La paille et la poutre : quand les médias français critiquent la couverture présidentielle de RT

La paille et la poutre : quand les médias français critiquent la couverture présidentielle de RT
Edition spéciale : élection présidentielle russe sur RT France

Alors que RT France couvrait la présidentielle russe le 18 mars, d'autres médias suivaient semble-t-il la chaîne – et peut-être pas que pour s'informer.

Le 18 mars, RT France couvrait l'élection présidentielle russe et toute l'équipe était sur le pont. Trois mois seulement après son lancement, la chaîne d'information consacrait pas moins de cinq heures de direct animées par deux présentatrices, Stéphanie de Muru et Magali Forestier, organisait des duplex depuis Moscou et donnait la parole à plusieurs invités en plateau. Ce même jour, d'autres médias regardaient RT France et, apparemment, non pas pour s'informer mais plutôt à l'affût d'une faute.

Et c'est un curieux angle d'attaque que Salhia Brakhlia, chroniqueuse de BFM TV, ancienne journaliste du Petit Journal de Yann Barthès, a trouvé le 19 mars, pour sa rubrique, L'œil de Salhiaconsacrée au traitement de l'élection par RT France. Prémisse numéro un de sa démonstration : l'élection présidentielle russe aurait été entachée de nombreux bourrages d'urnes. Prémisse numéro deux : RT France les aurait minimisés. La conclusion semble s'imposer d'elle-même au spectateur : RT France est, conformément à la sentence d'Emmanuel Macron, un «organe d'influence et de propagande».

Mais BFM TV et Salhia Brakhlia exagèrent quelque peu. Beaucoup, même. Ainsi, l'éditorialiste met en regard les déclarations d'Ella Pamlifova, présidente de la commission électorale russe, se félicitant de la «transparence», selon ses mots, du scrutin, et celles d'Alexeï Navalny, «le principal opposant» de Vladimir Poutine selon l'expression consacrée par l'AFP (et par voie de conséquence par l'ensemble de la presse).

Condamné pour détournement de fonds – raison pour laquelle il n'a pu se présenter – Alexeï Navalny n'était crédité que de 2% des intentions de vote, selon un sondage mené par le centre de recherche indépendant Levada en début d'année 2017. Un opposant de premier plan? Ce dernier a donc pris la parole le 18 mars au soir à Moscou devant toutes les caméras pour dénoncer les irrégularités du scrutin... précisément filmées par des caméras installées par les autorités russes pour garantir la transparence du scrutin. «Une ONG spécialisée dans la surveillance des élections a fait état de 2 700 irrégularités», avance la journaliste avant la diffusion de l'intervention de Navalny. «Impossible de savoir dans combien de bureaux de vote de telles scènes se sont répétées», ajoute-t-elle une minute plus tard, au risque de se contredire.

Enchaînant, Salhia Brakhlia ne tarde pas à passer à la seconde partie de son raisonnement à charge : RT France a minimisé la portée de la fraude électorale. Et la journaliste de lancer un montage d'extraits court où l'on voit des invités de RT France s'exprimer sur tous les sujets sauf sur les irrégularités du scrutin. Parmi ceux-ci Yves Pozzo di Borgo, observateur international du scrutin russe, relativise effectivement les irrégularités. «C’est un débat [celui sur l’ampleur des fraudes le soir du 18 mars] qui ne devrait pas avoir lieu, il est évident que sur un si grand pays il peut y avoir quelques fraudes qui apparaissent», a-t-il déclaré sur RT France, dans un passage retenu par BFM TV, ainsi que : «Le score correspond au résultat que le pays a donné à Vladimir Poutine et je crois que ce serait de mauvaise foi, de petitesse, de contester cela.»

Mais BFM TV semble oublier que les invités s'expriment en leur nom. C'est oublier aussi que RT France, si elle n'a pas été aussi prompte que les autres médias à dénigrer le processus démocratique russe, n'a pas ignoré les irrégularités dénoncées par l'opposition. Bien que les images de bourrage d'urnes n'aient pas été diffusées par RT, Europe1 semble ainsi omettre que, dès 8h le 19 mars, la correspondante de RT France à Moscou, Vera Gaufman, en parle en détail.

Des irrégularités signalées lors de la présidentielle en Russie

On peut également se demander si les journalistes de BFM TV n’outrepassent pas leur fonction en se permettant de remettre en cause la parole d’un observateur officiel du scrutin russe, à propos de l’organisation même de ce dernier.

Cette liberté d’interroger la pertinence des résultats officiels de la présidentielle russe n’a, semble-t-il, pas été uniquement prise par les journalistes de BFM TV. Ainsi, l’émission d’Europe 1Villages Médias du 19 mars diffuse des propos du journaliste Frédéric Pons, interrogé par RT France sur l’élection présidentielle russe. Celui-ci évoque alors l’«adhésion» des citoyens russes au projet de Vladimir Poutine, sur lequel celui-ci a pu s’appuyer pour être réélu. «Je vous laisse apprécier», commente de manière sardonique une journaliste d’Europe 1 après la diffusion de ce passage, semblant peu convaincue que les plus de 76% de suffrages obtenus par Vladimir Poutine puissent être le fruit d’une adhésion de l’électorat russe à sa politique.

On a trouvé une personne qui a osé critiquer Vladimir Poutine

France Info, de son côté, a passé au crible les invités qui se sont exprimés le soir de l'élection. Sur le ton de l'ironie, le présentateur de la chaîne publique pense avoir identifié le seul «opposant» que RT France aurait invité, Romain Mielcarek, journaliste spécialisé dans les relations internationales. «On voudrait tirer notre chapeau [...] on a trouvé une personne qui a osé critiquer Vladimir Poutine ouvertement sur Russia Today», lance-t-il. Après la projection d'images de l’intervenant sur le plateau de RT France, le présentateur de France Info se permet une petite blague de mauvais goût, disant espérer que Romain Mielcarek se porte bien après son passage chez nous... Oui, il se porte bien – et il le prouve d'ailleurs dans un tweet deux jours plus tard, le 20 mars. Et on le réinvitera !

C'est, là aussi, oublier la diversité des intervenants conviés par RT France, non seulement le soir de l'élection, mais aussi durant la semaine précédente – RT ayant organisé un débat quotidien sur la présidentielle russe, mettant face à face deux invités. Notre souhait est de faire entendre des voix divergentes, sur tout sujet, car chez RT France, dont le mot d'ordre est «Osez questionner», nous n’avons pas peur des questions. Ni des réponses.

Auteur: RT France

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