Crise ukrainienne : pour livrer une guerre médiatique, il faut être deux

Le Maïdan à Kiev© Anrdeï Sténine Source: RIA NOVOSTI
Le Maïdan à Kiev

RT présente l'opinion de spécialiste des questions économiques et de sécurité Jean Monjaret au sujet de la guerre de l’information autour de l'Ukraine engagée depuis les premiers évènements de Maïdan.

«Après Minsk : maintenant cessez-le-feu médiatique !» titrait le 13 février dernier l’hebdomadaire français Courrier International, reprenant un appel à l’apaisement lancé le même jour par le quotidien russe Novaïa Gazeta. Cette volonté d’apaisement manifestée par les deux titres en dit long sur l’intensité de la guerre de «l’information» engagée depuis les premiers évènements de . Elle est aussi révélatrice du combat mené par l’écrasante majorité des médias occidentaux contre la Russie et les autorités russes : pour décréter un cessez-le-feu médiatique, il faut bien qu’il y ait eu deux camps qui s’affrontent. Novaïa Gazeta et Courrier International avouent donc à demi-mot que les médias russes n’ont pas été les seuls qu’on puisse accuser de parti pris et que leurs homologues occidentaux se sont situés loin, très loin, de l’impartialité censée fonder la déontologie journalistique. Sources peu fiables ou partisanes, passage sous silence de certains faits, recours à une sémantique visant à stigmatiser systématiquement les autorités russes…La presse française s’est notamment signalée par son acharnement en matière de «Russia bashing» ou, plus encore de «Poutine bashing».

La rigueur des informations n’a guère été au rendez-vous de la majorité des titres. Hormis les hebdomadaires Marianne, Valeurs Actuelles, Le Monde Diplomatique ou Jean-Dominique Merchet dans L’Opinion, il n’est pas une télévision, une radio, ou un journal, qui n’ait repris les chiffres les plus fantaisistes faisant état d’une présence russe massive en . 9 000 hommes, 600 chars, 700 blindés de transport de troupes : alors que ces données, avancées par le Président ukrainien Petro Porochenko, n’étaient pas confirmées par l’OTAN et contestées par les services de renseignement français, elles ont été reprises sans discernement aucun jusqu’à très récemment encore. Peu importe que ces informations soient venues du SBU, les services de renseignement ukrainiens, de l’OTAN, du Pentagone ou du Département d’Etat, tous engagés dans un combat sans merci avec la Russie, elles ont été tenues pour exactes par la presse française, car provenant du «bon camp». C’est cela le plus tragicomique. Alors que les journalistes français n’ont cessé, à juste titre, de critiquer la logique de George Bush Jr.,  sa vision manichéenne d’un monde séparé entre les démocraties d’une part et un «axe du mal» de l’autre, ils ont suivi la même logique binaire dans l’affaire ukrainienne, avec la Russie et Vladimir Poutine en lieu et place d’Al Qaïda ou de Saddam Hussein.

De même nos confrères français ont-ils été très lents à prendre le recul qui s’imposait vis-à-vis de certaines formations politiques ukrainiennes. Alors que les médias allemands ou britanniques avaient depuis longtemps publié les premiers reportages mettant en lumière le nazisme assumé des militants de Pravy Sektor, ou d’unités de la garde nationale ukrainienne tel le bataillon Azov, les journalistes du magazine Elle présentaient comme une admirable «secrétaire et engagée volontaire» une dénommée Sveta, qui se disait prête à combattre une éventuelle invasion russe. Malheureusement la véritable identité de Sveta était Vita Zarevukha, militante nazie fanatique du bataillon Aïdar, formation paramilitaire dont la sensibilité politique d’ultra-droite, de notoriété publique, aurait pourtant dû alerter les journalistes. Raillée par l’intégralité de la presse française, d’une solidarité exemplaire en la matière, la rédaction d’Elle a dû présenter ses excuses pour cette faute de débutant. Faute qui n’était pourtant pas la première de ce type, l’hebdomadaire féminin ayant déjà, par le passé, témoigné de son empathie vis-à-vis de la sœur du terroriste Mohammed Merah, Souad Merah, aujourd’hui installée en Syrie.

La sémantique, la photo, le conspirationnisme, enfin, ont été les fers de lance d’une campagne russophobe véhémente.

Prenons l’exemple des accords de Minsk 2.  fait part de son pessimisme au terme des négociations après une longue nuit de face à face tendu. Angela Merkel s’avoue sans illusions. Aucun commentaire négatif des médias occidentaux vis-à-vis de ces déclarations réalistes. Mais il suffit que Vladislav Sourkov s’exprime dans le même sens, affirmant que ces premières négociations n’étaient «qu’un début» pour que son «cynisme» soit épinglé par Le Monde. Deux poids, deux mesures.

Cependant on peut noter une vraie fracture entre les médias et l’opinion publique française. Une grande part de celle-ci a su prendre le recul qui s’imposait malgré le pilonnage idéologique dont elle a fait l’objet. On observe ainsi une vraie déconnection entre le contenu des articles et les réactions des lecteurs sur les sites en ligne. Le Figaro avait meme publié un article nommé «Pourquoi il y a tant de commentaires pro-Poutine sur le web». Ce gap est révélateur de la non-représentativité d’une presse française partageant massivement la même sensibilité politique en perte de vitesse, révélateur du fossé qui se creuse entre un peuple et ses «élites».

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