Président de l’Assemblée générale à RT : Daesh, le seul à y gagner dans les conflits au Moyen-Orient

Source: Reuters

Alors que le monde suit le déroulement de la 70ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, de nombreuses discussions ont éclaté quant à son rôle dans le monde moderne. RT en a parlé au président de l’Assemblée, le diplomate danois Mogens Lykketoft.

RT : Ces dernières années, où plutôt ces dernières décennies, on a observé plusieurs actions unilatérales sans l’aval du Conseil de Sécurité de l’ONU, dont les interventions en Irak, en Yougoslavie, l’actuelle campagne de la coalition de l’Arabie Saoudite au Yémen, entamée sans son feu vert. Est-ce que, pour vous, l’ONU est efficace quant à la prévention des interventions et maintien de la paix ? Peut-il faire et fait-il ce qu’il est censé de faire ?

Mogens Lykketoft : C’est une question très difficile. Ce que l’ONU devait faire, c’est de réunir sous son toit toutes les nations de l’ONU, et pour la première fois dans l’histoire mondiale, nous avons réussi à rassembler tous les Etats. C’est un progrès important à lui seul. Ce que nous avons atteint aujourd’hui, le Sommet des Nations Unies sur le développement durable, est effectivement une percée historique quant à la compréhension du besoin des efforts coordonnés de tous les pays pour rendre cette planète durable pour la nature et l’humanité. Voilà le côté positif ; le côté négatif est, comme vous l’avez évoqué, le Conseil de sécurité, l’organe qui travaille sur des conflits spécifiques et tente de les éviter, qui n’a pas été à la hauteur des attentes. Nous sommes actuellement dans une situation paradoxale où d’un côté, nous prenons des décision d’ampleur, ce qui est nécessaire et positif pour le développement global, et de l’autre côté, nous observons des conflits continus, une grave crise humanitaire autour des zones des conflits dans le Moyen-Orient et en Afrique, où l’ONU n’a pas été autorisée à intervenir et arrêter la guerre et les souffrances. Ce que nous espérons réaliser lors de cette rencontre de quasiment tous les leaders du monde, c’est finalement un vrai progrès. On a vu les progrès sur le dossier nucléaire iranien : pour la première fois depuis longtemps, cinq membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne se sont réunis pour négocier avec l’Iran. C’était un pas en avant quant à l’aspiration à la non-prolifération des armes de destruction massive, une réalisation très positive.

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J’espère que les leaders seront capables de s’inspirer de cette cohésion pour tenter de trouver un terrain commun pour arrêter la terrible effusion de sang en Syrie, de même que la crise humanitaire à l’intérieur du pays ainsi qu’autour, avec des milliers de réfugiés qui fuient vers les pays voisins. Alors, oui, c’est une crise sérieuse, on peut le dire, pour les Nations Unies, pour les pouvoirs de prendre des décision universelles pour la paix et la sécurité.

RT : On entend de plus en plus d’appels à réformer la structure des Nations Unies. Certains estiment que leur rôle doit être élargi, d’autres veulent la limiter. Le temps est-il venu pour réformer les Nations Unies et quels changements spécifiques, en tant que président de l’Assemblée générale, pouvez-vous proposer afin d’éviter d’écarter l’ONU lors d’interventions militaires, de guerres ?

Mogens Lykketoft : Je crois que c’est un problème complexe, un processus inévitablement plus long que la simple année où j’assure la présidence de l’Assemblée générale, parce que si on souhaite changer la Constitution des Nations Unies, tous les pays revêtus d’un droits de véto doivent se mettre d’accord pour ne pas l’employer. Cependant, je crois que des progrès dans le proche avenir peuvent être atteints à travers la recherche du terrain commun afin de mettre un terme aux conflits actuels, afin de pouvoir mettre fin par exemple au conflit très déprimant des vagues des réfugiés du Moyen-Orient en Europe, qui a en quelque sorte ouvert les yeux aux Européens sur le fait qu’on a été trop lents à intervenir de façon politique mais aussi humanitaire dans la région, qu’on doit être plus engagé dans la lutte d’arrêter ce conflit mais aussi avoir une approche plus coordonnée et suffisante pour arrêter les souffrances de ceux touchés par le conflit. Nous faisons face à une crise sérieuse où certains programmes de l’ONU d’aide aux réfugiés ne sont financés qu’à moitié, un tiers, ou même moins. Des millions de réfugiés fuient non seulement la Syrie, l’Iran, l’Irak, mais aussi le Yémen, secoué par un terrible conflit. Les Nations Unies doivent appeler toutes les parties à ces conflits à négocier au lieu de faire la guerre, parce que c’est la population civile au Yémen qui souffre le plus.

RT : Des centaines de milliers de réfugiés ont afflué en Russie pendant le conflit dans l’est de l’Ukraine. Dans le même temps, Kiev mène campagne pour ôter le droit de véto, la pierre angulaire du Conseil de sécurité, à la Russie. Que pensez-vous des chances de réussite d’une telle requête ?

Mogens Lykketoft : Il est impossible d’ôter le droit de veto aux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, il est inscrit dans la Constitution des Nations Unies, qui peut être changée uniquement avec l’autorisation des cinq membres permanents de ce même Conseil. Comme vous voyez, cela peut être difficile. Mais maintenant, pour résoudre les graves problèmes de ce monde, nous devons adopter une approche plus pragmatique et demander aux membres «qu’il est probablement temps d’arrêter d’utiliser le droit de veto, et au lieu de ça, se réunir, trouver un terrain d’entente commun». C’est leur obligation humanitaire ; de plus, il me semble que cela relève du propre intérêt de tous les pouvoirs mondiaux, au niveau régional et global, puisque le seul à y gagner dans les conflits continus au Moyen-Orient en Libye, en Syrie et en Irak c’est Daesh, l’Etat islamique. J’espère que cela devrait pousser les puissances mondiales à la recherche d’un compromis.

RT : Et comment, d’après vous, le paysage du monde aurait changé sans les Nations Unies ?

Mogens Lykketoft : Je crois que le risque de conflits et de guerres aurait été encore plus élevé sans l’ONU. Guerres et crises ont eu lieu à travers toute l’histoire de l’humanité. Mais pendant une très longue période de temps, il n’existait pas de telle plateforme où tous pouvaient se rencontrer. Oui, il y a des conflits auxquels nous n’avons pas encore pu faire face à cause de désaccords entre les négociateurs. D’un autre côté, 125 000 personnes participent à des opérations de maintien de la paix à travers le monde entier, ce qui veut dire que plusieurs conflits ont été prescrits grâce à l’existence de l’ONU et les décisions prises par cette organisation.

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