Macron opte pour le micro remaniement

Macron opte pour le micro remaniement© Charles Platiau Source: Reuters
Illustration : passage de témoin entre Nicolas Hulot et François de Rugy

Hulot et Fessel remplacés, le gouvernement peut sembler être sorti de crise. Mais pour l'essayiste Guillaume Bigot, Emmanuel Macron réagit plus qu'il n'agit, et l'été 2018 a sonné le glas du «nouveau monde» promis par le président français.

Petit ou grand ? Micro ou Macro ? Technique ou politique ? Le dilemme soulevé par la démission surprise de Nicolas Hulot est tranché depuis le 4 septembre, midi.

En nommant François de Rugy ministre de la Transition écologique et solidaire et en remplaçant Laura Flessel par Roxana Maracineanu, le président de la République a décidé de sortir par la petite porte de la crise ouverte par l’ancien présentateur vedette d’Ushuaia. Emmanuel Macron reste apparemment maître des horloges. 

Avant de revenir sur le sens de chacune de ses nominations, soulignons que la décision de ne pas remanier en profondeur l’équipe d’Édouard Philippe paraît sage à plus d’un titre. Sage d’abord car elle remet à sa juste place les vacances de monsieur Hulot, décidées non sur un coup de tête mais juste avant d’entrer dans le studio de France Inter et sans prévenir le tandem exécutif.

Le malheur est venu du caractère incontrôlé de la démission dans un gouvernement réputé pour vérifier le moindre bouton de guêtre

D’après ce que l’on compris des raisons invoquées par l’intéressé durant cette séquence passion radiophonique, annoncer sa démission en direct était un moyen, pour lui, d’éviter qu’Édouard Philippe et Emmanuel Macron ne le persuadent de la reprendre. Quel aveu de caractère pour un homme qui voulait tenir tête aux lobbies ! Ne me retenez pas, sinon je fais un malheur ! Or, le malheur est venu du caractère incontrôlé de la démission dans un gouvernement réputé pour vérifier le moindre bouton de guêtre.

A force de semer de l’hyper contrôle et des éléments de langage, on finit par récolter des démissions surprises en direct soit tout ce que l’on essayait d’éviter. Une décision impromptue dont Hulot lui-même a dit qu’elle était la plus difficile de sa vie. Macron a bien fait de rappeler que cette décision n’était pas la plus importante de la mandature et de ne pas amplifier sa portée ultra limitée. 

Sage décision aussi que ce remaniement de poche car changer la composition d’un gouvernement, c’est tirer une cartouche de gros calibre (c’est un acte politiquement très significatif qui doit indiquer un changement de cap). Et donc d’une cartouche que l’on ne peut guère tirer qu’une fois dans le cadre limité du quinquennat.

Macron n’a donc pas repris la main, il a limité la casse.

Changer de cap en moins de cinq ans ne doit donc être décidé que sous la pression d’une forte nécessité. En cas de troubles graves à l’ordre public ou de crise internationale par exemple. Un changement de gouvernement permet aussi de se donner un peu d’oxygène après un camouflet électoral. Jouer d'un effet de surprise ou de curiosité pour redonner un peu de jeu à une politique qui peut, par exemple, avoir été sèchement mise en cause lors d'européennes ou de municipales perdues. Une hypothèse qui risque fort de se matérialiser dans les urnes en 2019 pour les européennes et en 2020 pour les municipales.

Macron n’a donc pas repris la main, il a limité la casse. En d’autres termes, il n’avait absolument pas le luxe d’un changement d’équipe gouvernementale.

Cette main, on peut se demander d’ailleurs si le surdoué de la com' politique ne l’a pas définitivement perdue. L’impression que notre vie politique était devenue un décor bien huilé, avec à sa tête un deus ex machina, omnipotent et ultra prévoyant, toisant de sa ruse et de son audace le fonctionnement de la Ve République a fait long feu. La séquence Benalla avait commencé à détraquer cette trop belle mécanique confirmant un sens de la provocation confinant parfois à l’hubris (c’est mon homme, je le couvre et personne n’y touche) et un sens de l’improvisation qui a tourné à l’amateurisme (souvenons nous des élucubrations de Bruno Roger-Petit). Les atermoiements autour du prélèvement à la source montrent que l’indécision (inévitable lorsque l’on dirige) est désormais mal dissimulée. Jupiter hésite.

C’est d’ailleurs la première fois en France que les réseaux sociaux servent de test politique grandeur nature pour une nomination ministérielle. A cet égard, Facebook s’est révélé bien plus efficace que les remontées des services qui ont pris la suite des RG pour écarter l’hypothèse Cohn-Bendit. Le cabinet Macron a d’ailleurs découvert horrifié l’ampleur et la virulence de la levée de bouclier. C’est un haut-le-cœur quasi unanime qu’a soulevé la possible promotion de ce rebelle de confort, comme aurait dit Philippe Muray.

Décidément, Macron ne semble plus rien comprendre à la psychologie de ces Gaulois réfractaires. Le simple fait d’avoir imaginé nommer une personnalité aussi dépassée que celle de l’ancien agitateur de mai 68 en dit long sur le décalage entre l’Elysée et l’opinion publique. La sensibilité soixante-huitarde et européiste de Dany le rouge est désormais comparable à l’esprit d’Ancien régime en 1790 : un bloc de préjugés d’un autre temps encore majoritairement partagé par l’élite mais massivement rejeté par le peuple.

Rien n’est donc nouveau dans ce nouveau monde, pas même son échec

Le choix de François de Rugy est évidemment plus prudent. C’est celui d’un pur politique. Ce jeune quadragénaire semble avoir une forte ambition chevillée au corps. Démissionnaire d’EEEV et créateur d’un groupuscule vert pro Hollande, Rugy avait rongé son frein sous le gouvernement Ayrault dont il était pourtant proche à Nantes (il était son adjoint en charge des transports). Une traversée du désert qui a ressemblée à celle d’un bac à sables. La récompense de son ralliement à Macron n’a pas tardé puisqu’avant de récupérer le maroquin de Hulot, Rugy était devenu le deuxième personnage de l’État, en accédant à la présidence de l’AN.

C’est donc le choix d’un homme qui dispose d’un réel sens politique, c’est à dire celui des compromis et des rapports de forces. Le choix d’un réaliste inconnu du grand public contre celui d’une vedette idéaliste. Ce choix sonne le glas de la fable du nouveau monde, celui de la société civile contre les politiciens, des incandescents contre les tièdes, des experts contre les touches à tout. 

Personne n’a attendu le soi-disant nouveau monde pour tenter d’utiliser politiquement le capital sympathie de certaines personnalités populaires ou pour jouer la fraîcheur de la société civile contre les eaux stagnantes du marigot politique.

Macron lui-même, comme Raymond Barre ou Georges Pompidou, n’avait jamais été élu avant de se révéler bien plus efficaces dans la conquête du pouvoir que les vieux briscards qui arpentent les marchés et serrent des mains depuis des décennies. Rien n’est donc nouveau dans ce nouveau monde, pas même son échec.

D'Alain Bombard (médecin qui avait testé la survie sur un canot dans les années 60) à Corinne Lepage (avocate de la petit commune bretonne souillée par le naufrage du pétrolier Amoco Cadix), de Guy Drut (champion du saut de haie) à Bernard Laporte (entraîneur de l’équipe de France de rugby) en passant par Maurice Herzog (alpiniste amputé), la liste des ministres issus de la société civile n’ayant pas réussi à franchir le cap politique est longue.

Le ministère de l'écologie comme celui des sports, sans doute car les enjeux budgétaires et administratifs y sont moins lourds, offrent des portefeuilles tout désignés pour y installer des novices de la chose publique. Les ministres des Sports sont d’ailleurs fréquemment et logiquement des sportifs vedettes, appréciés pour leur capacité à mouiller le maillot et à porter haut le tricolore. Mais comme dans le domaine de l'environnement, la connaissance technique ou l’expérience personnelle ne suffisent pas toujours à faire d’un athlète de haut niveau un dirigeant.

Un David Douillet, un Christian Estrosi, par exemple, montrent l’exemple de champions ayant réussi à changer de discipline en descendant dans l’arène. Une Chantal Jouanno a plutôt offert l’exemple d’une politique qui a réussi dans le sport, comme Jean-François Lamour ou Jacques Chaban-Delmas avant elle.

Ici encore, Macron réagit plus qu’il n’agit

Il est un peu tôt pour savoir quelles raisons personnelles ont motivé Laura Flessel. A-t-elle jeté elle-même l'épée ou l'exécutif a-t-il craint que ses problèmes fiscaux ne la rattrapent ? Macron sera t-il contraint d’opérer un nouveau remaniement miniature si les déboires fiscaux de Françoise Nyssen ou judiciaires de Richard Ferrand venaient à s’aggraver? Ici encore, Macron réagit plus qu’il n’agit. Débarquer son ministre de la Culture et son ministre de la Cohésion des territoires aurait été un signe de faiblesse voire un pré aveu de culpabilité. 

On jugera l’aptitude d'une autre championne du monde, la nageuse Roxana Maracineanu une fois que celle-ci aura plongé dans le grand bain gouvernemental. Mais ce qui est d’ores et déjà certain c’est qu’en dépit de ses impressionnantes performances sportives, Roxana Maracineanu est inconnue des Français alors que Laura Flessel faisait partie du petit club des personnalités les plus populaires de l'Hexagone. En perdant Hulot et Flessel et alors que Stéphane Bern menace de rendre son tablier, Macron perd encore un peu plus de son éclat originel. Le petit roi Soleil n’est plus à son zénith.

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