaient la finalisation de leurs accords «au début de 2020».

L’annonce de la Commission européenne a, pour contexte, d’importantes tensions entre les 28 et les Etats-Unis liées aux subventions versées aux avionneurs Boeing et Airbus et qui ont abouti récemment à des sanctions sous forme de droits de douane autorisées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Toutefois le projet américano-brésilien est connu depuis octobre 2018. En outre, la Commission européenne est tenue d'évaluer les opérations de fusions impliquant des sociétés dont le chiffre d'affaires dépasse certains seuils, et d'empêcher les concentrations qui entraveraient de manière significative une concurrence dans l'EEE ou une partie substantielle de celui-ci.

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