Détricotage des relations franco-russes : «les jeunes générations ne nous pardonneront pas»

Jean-Pierre Thomas pendant une interview à RT France© RT
Jean-Pierre Thomas pendant une interview à RT France

En visite au forum économique à Saint-Pétersbourg, l’homme d'affaires et ancien homme politique français Jean-Pierre Thomas donne à RT France sa vision des relations économiques et politiques franco-russes.

Alors que le forum économique a débuté ce jeudi à Saint-Pétersbourg, les structures étatiques russes ont appris que ses actifs et propriétés ont été gelés en Belgique, de même qu’en France et en Autriche. Cependant, le timing de cette décision de justice des pays européennes, relative à l’affaire qui a été examinée à la Haye en 2014, est extrêmement significatif, estime l’ancien député et homme d’affaires français Jean-Pierre Thomas dans un entretien exclusif avec RT France.

«Evidemment, il y a une décision du côté de l’arbitrage, qui est parfaitement juridique, mais elle est manipulée, et le timing et la façon dont c’est annoncé sont éminemment politiques», a dit Thomas dans les couloirs du forum économique qu’il qualifie d’ailleurs d’un «pendant de Davos». Néanmoins, selon lui, face à une telle décision, la Russie, qui entend faire appel contre les agissements des procureurs européens concernant cette saisie d’actifs, «demeure tout à fait calme et sereine, avec beaucoup d’indépendance d’esprit, comme les français ont l’habitude de le faire».

La situation qui s’est créée ne permet pas de voir l’état de choses d’une position multipolaire, et les litiges purement financiers entre les pays sont actuellement utilisés «à d’autres fins qu’économiques», poursuit Jean-Pierre Thomas. Il y a à peine quelques années, la Russie a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce. Lui-même, en tant que conseiller politique de l’époque, a rédigé un rapport à l’initiative des présidents Medvedev et Sarkozy sur la création d’un espace économique euro-russe, mais actuellement «on est en train de détricoter, de tout détruire pas à pas», a-t-il déploré.

«Je pense que les jeunes générations ne nous pardonneront pas», tranche Thomas, «en tout cas les hommes d’affaires que j’ai croisé ce matin». Déjà que malgré la volonté des populations qui «aiment les russes et la Russie et vice versa», des «balivernes d’un milieu microscopique» essaient d’éloigner la France de la Russie, les économies des deux pays ont crucialement besoin l’une de l’autre puisqu’elles sont complémentaires : «Vous avez les ressources, le besoin de moderniser ce pays, ce pays en pleine transition, et l’Europe avec ses technologies a besoin de travailler, de vendre et de prospérer», a estimé l’ancien député.

«Nos intérêts sont liés. Ce continent européen est un, c’est à la fois l’Asie et l’Europe de l’ouest avec au centre la Russie», rappelle-t-il, avant de déclarer que d’après lui, les sanctions doivent terminer vers la fin de l’année, de même que la recherche d’une solution pour la crise ukrainienne.

Cette solution ne peut pourtant être que fédérale, ce qu’impliquent même les accords de Minsk. Mais encore «faudrait-il que le gouvernement ukrainien veuille bien faire un effort, qui est fait, il faut le dire, du côté russe», a déclaré Jean-Pierre Thomas, qui était venu rencontrer le président Poutine au côtés de l’ex-président de la République Valéry Giscard d’Estaing deux semaines auparavant.

Dans le cas contraire, «on va s’enterrer dans un conflit, dans des sanctions», qui auront pour conséquence que la Russie se tourne vers la Chine, «l’Europe se retrouvera bien seule entre le premier partenaire, la première économie du monde, le premier concurrent, et une autre économie Russe très puissante», a estimé l’homme d’affaires. «L’avenir de l’Europe est ainsi compromis, je ne le souhaite pas, je n’y crois pas», a-t-il finalement conclu.

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