Les négociations avec la Grèce «s'adressaient aussi à la France», estime Henri Sterdyniak

Selon Yanis Varoufakis (ici avec le ministre français Michel Sapin), l'Allemagne veut imposer l'austérité à la France. Source: Reuters
Selon Yanis Varoufakis (ici avec le ministre français Michel Sapin), l'Allemagne veut imposer l'austérité à la France.

Suite à la sortie de Yanis Varoufakis qui affirme que l'Allemagne entend imposer l'austérité partout en Europe, et même en France, l'économiste Henri Sterdyniak confirme que l'Allemagne a pour objectif de faire respecter ses règles à l'Europe.

Yanis Varoufakis, ancien ministre des Finances du gouvernement d'Alexis Tsipras a jeté un nouveau pavé dans la mare dans les colonnes d'El Pais en affirmant que «le plan de Wolfgang Schäuble (le ministre allemand des Finances, ndlr) est de mettre la troïka partout : à Madrid, mais surtout à... Paris! Paris, c'est le gros lot. C'est la destination finale de la troïka».

Henri Sterdyniak directeur de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et signataire du manifeste des Economistes atterrés, estime, pour RT, que le député de Syriza n'a pas totalement tort.

RT France : Yanis Varoufakis affirme dans son interview à El Pais que le ministre allemand Wolfgang Schäuble entend imposer l'austérité partout, notamment en France ? 

Henri Sterdyniak : Cela fait effectivement partie du problème européen. L'Allemagne souhaite que l'Europe soit beaucoup plus contrainte, que les pays européens soient beaucoup plus tenus et obéissent à des règles extrêmement strictes.

RT France : Des règles qui existent, mais qui ne seraient donc pas respectées actuellement par la France ? 

Henri Sterdyniak : En effet, la France et dans une moindre mesure l'Italie sont des pays qui n'obéissent pas à ces règles. Les marchés financiers font toujours confiance à la France, et effectivement, l'un des objectifs de l'Allemagne est de faire que ces règles deviennent un peu plus vigoureuses, et que d'une manière ou d'une autre, on puisse pénaliser les pays qui ne les respectent pas. Bien sûr, l'idée grecque de s'affranchir des règles était totalement horripilante pour les Allemands, et un des buts de ces négociations étaient aussi de montrer de la fermeté. 

RT France : La France reste une puissance importante, mais doit donc, selon les Allemands, respecter les règles sous peine d'être traitée comme la Grèce? 

Henri Sterdyniak : La logique de l'Allemagne, et sa volonté, c'est que la France accepte les règles et obéisse, tout comme l'Italie. Ces deux pays sont actuellement les seuls qui résistent à la volonté allemande d'austérité. En France, le problème pour l'Allemagne, c'est le déficit et en Italie, ce sont les politiques de relance de la croissance.

RT France : Selon Varoufakis, la menace de Grexit était aussi un moyen de faire pression sur la France. Qu'en pensez-vous ? 

Henri Sterdyniak : C'est un peu exagéré, mais cela correspond toutefois bien au point de vue allemand. Pour eux, la monnaie unique est indissociable des règles budgétaires, du traité de Maastrish, alors que la position française est plutôt : on prend la monnaie unique, et ensuite on se débrouille avec pragmatisme. Du côté allemand, on doit tout faire pour respecter les règles, et ceux qui ne veulent pas le faire, ou demandent un changement de politique de la BCE, n'ont pas leur place au sein de cette monnaie unique. Cette position tranchée s'adressait donc à la Grèce, mais aussi à la France.

RT France : Varoufakis affirme aussi que le troisième plan d'aide est voué à l'échec car l'Allemagne ne cherche pas d'accord qui fonctionne ?

Henri Sterdyniak : Ce plan d'aide ne peut pas sauver la Grèce, car elle ne peut être sauvée qu'avec une forte baisse de sa dette, et des mesures pour aider son industrie, pour relancer la croissance... La position de Schäuble, c'est : une fois que vous êtes sortis de la zone euro, vous pourrez faire ce que vous voudrez, mais quand vous êtes dans la zone euro, vous êtes soumis à la loi allemande. C'est un pacte : vous voulez rester, vous respecter les règles allemande. Mais si vous sortez, on pourra être plus indulgent... C'est aussi un message aux autres pays.

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