Pénurie énergétique : la Belgique va-t-elle avoir besoin de la France pour se chauffer cet hiver?

Pénurie énergétique : la Belgique va-t-elle avoir besoin de la France pour se chauffer cet hiver?© Francois Lenoir Source: Reuters
La centrale nucléaire Doel d'Electrabel à Doel près d'Anvers, en Belgique, le 26 juillet 2018.

La Belgique est confrontée à un risque de pénurie d'électricité cet hiver. Le pays a même fait appel à la solidarité de la France, de la Hollande et de l'Allemagne. Cette situation est-elle liée à la privatisation du secteur énergétique ?

La Belgique entre dans l'hiver avec la perspective angoissante de courir le risque d'une pénurie d'électricité. Bien sûr, elle pourra compter sur ses voisins, dont la France. Mais cette situation dans un pays développé est tout de même inédite. «J'ai appelé mon collègue allemand, mon collègue hollandais et mon collègue français le 25 septembre, qui tous trois ont accepté évidemment de jouer le jeu de la solidarité», affirmait la ministre belge de l'énergie, Marie-Christine Marghem, sur les ondes de la radio Bel-RTL. «La France est en train de finaliser son Plan hiver et nous aurons au moins pour l'Allemagne et la Hollande, au moment où je vous parle, la pleine capacité venant de ces deux pays, sachant que la France va me dire ce qu'il en est dans les heures qui viennent», a-t-elle ajouté.

Reste que la situation en Belgique n'est guère reluisante. Des problèmes de béton qui s’effrite et de fissures sur les cuves de la plupart de ses centrales nucléaires ont pour conséquence de ne laisser qu'un seul réacteur opérationnel sur les sept que compte le pays. Ces réacteurs produisent normalement la moitié de ses besoins en électricité.

Point commun de tous ces réacteurs : tous sont exploités par le groupe français Engie via sa filiale belge Electrabel. S'exprimant devant les parlementaires belges, Thierry Saegeman, directeur des activités nucléaires chez Engie Electrabel, a qualifié la crise de «gigantesque». Une situation dont Electrabel est «entièrement responsable», selon Marie-Christine Marghem. La ministre l'accuse de «ne pas avoir planifié des travaux ou de l'entretien de manière suffisamment intelligente» pour avoir une production suffisante à l'approche de l'hiver.

Devant ce risque de pénurie, la Belgique pourrait devoir importer 1 000 mégawatts d'électricité de France durant les mois d'hiver, ainsi que l'a déclaré le 2 octobre devant le Parlement belge le directeur général de Elia, gestionnaire du réseau en Belgique. Cette entreprise qui gère le transport de l’électricité depuis les producteurs vers les gestionnaires de réseau de distribution, qui alimentent à leur tour les PME et les particuliers est, elle aussi, accusée de défaut de prévoyance.

Dès lors, une question se pose : l'Etat belge est-il encore souverain en matière énergétique ? Pour Xavier Counasse, journaliste spécialiste en énergie et en fiscalité, rien n'est moins sûr. «L’Etat belge a délégué les clés de la sécurité d’approvisionnement à des acteurs privés qui refusent aujourd’hui d’endosser la moindre responsabilité», déplore-t-il. «Le gouvernement ne table que sur les chiffres du gestionnaire de réseau Elia pour mesurer le risque de pénurie. C’est Elia qui a conçu le modèle de calcul. C’est Elia qui est le seul à le comprendre», s'inquiète-t-il.

La position centrale d'Elia, entreprise cotée en bourse et dont les actionnaires «réclament chaque année de juteux dividendes», comme le note Xavier Counasse, pose plusieurs questions. «Elia ne peut être considérée comme un acteur neutre, encore moins comme une société agissant dans l’intérêt général», ajoute-t-il. Même son de cloche pour Jean-Marc Nollet, député, chef du groupe écologiste à la Chambre belge pour qui «l'Etat [belge] n'a plus en main les données suffisantes pour réguler ce marché».

Sans surprise, devant cette crise, le prix de l’électricité connaît une forte tendance à la hausse. Selon les contrats, l’augmentation devrait atteindre 100, voire 120  euros de plus sur la facture annuelle cette année. Une évaluation confirmée par Test-Achats, l’association de consommateurs qui demande d'ailleurs au gouvernement d'agir pour atténuer la hausse de la facture d'énergie. Selon Test-Achats, une famille sur cinq en Belgique est en situation de précarité énergétique. 

 

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