Sécurité à Paris : «La police nationale ne peut pas tout faire», déplore Pierre-Yves Bournazel

Si les patrouilles policières ont été renforcées, cela ne règle pas tout, selon Pierre-Yves Bournazel. Source: Reuters
Si les patrouilles policières ont été renforcées, cela ne règle pas tout, selon Pierre-Yves Bournazel.

Pour Pierre-Yves Bournazel, conseiller de Paris, si les violences sont en hausse à Paris, c'est en raison de refus de la ville de créer une police municipale et des réponses adaptées à la délinquance.

Source Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP)
Source Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP)

RT France : Que vous inspirent ces chiffes qui démontrent qu'il y a près de 100 agressions physiques tous les jours à Paris ?

Pierre-Yves Bournazel : S'il y a une progression des violences à Paris, c'est que la ville ne s'est pas dotée de tous les éléments nécessaires pour assurer la sécurité partout et pour tous. Cela fait bien longtemps que la question de la sécurité est essentielle à Paris.

RT France : Comment, selon vous, faire baisser la délinquance à Paris ?

Pierre-Yves Bournazel : Je milite depuis longtemps pour la création d'une police municipale à Paris. Paris est la seule ville de France où on ne peut pas se doter de police municipale. C'est un maillon essentiel pour lutter contre les incivilités, pour avoir une présence sur le terrain, s'occuper de tranquillité publique. Cela permettrait aussi à la Police nationale de se concentrer sur ses missions essentielles, à savoir le maintien de l'ordre, la lutte contre les trafics de drogues, les violences, la criminalité... A Paris, il manque un maillon de la chaîne, et la volonté d'impulser une politique de sécurité.

Pierre-Yves Bournazel, ici à droite lors de la campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet, prone la création d'une police municipale à Paris. Source: Reuters
Pierre-Yves Bournazel, ici à droite lors de la campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet, prone la création d'une police municipale à Paris.

RT France : Malgré tout, le problème semble avoir été pris en compte, avec des renforts importants et 26 000 policiers sur le terrain à Paris cet été ?

Pierre-Yves Bournazel : La comptabilité de leur truc, c'est de la communication... Depuis qu'ils annoncent des effectifs en plus, on ne voit rien sur le terrain, et on constate surtout de moins en moins d'effectifs dans les rues. Il suffit de parler aux policier sur le terrain pour voir qu'ils sont sous pression en permanence car ils n'ont pas assez de moyens.

RT France : Selon vous, la simple existence d'une police municipale, pourrait régler les problèmes ? De nombreuses villes sont dotées de polices municipales, et ne sont pas forcément moins touchées par la délinquance que Paris ?

Pierre-Yves Bournazel : Avec une police municipale à Paris, nous serions plus fort, car il y aurait la possibilité d'avoir des effectifs sur le terrain 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Cela soulagerait la police nationale et lui permettrait de se recentrer sur son travail de base. Il manque aussi à Paris le maillon répressif avec les Travaux d'Intérêts généraux (TIG). Ce serait une sanction intéressante pour la société et pour la petite délinquance, qui reste souvent sans réponse. A Paris, cela n'existe qu'à la marge, alors que partout où cela a été fait, ça a marché car la réparation produit aussi de la pédagogie et prévient la récidive. Enfin, dernier maillon, la vidéo protection doit être renforcée afin de faut mieux identifier les fauteurs de trouble et s'appuyer sur ces vidéos. Il faut aussi, au niveau national, une vraie réforme de la justice, qui est, parfois, le maillon faible de la politique de sécurité.

RT France : Selon plusieurs études, les touristes, notamment les Asiatiques, ne se sentiraient plus en sécurité à Paris ?

Pierre-Yves Bournazel : C'est inquiétant... La sécurité, c'est essentiel pour tous. Pour les Parisiens, peu importe leur quartier, leur origine et leur condition sociale, mais aussi pour les gens de passage à Paris. La sécurité, c'est par exemple essentiel pour le tourisme. Si vous avez le sentiment d'avoir des risques d'être volés, dépouillés à Paris, ça nuit à l'image de la ville et à l'envie d'y rester. La politique de la sécurité, c'est pour les habitants, tous les habitants, mais aussi pour ceux qui passent à paris, c'est essentiel pour Paris et son image.

RT France : Sur ce sujet, la Préfecture de police a renforcé cet été les patrouilles dans les lieux touristiques ? Une bonne décision ?

Pierre-Yves Bournazel : Oui, les patrouilles c'est positif, mais on se heurte toujours au maillon manquant, la police municipale. La police nationale ne peut pas tout faire. Or Paris, refuse, de manière dogmatique, ce maillon que toutes les métropoles ont adopté qui permet de faire baisser la délinquance. Sur ces questions, il faut du pragmatisme. 

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