Nicolas Sarkozy à Moscou : une opération de politique intérieure

Nicolas Sarkozy et le président russe Vladimir Poutine Source: RIA NOVOSTI
Nicolas Sarkozy et le président russe Vladimir Poutine

Nicolas Sarkozy est arrivé le 29 octobre à Moscou pour une visite de deux jours. Quels sont les vrais objectifs du voyage de l’ex-président français en Russie ? RT France s’est entretenu avec Jean Pétaux, politologue de Sciences Po Bordeaux.

RT France : Que signifie la visite de Nicolas Sarkozy à Moscou ?

Jean Petaux : Nicolas Sarkozy est dans une perspective de candidature à la présidentielle de 2017 et tout ce qui peut constituer un signe qu’il est resté une personnalité influente au plan international, et en particulier dans un certain nombre d’affaires qui occupent le devant d’actualité, est bon à prendre. Dans la perspective d’un dialogue qui est assez compliqué entre l’Europe et la Russie sur l’affaire syrienne, Nicolas Sarkozy veut montrer non seulement aux Français mais aussi au reste du monde, à un interlocuteur comme Poutine, qu’il n’est pas un acteur «has been» mais qu’il est complètement dans le jeu.

RT France : Comment est-ce que cette visite s’inscrit dans le contexte des régionales et de la campagne présidentielle à venir ?

Jean Petaux : Pour les régionales, il s’agit d’un enjeu tout autre. On n’est pas du tout dans cette dimension-là. Dans la compétition des primaires à l’intérieur de son propre camp, il doit montrer qu’il se distingue de ses concurrents de parti par son statut international, montrer qu’il est unique en son genre puisque aucun de ses concurrents n’a occupé la fonction du président et encore, rappeler qu’il est capable de faire des voyages quasi-officiels, qui ressemblent à ceux qu’il effectuait à la tête de l’Etat français. C’est une manière, pour lui, de dire qu’il est au-dessus de ses concurrents.

RT France : Certains analystes estiment que la visite de Nicolas Sarkozy en Russie est un coup porté à la diplomatie française. Quel est votre avis sur la question ?

Jean Petaux : Traditionnellement, et cela ne vaut pas uniquement pour la politique française mais pour la plupart  des pays, il y a une sorte de consensus qui existe sur la politique étrangère. Il est très rare que les divisions nationales se transposent ou soient visibles au plan international. C’est un principe fondé sur le fonctionnement des familles et des clans. On peut se déchirer à l’intérieur d’une famille mais, vis-à-vis de l’extérieur ou sur une autre scène, il est de coutume de montrer un front uni, qu’on ne se divise pas. Une fois de plus Nicolas Sarkozy montre qu’il a des manières de faire qui sont différentes, qu’il ne se sent pas soumis ni tenu par cette règle non-écrite. Nicolas Sarkozy montre une fois encore qu’il entend gérer ses positions internationales non pas en fonction de la tradition ou de la jurisprudence mais bien en fonction de ce qui lui semble être une priorité. Il n’hésite pas à mener une «diplomatie parallèle» ou à essayer de prendre de cours la diplomatie officielle. Il prend toutefois le risque, s’il se retrouve à la tête du pays en 2017, de s’exposer à ce que ses concurrents lui fassent la même chose. Mais il l’assume.

RT France : Quel rôle est-ce que cette visite jouera, lors des primaires du parti Les Républicains, dans la bataille qui oppose Nicolas Sarkozy à Alain Juppé ?

Jean Petaux : C’est sans doute une question essentielle. Le voyage de Nicolas Sarkozy à Moscou me semble davantage une opération d’une politique intérieure, elle s’inscrit plus dans la compétition interne pour les primaires que dans un jeu diplomatique de haut vol. Finalement, Nicolas Sarkozy n’est pas véritablement préoccupé par telle ou telle situation sur la planète. Ce qui lui importe, c’est de prendre l’ascendant sur ses concurrents, d’autant plus qu’il en a un sérieux en la personne d’Alain Juppé, le candidat qui menace le plus Nicolas Sarkozy. En outre, Alain Juppé a lui-même été à deux reprises à la tête de la diplomatie française, ainsi que Premier ministre. C’est une personnalité connue au plan international. Pour Nicolas Sarkozy, c’est encore une manière de rappeler à Alain Juppé qu’il était son parton.

RT France : Est-ce que ça va lui donner du poids face aux électeurs ?

Jean Petaux : Non, pas du tout. Les primaires pour la droite auront lieu en octobre 2016, beaucoup de choses se passeront d’ici là. Mais les élections, c’est un peu comme le conte du Petit Poucet : il jette des petits cailloux sur son chemin pour marquer sa route. C’est ça la compétition électorale.

RT France : Lors de sa visite à Moscou, Nicolas Sarkozy a déclaré qu’il fallait entamer le dialogue avec Bachar el-Assad afin de parvenir à résoudre la crise syrienne ; Alain Juppé aussi évoquait la nécessité d’un dialogue. Est-ce que cela signifie qu’il y un consensus au sein de la droite française sur cette question précise ?

Jean Petaux : C’est difficile de répondre par «oui» ou par «non». Ce qui est certain, c’est qu’il y a un principe de réalisme dans les relations internationales. Il y a des écoles réaliste et utopiste. Les réalistes ont raison de dire que Bachar el-Assad est une pièce dans le jeu syrien et diplomatique. Le président Poutine est sur cette position-là. Entre les délires de Daesh et ce que fait le président Bachar el-Assad, il y a une gradation dans la barbarie qui fait que, incontestablement, c’est Daesh qui est le plus dangereux. Dire que le réalisme amène à dialoguer avec Bachar el-Assad est dans la logique des choses. Est-ce que la droite française tient une ligne diplomatique qui est fondamentalement différente de la gauche et du gouvernement français, je ne saurai pas le dire. Pour le moment, j’ai l’impression que la France est dans un entre-deux et que la détermination de la France semble être un peu entamée. 

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