Marie Duru-Bellat : «Supprimer le bac ? Ce serait une révolution !»

Le bac 2015© Stephane Mahe Source: Reuters
Le bac 2015

La professeur de sociologie à Sciences-po Paris Marie Duru-Bellat a précisé dans une interview à RT France qu’il fallait «réduire les échecs dans l’enseignement primaire et secondaire et puis réformer le bac».

Aujourd’hui, la France métropolitaine a vécu l’épreuve traditionnelle du bac de philosophie. Au total, 684 734 candidats ont entamé un marathon de six jours qui se terminera le 24 juin pour les écrits, dans plus de 4 200 centres d'examen.

Ces dernières années, le baccalauréat est devenu pour les Français un véritable rite initiatique et un marqueur social. Mais dans la vague des réformes du collège, on appelle de plus en plus le bac «une rite archaïque» qu’on doit supprimer. Néanmoins, la professeur de sociologie à Sciences-po Paris Marie Duru-Bellat n’est pas d’accord avec ces déclarations tapageuses. Elle insiste sur le fait que le bac unifie le système éducatif entre la capitale, les villes et villages jusqu’aux plus petits.

«Si on ne fait pas de baccalauréat je pense que l’enseignement sera beaucoup plus dispersé car des établissements feront des choses différentes. Cet examen a l’intérêt de préparer tous les enfants quel que soit leur lycée au même genre d’épreuves», a-t-elle précisé.

Selon ses propos, le système du bac a déjà connu des progrès considérables. Si dans les années 1980, 26% des candidats obtenaient leur «bachot», ils sont plus ou moins 80% à le décrocher aujourd’hui. 

«Le bac s’est beaucoup développé ces dernières années et on constate aussi qu’il est devenu plus difficile. Le bac n’a pas perdu sa valeur», a fait remarquer Marie Duru-Bellat.

Mais d’après elle, on ne doit pas se faire d’illusions. Les Français ne pourront pas faire plus à cause des échecs rencontrés dans le primaire ou le secondaire.

«Le nombre d’élèves qui obtiennent le bac a beaucoup augmenté mais il y a un plafond qu’on n’arrive pas dépasser parce qu’il y a des échecs bien plus tôt dans la scolarité. Il y a des jeunes qui se rendent au collège, dans le secondaire, en sachant mal lire», a fait savoir Marie Duru-Bellat.

C’est pourquoi, elle préfèrerait «réduire les échecs dans l’enseignement primaire et au début de l’enseignement secondaire pour ensuite réformer le bac». Pourtant la sociologue n’exclut pas que le système soit devenu «trop lourd» compte tenu des options disponibles. Si dix étudiants veulent passer un examen dans une langue rare, par exemple en laotien, le gouvernement est obligé leur donner cette possibilité mais avec le niveau d’endettement déjà élevé de la France, certains se demandent si cela est raisonnable sur le plan économique.

«La France cherche comme beaucoup de pays à faire des économies. Et on pourrait sûrement réduire le nombre d’épreuves. Ce système doit être simplifié car il est trop lourd. Mais de là à supprimer le bac, ce serait une révolution», a-t-elle déclaré. 

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