Pepe Escobar : il reste au Congrès américain de valider l’accord, sous la pression d’Israël

Barack Obama et des membres du Congrès américainSource: Reuters
Barack Obama et des membres du Congrès américain

Après avoir qualifié l’accord sur le programme nucléaire d’«historique», le correspondant du journal Asia Times Pepe Escobar a cependant souligné que l’accord ferait face à une forte opposition pro-israélienne venant du Congrès américain.

RT : Que représente cet accord d’après vous ?

Pepe Escobar : C’est historique, c’est vraiment remarquable. C’est un grand pas pour la diplomatie. L’accord, comme le Premier ministre iranien Zarif l’a dit, n’est pas parfait, nous ne sommes pas au courant de sa mise en œuvre dans les détails. La partie vraiment difficile commence maintenant. D’un côté on va voir les Etats-Unis, l’ONU et l’UE essayer de démanteler peu à peu l’architecture des sanctions. Et de l’autre côté, l’Iran va se conformer à la réduction convenue dans le programme nucléaire. Tout cela va s’étendre jusqu’au mois décembre. Et si tout va bien, on va commencer à constater une levée légère des sanctions.

Ainsi, les 80 millions d’iraniens seront capable de voir des bénéficies tangibles seulement à partir du mois de janvier ou février 2016. Mais le fait qu’on a atteint cet accord ici aujourd’hui, représente une grande victoire pour la diplomatie.

RT : Pour l’instant tout le monde semble vraiment optimiste mais c’est maintenant au Congrès américain d’approuver cet accord avant qu’il prenne effet, et certains législateurs ont déclaré ne pas être satisfaits. Croyez-vous qu’Obama sera capable de vendre cet accord au Congrès ?

Pepe Escobar : L’administration Obama est convaincue d’obtenir un nombre de voix suffisant pour que l’accord ne soit pas bloqué par le Congrès, et c’est l’information qu’ils ont transmise aux négociateurs iraniens. Ils ont ainsi négocié sous l’hypothèse que le Congrès valide l’accord. Mais ils pensaient en terme de 30 jours, il ne faut pas l’oublier. Maintenant cela va faire 60 jours et évidemment nous allons observer une démonstration de force de la part d’Israël, des lobbies du Golfe Persique et d’Arabie saoudite à Washington avec beaucoup d’argent, d’influence, et de pressions médiatiques sur la table. Ainsi, l’interminable file de gens va venir répéter ce que le Premier ministre israélien Netanyahou, d’une manière tout à fait pathétique, a dit aujourd’hui, que cet accord «ne marche pas».

Bien sûr d’après lui, l’accord ne marche pas parce que maintenant son gouvernement israélien devra se concentrer sur ce qui est vraiment important ; sur ce qu’Israël fait aux Palestiniens. Mais maintenant, il n’y a plus de tergiversations, le dossier iranien est pratiquement fermé. C’est une victoire diplomatique. Maintenant ils doivent s’occuper de la Palestine. Il est évident que le seul échappatoire pour Netanyahou c’est de dire de dire que cet accord ne va pas marcher. Le problème, c’est qu’il possède une puissance de feu pour, je dirais, «contrôler» de larges pans de Capitol Hill.

Je ne suis pas sûr que cela marche, l’administration Obama a déjà commencé il y a plusieurs semaines à vendre cet accord au Congrès, mais beaucoup de ces législateurs ne savent rien de ce qui se passe au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Ouest ou en Iran. L’objectif d’Obama est donc de convaincre le Congrès que cet accord est une bonne affaire pour Washington, et pas seulement pour la diplomatie mondiale.

RT : Que pouvez-vous dire sur la déclaration du ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov qui s'est adressé aux journalistes en affirmant que maintenant que cet accord est réglé, cela rend non nécessaire la présence du système anti-missile américain déployé en Europe. Tout le monde est au courant que ce système se trouve tout le long des frontières russes et qu’il a l’intention de protéger l’Europe contre une menace nucléaire. Croyez-vous que Washington renonce bientôt à son système en Europe orientale ?

Pepe Escobar : Bien sûr que non. Il faut tout d’abord dire que ce système anti-missiles n’a rien à voir avec l’Iran et n’a jamais rien eu à voir avec l’Iran. Et comme le docteur Javad Zarif l’a répété à plusieurs reprises, c’est une crise inutile parce que c’était un dossier technique, scientifique qui a été politisé, essentiellement par les Etats-Unis.

La défense antimissile concerne la Russie, toutes les personnes en lien avec la sécurité internationale savent cela. Et bien entendu, les services russes de renseignement sont au courant. Alors, maintenant, que va-t-il se passer ? Il suffit de jeter un coup d’œil sur les documents récemment publiés par le Pentagone. Quatre pays sont considérés comme une menace potentielle pour l’Occident, les forces de la Corée de Nord ne comptent pas sur ce dossier, et quant aux autres trois pays, ce sont : la Russie, la Chine et l’Iran. Ainsi, la position du Pentagone ne changera pas, quoi qui se passe à Vienne. Et ceci est réellement inquiétant.

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