L’ancien président afghan Hamid Karzai a accordé un interview exclusive à RT sur le radicalisme qui croît dans son pays dans laquelle il a précisé que Washington ne pouvait pas, dans le même temps, «aider les victimes et les auteurs des atrocités».
Sophie Co : Les Américains ont entamé des bombardements pour aider les forces afghanes à combattre l’offensive des Talibans, est-ce une bonne chose ou non ? Est-ce qu’il s’agit d’une façon efficace de régler les problèmes ?
Hamid Karzai (H.K.) : Pas du tout. Dès le début, j’étais contre des bombardements réels de mon pays. J’ai déjà répété plusieurs fois, et je le répète encore, que la guerre contre le terrorisme ne se fait pas dans les villages afghans, ni dans les villes afghanes, on ne la mène pas en Afghanistan. Si nous voulons réussir dans la lutte contre le terrorisme, nous devons nous attaquer à ses sanctuaires, aux centres d’entraînement, à ceux qui le financent et le soutiennent, aussi longtemps qu’on ne fera pas ça, on ne fera que continuera à causer des dommages à la population civile afghane. C’est donc pour cette raison que je n’ai pas signé l’accord de sécurité avec les Etats-Unis, parce qu’on n’a pas pu m’expliquer cela d’une façon qui me satisfasse.
Ainsi, pour nous – l’Afghanistan, la communauté régionale et internationale – le moment est venu d’analyser de manière critique les 14 années de la guerre contre la terreur en Afghanistan et ailleurs, afin de découvrir la vérité et ceux qui ont soutenu les extrémistes, où qu’ils se trouvent, dans cette région ou ailleurs.
Sophie Co : On voit que les Etats-Unis font l’éloge des forces de sécurité afghanes. Le ministre de la Défense le fait tout le temps. Est-ce qu’il s’agit d’une exagération de leur travail ? Pourquoi les Américains donnent-ils un coup de brosse à reluire alors que la situation est très grave. Qui essaient-ils de tromper ?
H.K. : Les forces afghanes sont sans doutes héroïques. Mais même avec des forces importantes, si une intervention étrangère se prolonge et que cette intervention reste sans réponse pendant plusieurs années, on va se retrouver dans une situation qui est celle de l’Afghanistan. Cela fut l’un des points que j’ai toujours soulevés avec les Etats-Unis et leurs alliés, d’abord, entraîner les forces afghanes, leur fournir des équipements adaptés et ensuite, s’atteler à la question des sanctuaires qui dépasse le cadre de l’Afghanistan. Tant que l’on continuera comme ça, nous allons souffrir, je veux dire, tant qu’il y aura des sanctuaires et des soutiens à l’étranger, nous souffrirons.
Obama confirme le maintien de 5 500 militaires US en #Afghanistan après la fin de son mandat https://t.co/jLpVSxMCOHpic.twitter.com/Gs61yFn3Zg
— RT France (@RTenfrancais) 15 Octobre 2015
Sophie Co : Vous avez dit que les Américains avaient mené une double politique en Afghanistan. Que voulez-vous dire exactement ? Est-ce que cela signifie que les militaires américains n’étaient pas concentrés à 100% sur l’élimination des Talibans ?
H.K. : Quand je dis que les Etats-Unis poursuivent une double politique, cela veut dire que d’un côté, les Etats-Unis disent que le terrorisme n’est pas né en Afghanistan, que ses sanctuaires se trouvent au-delà des frontières afghanes et de l’autre, l’amiral Mullen, à l’époque chef d’état-major des armées des Etats-Unis, a déclaré il y a quelques années qu’un groupe afghan était une véritable arme de l’ISI [les services secrets pakistanais]. Si c’est le cas, comment peuvent-ils soutenir aussi l’ISI, de même que l’armée pakistanaise. C’est pour cela et d’autres raisons encore, que nous nous sommes posé des questions. On ne peut pas aider à la fois la victime et l’auteur d’une atrocité. S’ils se battent avec nous contre les terroristes, ils ne devraient pas frayer avec ceux qui soutiennent le terrorisme.
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