Plan d’urgence agricole : «Pour les producteurs individuels, ces aides ne représentent rien»

Les agriculteurs descendent dans les rues en FranceSource: Reuters
Les agriculteurs descendent dans les rues en France

En pleine crise des agriculteurs, un maraîcher du nord de Finistère désireux de garder l’anonymat a résumé pour RT France la position du monde paysan qui continue ses manifestations à travers l’Hexagone.

RT France : Pourquoi les fermiers continuent de sortir dans les rues alors que le gouvernement vient de décréter un plan d’urgence en leur faveur ?

Agriculteur français : En 2014, nous avons eu une année difficile par rapports aux conditions météorologiques, il y a, par exemple, eu une surproduction d’artichauts qui a entraîné une baisse des prix. En plus, maintenant, les quotas viennent d’être abolis pour ce qui concerne la production de lait et de porc. Les prix baissent et les agriculteurs ont commencé à mettre la pression sur le gouvernement en attendant des mesures concrètes. Mais cela fait déjà plusieurs fois que le gouvernement essaie de nous convaincre que la production va s’améliorer et qu’on se rend compte que quand on lâche prise, rien ne se passe.

En outre, les agriculteurs se rendent compte qu’il y a trop d’importations sur le marché français, un marché sur lequel un excédent de produits de bonne qualité ne sont pas consommés.

RT France : Comme cette situation vous affecte-t-elle ?

Agriculteur français : En fait, en dehors de la conjoncture, il y a aussi la fermeture de certaines frontières qui dérègle tout le marché. Par exemple, l’embargo russe sur les produits agricoles européens a effectivement déstabilisé le marché.

En tant que producteur de légumes, je vends mes produits aujourd’hui, mais ce n’est que demain que je saurais le prix auquel ils seront vendus au consommateur. Une fois qu’on a vendu notre production, ce qu’elle devient et ce qu’en font les marchands, ce n’est plus notre rayon. On ne se demande pas où vont nos produits. Par contre, quand ça va mal, on essaie de savoir d’où vient le problème et de comprendre ce qui se passe.

Il suffit qu’un produit soit «déréférencé» par une grande surface, où qu’un pays qui achetait 10 à 15 % de notre production ferme ses frontières, pour que les prix baissent. Les prix changent tous les jours et il suffit qu’il y ait un acheteur de moins pour que ceux qui restent se partagent le gâteau, ce qui entraîne une baisse des prix [en raison de l’offre excédentaire].

Je voudrais également citer l’exemple des échalottes, qui sont un produit stock-up par rapport aux produits frais comme les artichauts. Tous les mois, on vendait un peu d’échalotes ou un peu d’oignons. Comme ça, on était sûr de notre revenu. Mais quand ces produits-là se vendent à des prix très bas, tout notre système commence à déraper.

RT France : Quelles mesures faut-il donc prendre pour aider les agriculteurs français ?

Agriculteur français : Certains producteurs demandent d’augmenter le prix de base de trois-quatre centimes, ce qui ne changera en fait rien pour le consommateur. Si vous avez des enfants, vous ne regardez pas le prix du lait, vous en prenez 3-4 litres par semaine. Si vous avez envie d’acheter un steak, cela ne fait pas de différence pour vous s’il coûte 17,32 ou 17,36 euros.

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RT France : Le gouvernement a promis 600 millions d’euros pour aider les agriculteurs français. Craignez-vous que cela ne suffise pas ?

Agriculteur français : On ne veut plus d’aides de l’Etat. Des annonces comme ça ne nous intéressent plus. Au fond, sur ces 600 millions d’euros, il y aura peut-être 100 000 d’euros qui reviendront effectivement aux agriculteurs. La plus grande partie sera distribuée à nos coopératives, à nos associations. Au niveau des producteurs individuels, ces aides ne représentent rien pour nous par rapport au bruit que ça fait. Si les agriculteurs sont dans une situation difficile, ils ne se redresseront que par le prix du marché.

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