Laurent Karila : «Drink and let die, c’est ça ce que sera la "nouvelle loi Evin" pour les jeunes»

Addictologue français Laurent Karila © Félicien Delorme / Flammarion
Addictologue français Laurent Karila

La position du psychiatre français et porte-parole de l’association «SOS Addictions» Laurent Karila est catégorique : assouplir la loi Evin signifie laisser libre cours à la publicité pour l’alcool qui va déferler sur la population.

RT France : Plusieurs associations de prévention de l’alcoolisme sont contre cette modification. Pourquoi ?

Laurent Karila : La loi Evin encadrait plein de choses, et notamment la restriction de la publicité. En assouplissant cette loi, c’est une porte qu’on ouvre sur la publicité même si elle est détournée, sur plus de diffusion de messages de la part des lobbies de l’alcool. [Cet amendement signifie] une visibilité plus importante, ce ne sera plus restreint comme avant, avec la loi.

RT France : Est-ce qu’il y a des chiffres qui prouvent que la loi Evin a été efficace depuis son introduction ?

Laurent Karila : Pas à ma connaissance, mais vous savez bien que l’alcool est devenu la deuxième cause de mort évitable en France, avec 50 000 morts par an. Vous couplez ça au tabac, on monte à 130 000. Beaucoup de lobbies et beaucoup de sociétés viticoles doivent être contentes de cet assouplissement. Mais il n’y a pas que la loi Evin qui joue, il y a tout ce qu’il y a autour, mais oui, certaines mesures de la loi Evin font partie de la prévention. Evidemment, moins on montre d’images incitatives, plus on est dans la prévention. On sait très bien que les publicités sont très ciblées : on peut faire passer des messages en fonction des différentes couches de la société, toucher les jeunes … il y a aussi des publicités très ciblées pour les femmes. C’est compliqué.

RT France : Cet amendement risque-t-il d’inciter les jeunes à consommer davantage ?

Laurent Karila : Bien sûr que ça va avoir un impact. J’avais lu un communiqué de la fédération addiction en France qui se terminait par la phrase «boire et laisser mourir», ou «drink and let die» en anglais. C’est un détournement de la phrase de Paul McCartney qui est «Live and let die». Donc, «drink and let die», ça va être ça pour les jeunes. N’oubliez pas le binge drinking qu’on constate, ça va être ça.

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