Comores : Moroni rejette le «chantage» français sur l’aide au développement
© Pamela Smith Source: APDeux jours après l’annonce à Mayotte par le Premier ministre français d’un mécanisme conditionnant l’aide au développement à la coopération migratoire, Moroni réagit vivement. Selon RFI, les autorités comoriennes dénoncent, le 28 août, une «condescendance insupportable», refusent les expulsions et réaffirment leur revendication sur Mayotte.
La décision annoncée le 26 août par Sébastien Lecornu lors de sa visite à Mayotte continue de susciter des réactions. Le Premier ministre français avait demandé au ministère des Affaires étrangères de préparer un mécanisme permettant d'ajuster une partie de l'aide au développement en fonction de la coopération des pays concernés dans la lutte contre l'immigration irrégulière.
Les Comores, l'un des sept États visés par ce dispositif, avec le Burundi, la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Somalie et le Kenya, contestent fermement cette approche.
Selon des déclarations rapportées, le 28 août, par RFI, le ministre comorien des Affaires étrangères, Mbaé Mohamed, rejette notamment l'idée d'une coopération qui conduirait Moroni à accepter le retour de Comoriens expulsés de Mayotte. Les autorités comoriennes considèrent toujours Mayotte comme faisant partie intégrante de leur territoire et fondent leur position sur leur interprétation du droit international.
Moroni dénonce une « condescendance insupportable »
La question migratoire est étroitement liée au contentieux territorial qui oppose depuis des décennies les Comores et la France. Pour Moroni, les personnes comoriennes présentes à Mayotte ne peuvent être assimilées à de simples migrants étrangers, l'archipel revendiquant la souveraineté sur l'île. Cette position est également défendue par le Comité Maore, organisation de la société civile qui milite pour le retour de Mayotte au sein de l'Union des Comores.
Interrogé par RFI, son président, Mohamed Monjoin, insiste sur les liens historiques et familiaux entre les habitants des différentes îles de l'archipel.
« La différence entre nous, Comoriens et les Africains de l'Est, c'est que nous, on est chez nous », affirme-t-il. « Les Comoriens sont chez eux, ils habitent chez l'habitant, ils sont mariés là-bas et puis il y a des alliances qui existent depuis des siècles ».
L'aide française dénoncée comme un moyen de pression
La décision de Paris est également critiquée par Me Fahmi Saïd Ibrahim El Maceli, ancien ministre comorien des Affaires étrangères. Toujours selon RFI, celui-ci accuse la France d'utiliser son aide au développement comme un instrument de pression dans le dossier migratoire.
« Encore une fois, la France se sert de Mayotte comme d'un point d'ajustement de sa politique intérieure », dénonce-t-il, regrettant ce qu'il considère comme une évolution de la diplomatie française vers une logique de « chantage permanent ».
L'ancien ministre estime que cette politique « n'honore pas la France » et déplore que Mayotte soit, selon lui, régulièrement utilisée pour répondre aux enjeux de politique intérieure française.
Les autorités comoriennes renvoient par ailleurs Paris à la reconstruction de Mayotte après le passage du cyclone Chido. Le ministre Mbaé Mohamed rappelle qu'une enveloppe de quatre milliards d'euros a été annoncée pour reconstruire l'île après la catastrophe.
Près de deux ans après le passage du cyclone, les autorités comoriennes estiment toutefois que cette reconstruction reste largement inachevée.