Ecrivain, ancien correspondant de guerre au Moyen Orient au Bureau régional de l'AFP Beyrouth, ancien responsable du Monde arabo-musulman au service diplomatique de l'AFP, René Naba est directeur éditorial de www.madaniya.info et de www.renenaba.com.

L'Iran et l'Etat Islamique, des mines d'or pour les firmes américaines

Des Humvees américains Source: Reuters
Des Humvees américains

Dans son article, René Naba, directeur éditorial du site www.madaniya.info, évoque le sujet des livraisons d’armes par les Etats-Unis aux pays du Golfe. D’après lui, l'Iran et Daesh sont des prétextes parfaits pour le surplus de pétrodollars arabes.

130 milliards de dollars : tel est le montant des commandes militaires passées en trois ans, par les pétromonarchies du Golfe auprès des firmes américaines pour se prémunir à la fois contre le danger iranien et contre l'Etat Islamique. Les emplettes portent aussi bien su un bouclier anti-missiles, que John Kerry a vendu aux gérontocrates du Golfe, - sur le modèle du dôme d'acier israélien, mais en moins perfectionné – que sur des avions, des missiles Hellfire (Lockheed Martin) et des véhicules blindés Humvee (AM General).

SOS International, dont un des dirigeants n'est autre que Paul Wolfowitz, ancien sous-secrétaire d'État à la Défense sous Georges Bush Jr, et l’un des artisans de l'invasion de l'Irak en 2003, a remporté un appel d'offres prévoyant  la mise à la disposition de l'armée américaine de plusieurs centaines de gardes du corps, de traducteurs confirmés, de convoyeurs, majoritairement recrutés au sein de la grande réserve des retraités militaires américains, en vue de protéger les deux nouveaux camps établis par les Etats-Unis en Irak, pour la formation de la nouvelle armée américaine, le camp de Samaya et le Camp de Taji : un contrat de 400 millions de dollars.

3 500 soldats américains sont revenus en Irak à la faveur de la nouvelle guerre déclenchée contre Daesh, l'été 2014, et 6 300 retraités de l'US Army s'apprêtent à reprendre du service «contractuel» pour le compte de SOS international. Ce bilan ne tient compte, ni de la commande de Rafales, faite par le Qatar à la France, ni de la transaction saoudienne ,de l'ordre de 16 milliards de dollars,  pour la fourniture par la France de réacteurs EPR pour le nucléaire civil saoudien.

Le précédent gros contrat, de l’ordre de 123 milliards de dollars, avait été conclu à l’automne 2010 entre l’Amérique et quatre pays du Golfe, précisément en vue de renforcer leur capacité défensive «face à l’Iran».

Face à l’Iran, la constellation des pétromonarchies du Golfe s’est ainsi transformée en une véritable base flottante américaine, au point que se posent les questions de la viabilité stratégique et de la pertinence politique des plus gros contrats d’armement jamais conclus dans l'histoire, en temps de paix, entre les États-Unis et quatre pays membres de la zone. Le contrat de 2010, comme celui de 2015, sont singuliers à tous égards, en ce qu'ils outrepassent les capacités d’absorption des bénéficiaires de même que les capacités d’assimilation de cet armement par ses servants locaux.


Si l’on excepte sa piètre démonstration militaire au Yémen, en 2015, l’Arabie saoudite n’a jamais mené de guerre directe contre aucun de ses adversaires potentiels, encore moins contre Israël, l’ennemi officiel du monde arabe, dont elle est le principal opposant sur le plan théorique, se bornant à financer des guerres obliques de déstabilisation, toujours contre des pays arabes ou musulmans.

Les pétromonarchies arabes constituent en même temps de gigantesque base militaire flottante de l’armée américaine, qui s’y ravitaille à profusion, à domicile, à des prix défiants toute concurrence. La zone est couverte d’un réseau de bases aéronavales anglo-saxonnes et françaises, le plus dense du monde, dont le déploiement pourrait à lui seul dissuader tout éventuel assaillant éventuel, rendant superflu un tel contrat.

Elle abrite à Doha (Qatar), le poste de commandement opérationnel du Cent Com (le commandement central américain), dont la compétence s’étend sur l’axe de crise de l’Islam qui va de l’Afghanistan au Maroc ; et, à Manama (Bahreïn), le quartier général d’ancrage de la Vème flotte américaine dont la zone opérationnelle couvre le Golfe arabo-persique et l’Océan indien.

Si le 10eme de cette somme avait été consacré par les pétromonarchies du Golfe à la libération de la Palestine, et non à polluer la planète du djihadisme takfiriste, non seulement la Palestine aurait été libérée depuis belle lurette de même que la sécurisation de l'espace nationale arabe assurée, mais le Monde arabe aurait forcé le respect du Monde en accédant au seuil critique, condition indispensable pour accéder au rang d'acteur majeur de la scène internationale et non de supplétif de tragédies atlantistes.

Par un subterfuge que les politologues américains désignent du vocable de Politics of Fears, l'Iran sert depuis trente ans de prétexte pour éponger le surplus de pétrodollars arabes, en alimentant le complexe militaro-industriel américain et Israël, de prétexte pour maintenir la dépendance technologique arabe.

A l'Iran s'est superposé désormais la créature saoudo-américaine, Daesh, et c'est le jackpot assuré pour l'industrie américaine d'armement. 

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