Élections en Ouganda : tensions après le scrutin, des affrontements font plusieurs morts
Source: APAu lendemain du scrutin présidentiel en Ouganda, des affrontements ont été signalés entre partisans de l’opposition et forces de l’ordre. Les autorités affirment agir pour maintenir la stabilité, alors que l’opposant Bobi Wine est déclaré introuvable. Le président sortant Yoweri Museveni arrive largement en tête, selon les résultats partiels.
L’Ouganda traverse une grave crise post-électorale après le double scrutin présidentiel et législatif du 15 janvier. D’après les chiffres communiqués par la police le 16 janvier, au moins 12 personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées lors d’affrontements entre les forces de l’ordre et des partisans de l’opposition.
Les violences les plus meurtrières ont éclaté dans le district de Butambala, bastion électoral du député Muwanga Kivumbi, figure de l’opposition. Sept personnes soupçonnées de lui être favorables ont été abattues après plusieurs tentatives de prise d’assaut de centres de dépouillement, selon Lydia Katushabe, porte-parole régionale de la police. Trois autres individus ont été blessés par balles. Kivumbi, cadre du parti National Unity Platform (NUP), a nié toute responsabilité dans les troubles.
À Kampala, capitale du pays, des manifestants ont dressé des barricades et incendié des routes. Les forces de sécurité ont répliqué à l’aide de gaz lacrymogène et de tirs à balles réelles. Un bureau du parti présidentiel, le Mouvement de résistance nationale (NRM), a été incendié, et 15 millions de shillings ougandais (environ 4 200 dollars) ont été dérobés, selon un responsable.
Des heurts ont également été signalés dans les districts de Luweero et Kalungu, où cinq personnes ont trouvé la mort. Selon la police, les opérations de rétablissement de l’ordre sont toujours en cours.
Le principal candidat d’opposition introuvable, accusations d’enlèvement
Dans ce climat de tension, le sort de Bobi Wine, principal opposant au président sortant et ancien chanteur populaire reconverti en homme politique, demeure incertain. Le 17 janvier, son parti a affirmé sur X qu’un hélicoptère de l’armée avait atterri dans l’enceinte de sa résidence à Kampala pour l’emmener de force vers une destination inconnue. Cette information n’a pas été confirmée officiellement. La police, de son côté, a déclaré que Bobi Wine n’était pas en état d’arrestation mais que sa résidence était « sécurisée pour éviter les provocations ».
L’opposant avait déjà évoqué une assignation à résidence dès le soir du scrutin. Des agents en uniforme noir auraient pénétré dans son domicile, confisqué son téléphone et coupé l’électricité. Peu après, Bobi Wine a annoncé avoir pu s’échapper, assurant qu’il faisait tout pour rester en sécurité, tandis que sa famille restait bloquée à l’intérieur.
Parallèlement, le député Kivumbi a accusé l’armée d’avoir mené un raid meurtrier dans sa maison, tuant dix de ses partisans réunis pour attendre les résultats. Son épouse a décrit une attaque brutale avec des tirs dirigés contre le garage où les militants s’étaient réfugiés. La police affirme pour sa part que ces personnes ont été tuées après avoir tenté de prendre d’assaut un centre de dépouillement.
Des résultats contestés par l’opposition
Alors que le dépouillement se poursuit, plusieurs ONG et observateurs occidentaux ont évoqué un climat tendu. Depuis le 13 janvier, l’accès à internet reste limité dans tout le pays, une mesure annoncée officiellement pour des raisons de sécurité. Plus de 400 partisans de Bobi Wine auraient été arrêtés pendant la campagne, selon Amnesty International. L’opposant, qui accuse les autorités d’avoir organisé un « bourrage massif des urnes », appelait ses partisans à protester.
Selon la commission électorale, le président sortant Yoweri Museveni — au pouvoir depuis 1986 — obtient environ 72 % des voix contre 24 % pour Bobi Wine. Plusieurs ONG est-africaines réunies à Nairobi ont remis en question la transparence du processus, évoquant des problèmes d’organisation dans certains bureaux de vote. Des urnes déjà remplies auraient été signalées par ces groupes, sans qu’aucune confirmation officielle ne soit donnée à ce stade.
Malgré les tensions, la présence d’observateurs africains, dont des représentants russes et de la Communauté d’Afrique de l’Est, est signalée dans plusieurs régions du pays. Selon les autorités, l’armée reste mobilisée pour garantir la stabilité et prévenir toute tentative de déstabilisation dans l’attente des résultats finaux.