Pour Henri Sterdyniak, économiste, Tsipras n'a pas réussi à résister à la pression européenne

Un Euro et un Drachma© Yiorgos Karahalis Source: Reuters
Un Euro et un Drachma

Quelques jours à peine après son référendum, la Grèce a cèdé à ses créanciers et a annoncé tout un train de mesures d'austérité. Une mauvaise nouvelle pour les Grecs, explique l'économiste Henri Sterdyniak qui analyse l'échec de Tsipras.

Hausse de la TVA, coupes claires dans les pensions de retraite, privatisation des transports: le chef du gouvernement grec, Alexis Tsipras, a capitulé jeudi soir face à la pression de la troïka (FMI, UE et BCE) adoptant quasiment toutes mesures d'économies qu'il avait jusque-là rejetées. Henri Sterdyniak est le directeur de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), il est signataire du manifeste des Economistes atterrés, il revient pour RT sur ce rétropédalage grec.

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RT France: Comment analysez-vous le revirement d'Alexis Tsipras, qui revenu à la table des négocations, semble accepter toutes les demandes des créanciers ?

Henri Sterdyniak: Ce qui s'est passé, c'est que le rapport de force a joué. Il est très dur pour la Grèce de faire face à l'ensemble -ou presque- des pays européens, au FMI (Fonds monétaires international) et à la BCE (banque centrale européenne), Tspiras a donc été obligé de céder et d'accepter la quasi totalité des dictats des créanciers.

RT: Est-ce que la démission de Yanis Varoufakis a un lien avec ce rétropédalage d'Alexis Tsipras ?

Henri Sterdyniak: Varoufakis, il symbolise le fait que la Grèce a renoncé au fait de changer l'Europe, et n'est pas parvenue à démontrer que les politiques d'austérité mènent à la catastrophe. C'était évidemment une ambition démusurée. Varoufakis avait intellectuellement raison, mais le rapport de force n'était pas dans son camp car il n'a pas été suivi par la France, l'Espagne, l'Italie et le Portugal. Les créanciers jouent maintenant la déroute de Syriza. Ils espèrent que Syriza va se diviser, que l'aile gauche va refuser le plan et que Tsipras sera obligé de former un gouvernement d'union nationale. Il est très dur pour un gouvernement de gauche, le seul en Europe, de résister à une telle pression.

RT: Donc le «non» au référendum du 5 juillet en Grèce n'est pas parvenu à conforter Alexis Tsipras ?

Henri Sterdyniak: Cela n'a pas suffi. L'Europe n'est pas nécessairement une zone démocratique, lorsqu'un référendum donne un résultat, il n'est pas forcément suivi par les instances européennes ! Et puis les créanciers étaient très remontés contre les Grecs: soit il fallait céder, soit il fallait quitter la zone euro. Et comme les Grecs ne veulent pas quitter la monnaie européenne, ils ont été obligés de céder.

RT: Donc la Grèce ne peut pas sortir de l'Euro ?

Henri Sterdyniak: Elle aurait pu...mais en 2010 ! Lorsque les déséquilibres [financiers] sont apparus, la solution était évidemment que la Grèce sorte de la zone euro et qu'elle fasse défaut sur sa dette, comme l'a fait l'Argentine par exemple ou d'autres pays émergents. Mais Athènes ne l'a pas fait à ce moment-là, et le pays s'est donc retrouvé dans une spirale austérité-dépression telle qu'aujourd'hui, il serait encore pire pour les Grecs de sortir de l'Euro.

RT: Quel avenir désormais pour la Grèce ?

Henri Sterdyniak: Les Grecs se reprennent très clairement une nouvelle couche d'austérité, avec la hausse de la TVA et les baisses importantes des retraites. Il y a bien une part de l'austérité qui va être payée par les plus riches, par les grandes sociétés, mais le poids va surtout incomber aux salariés et aux retraités. Le risque c'est que cette situation aggrave encore la récession en Grèce. Donc ce n'est pas un compromis génial pour les Grecs.

RT: La Grèce pourra-t-elle rembourser sa dette un jour ?

Henri Sterdyniak:  Non, Athènes ne pourra pas la rembourser dans un temps raisonnable! En fait, il faudrait la mettre dans un coin et l'oublier. Pour commencer il serait nécessaire que les Européens donnent aux Grecs de quoi rembourser le FMI afin de sortir le fonds de Washington de l'histoire, faire la même chose ensuite avec la BCE, et pour le restant dû, il serait sage de différer le paiement, de permettre aux Grecs de commencer à rembourser leur dette dans 20 ans seulement. C'est pour moi, la seule solution viable.

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