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Jacques Nikonoff est professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8. Il est également porte-parole du Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP).

François Hollande devrait tenter de se hisser au niveau de De Gaulle

Le président français François Hollande avec son homologue américain Barack Obama Source: Reuters
Le président français François Hollande avec son homologue américain Barack Obama

Professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8, Jacques Nikonoff analyse pour RT France la politique de la diplomatie française au Proche Orient.

Le drame syrien est un symbole particulièrement désolant de l’effacement de la diplomatie française. Son alignement aveugle sur Washington conduit la France à n’être qu’un comparse subalterne. L’obsession atlantiste de François Hollande et de ses amis socialistes, qui n’a d’ailleurs rien à envier à celle de Monsieur Sarkozy, apostat du gaullisme, éloigne notre pays des grands mouvements des plaques tectoniques de la géopolitique mondiale. L’affaire syrienne révèle en effet l’une des facettes de la transformation du monde unipolaire dominé par les États-Unis, en un monde multipolaire constitué désormais de la Russie, qui retrouve son statut de grande puissance, et de puissances régionales dont certaines tentent de se rapprocher.

L’obsession atlantiste de François Hollande et de ses amis socialistes éloigne notre pays des grands mouvements des plaques tectoniques de la géopolitique mondiale

L’État islamique (Daesh) et d’autres groupes criminels fanatiques menacent la paix du monde. Des millions de personnes, d’abord dans les pays arabes, en souffrent. Des États souverains et stables, même si leurs régimes politiques sont parfois loin des standards occidentaux, ou sont même de franches dictatures, sombrent dans le chaos. Aujourd’hui, vouloir détruire l’État syrien ne peut qu’accélérer le chaos déjà observé dans des pays comme l’Irak et la Libye où l’État a été désintégré. La crise syrienne, après celles de l’Irak en 2003, de la Lybie en 2011, du Yémen en 2015, est à l’origine des millions de réfugiés qui se dirigent vers les pays européens. Les attentats menacent un grand nombre de pays, des États-Unis à la Russie, en passant par la France. Tous ces pays ont un intérêt commun à s’allier contre Daesh et les autres groupes criminels fanatiques. Le risque existe, en effet, de voir émerger des États fondamentalistes criminels.

Pourtant, après un an de bombardements aériens sur la Syrie par les 60 pays constituant l’alliance occidentale, le seul résultat a été la conquête, par les différents groupes criminels fanatiques, de 60 % du territoire syrien. Cette intervention s’est faite au mépris total de la légalité internationale : pas de demande d’aide des autorités syriennes, quoi que l’on pense de ce régime politique, pas de mandat de l’ONU.

Une guerre psychologique, à base de désinformation, a été déclenchée contre la Russie

Il est sidérant d’entendre l’Otan, la coalition occidentale, les grands médias et certains responsables politiques critiquer les frappes russes en Syrie. Il faut au contraire se féliciter de la mobilisation de la Russie. Elle est engagée contre le djihadisme depuis une vingtaine d’années, dans le Caucase, en Asie centrale, à Moscou même où ont eu lieu des attentats sanglants. Une guerre psychologique, à base de désinformation, a été déclenchée contre la Russie. Il est vrai que le racisme antirusse de la plupart des élites françaises facilite cette opération. Cette propagande vise « l’escalade » russe en Syrie et les bombardements qui ne viseraient pas EI mais les « rebelles modérés » alliés de l’Occident.

Qui sont, en réalité, ces « rebelles » ? D’après les auditions au Sénat américain, les militaires du Pentagone qui ont présenté le bilan de leur activité liée à la préparation des unités armées de l’opposition syrienne ont reconnu leur échec. Le but était de préparer 5 000 à 6 000 combattants, puis 12 000. Finalement, 60 personnes seulement ont été formées, dont 4 ou 5 seulement sont armées et combattent. Le Wall Street Journal du 5 octobre 2015 décrit ce fiasco du programme mis en place par le Pentagone pour former des combattants de l’opposition « modérée ».

Ahrar al-Sham (Combattants libres syriens) a été dénoncée par Human Rights Watch pour un massacre de 190 civils et l’enlèvement de 200 autres

Selon le journal Le Figaro (7 octobre 2015), il y aurait « 41 factions rebelles » en Syrie. L’Armée syrienne libre (ASL), soutenue notamment par Paris, en fait partie. Selon Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, « L’Armée syrienne libre est une structure fantôme. On ne sait rien sur elle. » La Russie a souhaité établir des contacts avec elle, mais n’a obtenu aucune réponse, aucun nom, les Américains n’en donnent pas. Où est-elle sur le terrain ? Qui est son chef ? Sur Wikipédia, l’ASL apparaît comme un véritable capharnaüm.

Il existe par ailleurs l’Armée de la conquête (Jisr al-Choughour). Elle est entraînée par les États-Unis au moyen de conseillers. Ses trois sponsors sont l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Ses deux principales composantes sont Ahrar al-Sham et le Front al-Nostra. Ahrar al-Sham (Combattants libres syriens) a été dénoncée par Human Rights Watch pour un massacre de 190 civils et l’enlèvement de 200 autres en août 2013. Cette organisation a exprimé ses « profondes condoléances » à ses amis talibans en Afghanistan, après le décès du mollah Omar le 2 août 2015... Quant au Front al-Nosra, c’est la filiale syrienne d’Al-Qaïda… Voilà les « rebelles modérés » soutenus par la coalition occidentale qui ont vocation à remplacer le régime de Bachar el-Assad et que les Russes ne devraient pas bombarder !

L’ONG parle de « crime de guerre » car l’armée américaine aurait délibérément bombardé cet hôpital

On peut penser que la guerre psychologique déclenchée par Washington sert à masquer cette réalité ainsi que le crime de guerre commis par l’aviation américaine qui a bombardé, le 7 octobre, un hôpital de l’ONG Médecins sans frontière à Kunduz en Afghanistan : 22 morts, dont 12 employés et 10 patients parmi lesquels 3 enfants. L’ONG parle de « crime de guerre » car l’armée américaine aurait délibérément bombardé cet hôpital.

La raison de ce qui semble être une parfaite incurie, tient au fait qu’en réalité la coalition occidentale s’est fixée comme objectif principal l’élimination de Bachar el-Assad et, en second lieu seulement, l’élimination de Daesh. Cette stratégie est d’abord un piétinement de la charte de l’ONU et ensuite une impasse militaire et politique. La France se grandirait en abandonnant son atlantisme borné pour jouer un rôle de médiateur qui serait particulièrement apprécié dans la région.

La France se grandirait en abandonnant son atlantisme borné

Pendant la Seconde Guerre mondiale, de Gaulle a déclaré que « dans l’ordre politique, l’apparition certaine de la Russie au premier rang des vainqueurs de demain apporte à l’Europe et au monde une garantie d’équilibre dont aucune puissance n’a, autant que la France, de bonnes raisons de se féliciter. Pour le malheur général, trop souvent depuis des siècles l’alliance franco-russe fut empêchée ou contrecarrée par l’intrigue ou l’incompréhension. Elle n’en demeure pas moins une nécessité que l’on voit apparaître à chaque tournant de l’histoire. » François Hollande devrait tenter de se hisser à ces hauteurs.

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