Chrétiens d’Orient : ne plus mettre leur cause sous le boisseau !

Chrétiens d’Orient : ne plus mettre leur cause sous le boisseau !© REUTERS/Omar Sanadiki
Le toit endommagé d'une église de l'ancien quartier chrétien de Bab Touma, à Damas en Syrie.

A l'occasion de la remise d'un rapport sur les chrétiens d'Orient à l'Elysée, la journaliste Maya Khadra revient sur l'histoire qui les lie à la France, et s'interroge sur les capacités de cette dernière à leur assurer sa protection.

Le 3 janvier, Charles Personnaz, magistrat à la cour des comptes et chargé de mission bénévole à L’Œuvre d’Orient, a remis à l’Elysée – en tout bien tout honneur – un rapport de 113 pages sur les chrétiens D’Orient. Un rapport qui a coûté à son auteur ses vacances et des allers-retours vertigineux et homériques en terre d’Orient.


Le rapport a été rédigé après une observation minutieuse de la réalité douloureuse de ces premières communautés chrétiennes au monde dont le nombre se réduit comme peau de chagrin à cause du terrorisme islamiste, de l’Egypte jusqu’en Irak, et de l’immigration forcée qu’ils subissent. Personnaz ne joue pas les Cassandre. Les chrétiens d’Orient souffrent en silence depuis longtemps ; depuis les premières hégémonies musulmanes, oserais-je dire. Ce rapport alarmant poussera-t-il le président de la République Emmanuel Macron à tenir sa promesse énoncée lors de son discours au Collège des Bernardins en avril 2018 ? Sera-t-il à la hauteur de ses responsabilités ? «Nous avons hérité historiquement du devoir de les protéger.» Décryptage et discussion de ce devoir historique.

Un rapport comme les autres ?

Nous avons été rompus à ces commandes spéciales de rapports ciblés depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Le rapport Borloo pour les banlieues, le rapport Orsenna sur les bibliothèques, le rapport de Stéphane Bern sur le patrimoine et dernièrement le rapport sur les chrétiens d’Orient ! Le timing de la sortie d’un tel rapport n’est pas fortuit. Il est concomitant avec la discussion de la loi 1905 qui après avoir longtemps mis à l’écart l’Eglise devrait «mieux encadrer l’islam en France». Le président de la République, serait-il en train de se dédouaner de son atteinte à la laïcité française à travers l’éventuel amendement de la loi 1905 en faisant un geste attentionné, symbolique et timoré, auprès des communautés chrétiennes en Orient ? Est-ce un écran d’enfumage ? Serait-il ainsi en train de couper la cordée des boulets des reproches qu’il traîne, à savoir son inaction face à la montée en puissance de l’islamisme en France et la mollesse béate de ses acolytes comme Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité hommes-femmes, qui a proposé en novembre dernier des outils juridiques pour lutter contre une flopée de «phobies», dont l’islamophobie, sur les réseaux sociaux ? Un rapport sur les chrétiens régule, redore le blason affadi d’un apprenti gouvernement et consolide le flirt bipolaire du président avec l’islam d’une part, et l’Eglise, d’autre part.

Rappelons que sous Emmanuel Macron, la contribution de la France à l’AEFE a été considérablement amenuisée

Mais, bénéfice du doute oblige, misons sur l’honneur de l’intention du président de la République et la sincérité de son objectif derrière un tel rapport de «renforcer l’action de la France dans la protection du patrimoine du Moyen-Orient et le soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région». Rivons nos regards sur le contenu du rapport sur les chrétiens d’Orient. La vérité, telle que décrite par Personnaz dans un entretien exclusif accordé au média «Famille chrétienne», est que l’aide aux écoles françaises au Moyen-Orient connaît une baisse continue depuis 20 ans. Cela n’est certainement pas au préjudice du président Macron. Il n’en est pas responsable. Au contraire, il pourrait être le précurseur tant attendu – à croire ses gages bienveillants à l’égard des chrétiens d’Orient – d’une politique de redressement de l’enseignement français à l’étranger et notamment au Moyen-Orient. C’est lui qui pourrait tenir la corde de ce combat. Mais, le charme est vite brisé ! Car rappelons que sous Emmanuel Macron, la contribution de la France à l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) a été considérablement amenuisée après le vote du budget 2018. 33 millions d’euros en moins ! Alors, soutien au réseau éducatif à l’étranger ? Au Liban, par exemple, principal pays francophone au Levant, les écoles catholiques francophones appliquent une politique d’austérité sévère depuis des années. Dans ce pays où 70% de l’enseignement se fait en français, près de 350 établissements francophones catholiques sont menacés de fermeture.

Un des objectifs derrière le rapport Personnaz tel qu’énoncé par le président Macron n’est alors pas plus qu’un cautère sur une jambe de bois ; invalidé par le budget revu à la baisse pour l’enseignement français à l’étranger. Ce rapport comme tant d’autres finira-t-il dans un tiroir de la cellule diplomatique ? Le temps en jugera. Mais, dans un quinquennat sur le carreau et dont l’horizon obscurci par une remise en question impondérable et qui atteint des degrés exponentiels avec le mouvement des Gilets Jaunes, peu de choses sont à espérer. Et aucun changement ne peut être effectué sans bourse délier ! De quoi se faire du mouron.

Le rôle historique de la France : un apanage monarchique et impérial

Le président de la mondialisation, parangon de la culture des start-ups et fer de lance du progressisme prétend être le gardien d’un leg historique : la défense des chrétiens d’Orient. Cet héritage, cependant, entre en conflit avec l’étendard progressiste brandi par Emmanuel Macron. C’est un édifice auquel chaque roi de France a apporté une pierre.

Pour relever ce grand défi civilisationnel au XXIe siècle, ne faut-il pas que la France soit de nouveau glorieuse, triomphante et culturellement chrétienne ?

Tout commence en 1250 avec la charte de Saint Louis accordée aux Maronites, catholiques d’Orient concentrés au Liban. Il les considéra alors comme une partie de la nation française. Certes, l’authenticité de cette charte est remise en question par les historiens monarchiquo-sceptiques. Une copie vieille de plusieurs siècles est pourtant bien préservée au Patriarcat maronite du Liban avec la mention «copiée à l’original». Aucune prétention de détenir donc la charte originale. Cela n’empêche pas nombreux historiens et anciens consuls ou ambassadeurs d’y faire appel dans leurs écrits : Yann Bouyrat, Ristelhueber, Jean-louis Thiériot, etc. Ce qui nous importe c’est la protection particulière accordée par les rois de France à cette catégorie de chrétiens d’Orient et l’établissement d’une tradition qui s’est perpétuée avec Louis XIV, Louis XV, François 1er et Napoléon III. Si cette charte n’existait pas, les rois Louis XIV et Louis XV auraient-ils pu solliciter ce gage scellé entre les chrétiens d’Orient et leurs prédécesseurs ? «Depuis un temps infini leur nation est dessous la protection des Empereurs et Rois de France nos glorieux prédécesseurs», ainsi s’exprima le roi Louis XV dans sa lettre de protection accordée au Patriarche d’Antioche et datant du 12 avril 1737. La France monarchique des «Rois très chrétiens» a donc longtemps mené ce combat pour la survie des chrétiens d’Orient dans une région géographique minée par le danger de l’expansionnisme musulman conquérant et où l’Empire ottoman et ses différents califes se succédant à la Sublime Porte menaient une politique humiliante allant jusqu’à la répression contre ces communautés. Elle se partageait cette mission avec la Russie, qui garantissait la sécurité des chrétiens de rite orthodoxe, surtout en Syrie.

Après la révolution française, cette vieille tradition ne perdit pas de sa légitimité. En réaction aux massacres sanglants qui ont sévi au Mont-Liban en 1860, Napoléon III envoya un corps expéditionnaire au Liban pour protéger les maronites, renforçant la relation particulière qui unissait les deux peuples. Cependant, la France protectrice des chrétiens d’Orient était une France glorieuse, triomphante et mythique. C’était aussi et surtout une France chrétienne.

Pour relever ce grand défi civilisationnel au XXIe siècle, ne faut-il pas que la France soit de nouveau glorieuse, triomphante et culturellement chrétienne ? Vouloir défendre les chrétiens d’Orient est un projet noble mais hors de portée tant que les valeurs chrétiennes de la France sont sabordées, tant que le catholicisme français est dénigré par la République et tant que le progressisme effréné désacralise l’histoire de France et jette aux oubliettes les traditions anciennes pour avancer «plus léger» vers un avenir incertain. La France protectrice des chrétiens d’Orient a changé de visage. Et c’est là où le bât blesse. Progressisme et chrétienté ancienne en terre biblique d’Orient, peuvent-ils faire bon ménage ?

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