Affaire Meng Wanzhou : pourquoi et comment la Chine tente de détruire l’agriculture canadienne

Affaire Meng Wanzhou : pourquoi et comment la Chine tente de détruire l’agriculture canadienne Source: Reuters
Des côtes de porc canadien préparées sur le comptoir d'une boucherie à Toronto, Ontario, au Canada le 10 mai 2017 (illustration).

La Chine a suspendu toutes les importations de viande canadienne. C'est une nouvelle mesure de rétorsion contre Ottawa depuis l’arrestation d’une haute dirigeante de Huawei à Vancouver en décembre à la demande des Etats-Unis.

«Afin de protéger la sécurité des consommateurs chinois, la Chine a pris des mesures préventives urgentes et a demandé au gouvernement canadien de suspendre la délivrance de certificats pour la viande exportée vers la Chine», a annoncé l'ambassade de Chine à Ottawa dans un communiqué le 25 juin.

En Chine, une enquête sur les importations de viande en provenance du Canada aurait révélé près de 2 000 certificats de santé vétérinaires «contrefaits», et Pékin accuse les autorités canadiennes de «failles de sécurité évidentes».

L'enquête a été ouverte après que les autorités chinoises eurent déclaré que des traces d'un additif destiné à l'alimentation animale interdit en Chine avaient été découvertes dans du porc canadien. La Chine a acheté pour 235,26 millions de dollars de porc au Canada entre janvier et avril de cette année et était la troisième destination d’exportation d’Ottawa.

Les réactions des Canadiens à l’annonce vont du regret à l’indignation, émaillées de spéculations selon lesquelles la décision de Pékin pourrait être liée à l’arrestation de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, à Vancouver le 5 décembre 2018, à la demande des Etats-Unis en vue de son extradition. Elle est accusée par Washington d’avoir tenté de contourner l’embargo américain contre l’Iran.

La ministre de l'Agriculture du Canada, Marie-Claude Bibeau, a toutefois confirmé que l'Agence canadienne des aliments et de l'inspection (ACIA) avait découvert des «certificats d'exportation non authentiques» et travaillait en étroite collaboration avec l'industrie de la viande et les autorités chinoises pour résoudre le problème.

«L’ACIA enquête sur ce problème technique et a informé les organismes d’application de la loi appropriés. Cet incident est spécifique aux certificats d'exportation vers la Chine. Les certificats d'exportation vers d'autres pays ne sont pas affectés», a ajouté la ministre canadienne dans un communiqué.

Trump appelé à l'aide par Trudeau

Pour sa part, le Premier ministre Justin Trudeau a demandé l'aide du président américain Donald Trump à l’occasion de sa visite à la Maison Blanche le 20 juin. Lors de la conférence de presse commune donnée à l’issue de cet entretien, le président des Etats-Unis a promis son soutien en déclarant : «J’ai une rencontre prévue avec le président Xi. Et c’est évidemment une des transactions dont je vais parler. […] On verra ce qui se passera. Mais tout ce que je pourrai faire pour aider le Canada, je le ferai.»

Fin janvier Justin Trudeau a relevé de ses fonctions son ambassadeur en Chine John McCallum qui avait publiquement suggéré que le meilleur moyen d’aider le Canada dont deux ressortissants sont actuellement détenus en Chine sous diverses charges, serait pour les Etats-Unis de lever leur demande d’extradition contre Meng Wanzhou. La directrice financière de Huawei, est actuellement assignée à résidence dans un vaste manoir qu’elle possède au Canada.

Pour la Chine, c’est d’une importance capitale d’envoyer un message clair au Canada, même si on compromet la sécurité alimentaire de notre peuple. C’est quand même assez fort comme signal

Pour Sylvain Charlebois, directeur des laboratoires des sciences analytiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie à Halifax (façade atlantique du Canada), il ne fait aucun doute que le différend qui oppose Ottawa et Pékin sous-tend ce qui est perçu comme une nouvelle attaque chinoise contre l’économie canadienne.

«Pour la Chine, c’est d’une importance capitale d’envoyer un message clair au Canada, même si on compromet la sécurité alimentaire de notre peuple. C’est quand même assez fort comme signal.»

En effet, cette interdiction d’importer toute viande du Canada coïncide avec une situation de risque de déséquilibre alimentaire en Chine. La très grave épidémie de peste porcine qui a éclaté en Afrique en 2018 et s’est depuis étendue jusqu’à la Chine y a décimé les élevages de porcs par millions de têtes de bétail.

Le client qui valait 7 milliards de dollars

Pour les éleveurs de porcs québécois, la perte du marché est particulièrement rude. Pékin représentait un débouché 283 millions de dollars canadiens (190 millions d’euros) sur un marché total de 500 millions (345 millions d’euros). Pour l’ensemble du secteur agro-alimentaire la Chine représentait un marché évalué à 7 milliards de dollars canadiens (4,7 milliards d’euros)

Or, dès avril, les autorités chinoises ont invoqué des raisons sanitaires pour bannir les importations de Canola, variété de colza produit au Canada, puis l’interdiction s’est étendue aux pois et au porc avant de frapper l’ensemble de la filière viande. Parallèlement, la diplomatie chinoise a adopté un ton assez véhément pour dénoncer l’arrestation de sa ressortissante.

Dans un texte publié dans le Hill Times l’ambassadeur de Chine au Canada, Lu Shaye avait écrit : «La raison pour laquelle certaines personnes ont l'habitude d'adopter de manière arrogante le "deux poids, deux mesures" est due à l'égocentrisme occidental et au sentiment de suprématie blanche. Ce qu'ils ont fait, ce n'est pas respecter la règle du droit, mais bien de se moquer et piétiner la règle du droit.»

 

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