Peu de reprise pour les derniers de cordée, selon l’OCDE

Peu de reprise pour les derniers de cordée, selon l’OCDE Source: Reuters
Un homme dans le besoin reçoit une soupe de légumes dans une tasse en plastique à emporter à la soupe populaire Kana, dans un quartier pauvre de Dortmund, ouest de l'Allemagne, le 7 avril 2017 (illustration).

Grâce à la croissance, les taux d'emploi progressent jusqu'à rattraper le niveau... qu'ils avaient il y a dix ans, selon un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Mais cette tendance profite peu aux moins favorisés.

«Il y a une reprise de l'emploi partout, le problème c'est que les salaires ne répondent pas», expliquait le 4 juillet Angel Gurria, secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), cité par l’AFP, en présentant l’édition 2018 de ses Perspectives pour l'emploi (OECD Employment Outlook 2018) publiées le jour-même.

«La croissance économique s'accélère et le chômage atteint des plus bas dans certains pays de l'OCDE, mais les salaires continuent de stagner. Si les pays ne parviennent pas à rompre ce cycle, la confiance de la population dans la reprise sera minée et l'inégalité du marché du travail s'accroîtra», précise l’organisation, en tête de son rapport.

Le taux de chômage moyen de l'OCDE devrait continuer de baisser pour atteindre 5,3% à la fin de 2018 et 5,1% l'année suivante. Pourtant, la situation continue d'être mitigée en matière de qualité et de sécurité des emplois, dans les pays de la zone OCDE (35 pays industrialisés et émergents). La pauvreté y a augmenté parmi la population en âge de travailler, atteignant 10,6% en 2015 contre 9,6% dix ans plus tôt.

Stagnation des bas salaires

C’est parce que la progression des salaires est beaucoup plus lente qu'avant la crise financière. A taux de chômage égaux, «elle est passée dans la zone OCDE de 5,8% à la fin du deuxième trimestre 2007 à 3,2% fin 2017». En outre, la stagnation des salaires affecte beaucoup plus les travailleurs à bas salaires que les travailleurs les mieux rémunérés : les revenus réels du travail des 1% supérieurs ont augmenté beaucoup plus rapidement que ceux des travailleurs à temps plein médians ces dernières années, renforçant une tendance ancienne et durablement installée.

«Des mesures politiques bien ciblées et une collaboration plus étroite avec les partenaires sociaux sont nécessaires pour aider les travailleurs à s'adapter […] afin de parvenir à une croissance inclusive», commentait encore Angel Gurria, le secrétaire général de l'OCDE le 4 juillet.

Le nouveau patron du Medef hostile à une augmentation du Smic de 10% à 20%

Mais en France, sur les salaires les plus bas, la position de certains des partenaires sociaux est connue. Interrogé le 29 juin, à la veille de son élection à la présidence du Medef, dans la matinale de RTL, Geoffroy Roux de Bézieux disait de la proposition du parti Les Républicains d'augmenter le Smic de 10% à 20% : «Je crois que c’est pas sérieux.» Mais interrogé ensuite sur le montant du salaire minimum, il avait répondu : «En horaire, je ne sais pas, […] En mensuel, 1 280 net, quelque chose comme ça.» (Le Smic horaire brut a été porté à 9,88 euros le 1er janvier 2018, soit un Smic mensuel net moyen d’environ 1 150 euros pour 35 heures par semaine).


Dans son rapport, l’OCDE explique aussi que le faible taux d'inflation et le ralentissement important de la productivité ont contribué à la stagnation des salaires et à la hausse de la proportion des emplois faiblement rémunérés.

Baisse généralisée de la protection sociale contre le chômage

L’organisation observe aussi la baisse de la couverture des prestations de chômage dans de nombreux pays et la persistance du chômage de longue durée comme facteur de l’accroissement des inégalités. Moins d'un demandeur d'emploi sur trois reçoit des prestations de chômage en moyenne dans les pays de l'OCDE, et la tendance à la baisse à long terme des prestations se poursuit dans de nombreux pays. Interrogé par RTL (voir plus haut) le nouveau président du Medef considère valable l’idée d’une dégressivité des indemnités de chômage pour «inciter à reprendre le travail» et dénonce pour la France un système d’indemnisation exceptionnellement «généreux».

En ce qui concerne la baisse du chômage, l'OCDE estime que «la reprise française est à mi-parcours» et note par ailleurs «une hausse des salaires limitée depuis fin 2012». Elle explique aussi que le taux d'emploi, c'est-à-dire l'utilisation des ressources de main d'œuvre disponibles, est en France «bien en deçà de la moyenne de l'OCDE».

En revanche, concernant la «qualité de l'emploi» et «l'inclusivité du marché du travail», la France affiche de meilleurs résultats que la moyenne. Mais, l'OCDE relève cependant «un écart de taux d'emploi des groupes défavorisés relativement élevé par rapport à la moyenne de l'OCDE notamment pour les jeunes».

En France, ce sont surtout les cadres qui profitent de la reprise

En France, l'Association pour l'emploi des cadres (Apec) prévoit, elle, une augmentation de 4,5% des recrutements de cadres dans le secteur privé en 2018, qui suivra «une année 2017 exceptionnelle» (+9,7%), selon un communiqué daté du 5 juillet.

Après 240 100 recrutements de cadres en 2017, il y en aurait 251 000 cette année, prévoit l'Apec, qui précise avoir retenu pour ses prévisions le scénario d'une progression de 1,9% du produit intérieur brut (PIB) en 2018. Mais peu avant la parution de cette étude, l’Insee avait publié une correction à 1,7% de croissance fin 2018. De plus, il s’agit de recrutements, et non de créations d’emploi nettes.

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