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Jacques Nikonoff est professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8. Il est également porte-parole du Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP).

Après «l’Otan économique» du TTIP, voici le «porte-avions» du TPP

Une protestation contre TPP sur l'île de Maui de l'archipel d'Hawaï Source: Reuters
Une protestation contre TPP sur l'île de Maui de l'archipel d'Hawaï

Professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8 Jacques Nikonoff fait le point sur le peu d'informations disponibles sur le contenu du Partenariat Transpacifique et explique à RT France les objectifs de cet accord.

C’est à Atlanta, aux États-Unis, après neuf jours de négociations qui se sont déroulées dans le plus grand secret et sous très haute protection, que le Trans-Pacific Partnership Agreement (TPP, Partenariat Transpacifique en français), a été signé le 5 octobre, les négociations ayant débuté en 2008. Il reste maintenant à ratifier cet accord par les parlements des 12 pays concernés : Australie, Brunei, Canada, Chili, États-Unis, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam. L’administration américaine refuse pour l’instant de publier l’accord, invoquant des «raisons techniques», et a demandé aux pays qui négociaient d’en faire autant. Le peu de choses que l’on sait vient du site Internet officiel du TPP où l’on peut lire : «Le TPP écrit les règles du commerce global – règles qui vont aider les exportations américaines, améliorer la croissance économique américaine, soutenir les emplois américains bien payés et renforcer la classe moyenne américaine.» Autrement dit, ces «règles du commerce global» n’ont d’autre objet que de renforcer la puissance américaine. Il y a aussi les révélations de Wikileaks qui font froid dans le dos.

Les dirigeants américains sont des experts dans le maniement de la langue de coton

En caricaturant à peine, les commentaires qui ont suivi la conclusion de cette négociation reviennent à dire que tout le monde, dans cette région, va devenir beau, riche et en bonne santé. Les dirigeants américains sont des experts dans le maniement de la langue de coton. Ainsi, pour Barack Obama, ce traité va «aider nos entreprises à vendre plus de produits et de services à travers le monde». Pour le négociateur américain, Michael Froman, c’est : «un accord qui va créer des emplois, mener à une croissance durable, promouvoir un développement équitable et développer l’innovation dans la région Asie-Pacifique». Quant à l’inénarrable Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international, elle estime que cet accord «repousse la frontière du commerce et de l’investissement dans les biens et services vers de nouveaux domaines où les bénéfices peuvent être très significatifs».

Il s’agit de géopolitique et des efforts entrepris par les États-Unis et le camp occidental pour retrouver leur leadership planétaire dans le cadre d’un monde qu’ils veulent unipolaire

Tous ces commentaires creux, abondamment relayés par la machine de propagande occidentale, ne sont en réalité que de la diversion. Paul Krugman, le prix Nobel d’économie américain, a parfaitement raison quand il affirme que cet accord «n’est pas un accord commercial». En effet, les négociations ne se sont pas limitées à discuter des barrières aux échanges qui, d’ailleurs, si elles étaient ôtées, n’apporteraient quasiment rien en termes de développement économique et d’emplois. Il s’agit de beaucoup plus que de simples questions commerciales. Il s’agit de géopolitique et des efforts entrepris par les États-Unis et le camp occidental pour retrouver leur leadership planétaire dans le cadre d’un monde qu’ils veulent unipolaire. Le président américain, à propos du Transatlantic Trade & Investment Partnership (TTIP), appelé aussi Trans-Atlantic Free Trade Agreement (TAFTA) – Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI) -, avait affirmé qu’il s’agissait d’un «OTAN économique». Ashton Carter, secrétaire américain à la Défense, parle du TPP ainsi : «pour moi, l’accord commercial est aussi important qu’un autre porte-avions».

Pascal Lamy confirme que «Le TPP est un accord plus géopolitique que géoéconomique»

Les choses sont donc parfaitement claires : le Partenariat transpacifique est un des éléments de la stratégie des États-Unis visant à reconstituer un monde unipolaire autour d’eux. Même un libre-échangiste et atlantiste aussi fanatique que Pascal Lamy, l’ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) le reconnaît. Dans une tribune publiée dans LeMonde (21 octobre 2015), il explique que le TPP «est un accord de nouvelle génération». En quoi ? Parce que jusqu’à présent les accords commerciaux portaient essentiellement sur la réduction ou l’élimination des «obstacles» au commerce. Avec le TPP, il s’agit d’établir des «standards sociaux, environnementaux». Au total Pascal Lamy confirme que «Le TPP est un accord plus géopolitique que géoéconomique.»

Plus précisément, cette opération a trois objectifs :

- Repositionner les États-Unis en Asie pour contrer l’influence grandissante de la Chine.

- Refermer les deux mâchoires que sont le Partenariat transatlantique et le Partenariat transpacifique, pour que les règles du commerce mondial reflètent les valeurs et standards américains.

- Opérer un gigantesque transfert de souveraineté des États vers les firmes multinationales occidentales.

...A suivre !

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