Syrie : l’introuvable rébellion modérée

Les USA et la Turquie signent un accord pour soutenir les rebelles syriens© RT Source: RT
Les USA et la Turquie signent un accord pour soutenir les rebelles syriens

RT présente l'opinion de spécialiste des questions économiques et de sécurité Jean Monjaret au sujet du conflit en Syrie.

L’accord américano-turc signé jeudi dernier en vue d’armer les rebelles syriens «modérés» contre  relève d’une logique, la délégation du règlement d’un conflit à des milices locales, qui s’est toujours retournée contre ses promoteurs en terre d’Islam. 

Accusés d’avoir instrumentalisé dans le passé les fondamentalismes musulmans qu’ils combattent aujourd’hui, les Américains, cette fois, annoncent qu’ils vont choisir avec prudence, circonspection, leurs alliés sur le terrain. Ils assurent que ceux qu’ils vont former, à qui ils vont remettre des armes, n’appartiendront pas à des réseaux terroristes, n’apparaitront dans aucun fichier criminel.

L’intention est louable. Elle n’en est pas moins vaine. Ce n’est pas parce qu’un homme peut être initialement considéré comme digne de confiance qu’il ne va pas dévier par la suite. Plusieurs des officiers, jusque-là irréprochables, formés par les Américains au maintien de la paix en Afrique de l’Ouest, ont rejoint les rangs djihadistes dans le nord-Mali. La plupart des hommes auxquels le Pentagone et le Département d’Etat ont apporté leur aide par le passé étaient, initialement, considérés comme fiables, avant de retourner leur fanatisme contre leurs «bienfaiteurs». Turcs et Américains veulent former 5 000 combattants rebelles par an au cours des trois prochaines années. Dans ce total de 15 000 hommes, tous issus d’une région en guerre depuis des années, il est impossible de croire que ne figurera pas un pourcentage élevé d’éléments qui se révèleront par la suite ingérables.

Washington se prépare à répéter en  ses erreurs du passé pour les mêmes raisons : la croyance naïve qu’il est possible de faire prévaloir ses intérêts, de propager la démocratie dans le monde musulman, suivant un processus violent  mais maîtrisable.

Auteur: RT

On peut en juger à la lumière des évènements qui ont frappé le monde musulman depuis 1979.

Cette année-là Les Etats-Unis commettent une première faute stratégique qui les poursuit encore aujourd’hui.

Ils abandonnent le Shah d’Iran, leur plus fidèle allié dans la région, croyant qu’ils pourraient «accompagner» le changement en se ménageant les bonnes grâces de l’Ayatollah Khomeiny et de la révolution islamique. La suite est connue : la prise en otage de 56 diplomates américains pendant 444 jours, suivie d’un quart de siècle d’affrontements entre Washington et Téhéran. La chute du Shah a aussi poussé Saddam Hussein à déclencher la guerre Iran-Irak, dont le Moyen-Orient subit encore les conséquences. 

Dans la foulée de l’invasion soviétique de l’Afghanistan, ils encouragent sous l’administration Reagan la levée de brigades internationales du Djihadisme, pour vaincre l’URSS. De la sorte ils déclenchent un processus de révolution wahhabite permanente, visant à instaurer un Califat rétrograde sur l’ensemble de l’Oumma et à porter la guerre chez tous ceux faisant obstacle à ce projet : Chrétiens, juifs et autres «impies». Oussama Ben Laden, Gulbuddin Hekmatyar, le Mollah Omar, Ibn al-Khattab, Taliban et terroristes, tous ont bénéficié de l’armement américain, de l’assistance logistique américaine, des conseils des militaires américains et de leurs alliés locaux, les services de renseignement pakistanais, l’ISI. Tous ont été formés à une forme de guerre hybride qu’ils ont exporté sitôt les Soviétiques retirés d’Afghanistan. Mais le pire est qu’ils l’ont fréquemment exporté avec la complicité «occidentale».

De 1991 à 1995, dans le cadre des guerres d’ex-Yougoslavie, les Djihadistes formés en Afghanistan mettent en œuvre leurs méthodes radicales. Afin de combattre le régime de Slobodan Milosevic, la communauté «occidentale» soutient Alija Izetbegovic, présenté comme un démocrate. Parmi ses troupes, au sein de l’armée bosniaque, figure la brigade Al-Moudjahidin, affiliée à . Ses membres se rendent coupables de crimes de guerre, jouant au football avec la tête de leurs prisonniers Serbes, avant d’aller porter le terrorisme aux Etats-Unis et en France. La créature se retourne contre son créateur.

Pourtant cela n’a pas servi de leçon. En 2011 Américains, Britanniques et Français ont renversé la dictature de Mouammar Khadafi en Libye, au nom de la défense des libertés dans le cadre du «Printemps arabe» et livré des armes aux rebelles. Le pays est aujourd’hui considéré comme une nouvelle Somalie à 350 kilomètres des côtes européennes, alors que toute la bande sahélo-saharienne est déstabilisée.

Compte tenu de ces expériences, la solution syrienne d’une rébellion «modérée», armée et formée par les Américains, s’annonce périlleuse. Si elles parviennent encore à se faire entendre sur la scène internationale, les factions les plus «démocratiques» de l’opposition syrienne ne sont plus guère représentées sur le terrain. Elles ont été broyées entre les troupes syriennes et les mouvements radicaux, notamment Al-Nosra et l’Etat islamique. Où les Américains et les Turcs trouveront-ils 15 000 combattants modérés ? Les camps de réfugiés jordaniens et turcs sont sans doute remplis de volontaires, mais les traumatismes qu’ont subi les habitants de ces camps sont plus de nature à les radicaliser qu’à les «modérer». Soulignons également que Turcs et Saoudiens, qui doivent intervenir dans la formation de ces unités de rebelles, ont une position très ambigüe vis-à-vis des radicaux Wahhabites et de l’Etat Islamique. Leurs critères de recrutement habituels ne sont pas ceux de la «modération». A peine esquissé, le projet d’une rébellion «politiquement correcte» semble inatteignable. 

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