Analyste géopolitique : l’arrivée de Poutine en Italie brise l’unité antirusse affichée au G7

Vladimir Poutine et le pape François Source: RIA NOVOSTI
Vladimir Poutine et le pape François

Dans une interview à RT, Dario Citati, directeur du Programme de Recherche «Eurasie» au sein de l'Institut des Hautes Études en Géopolitique de Rome, a expliqué quelle importance porte la visite du chef d'Etat en Italie.

RT France : A votre avis, que signifie cette visite ?

Dario Citati : L’arrivée de Poutine signifie avant tout qu’en Occident, il n’y a pas d’unanimité concernant le dossier ukrainien et la crise avec la Russie. Je dois rappeler par exemple qu’il y a eu dernièrement un problème relatif surtout à la fameuse «blacklist» de personnages, d’hommes politiques européens qui ont été sanctionnés par la Russie en réponse aux sanctions européennes.

Et malgré cela, quelques jours après, Vladimir Poutine va en Italie, le même pays qui, à une autre occasion, il y a quelques jours, prenait part au sommet G7 en Bavière, en Allemagne, qui a condamné fortement la Russie. On se rappelle très bien des propos du président Obama qui a parlé d’un rêve poutinien de reconstituer l’Empire. Eh bien,  quelques jours après, sans aucun problème, Poutine va dans un pays européen membre du G7 pour chercher des possibilités de manœuvre diplomatique. C’est un excellent témoignage de ce manque d’unanimité à l’intérieur de l’Europe et de l’OTAN où il y a un front modéré dont l’Italie est peut-être le principal élément.

RT France : Quel est l'intérêt de l'Italie à maintenir un dialogue avec Moscou ?

D.C. : La visite est importante parce que du côté italien, il y a la conscience que les sanctions contre la Russie, qui ont été approuvées par l’Italie aussi bien sûr, elles sont contreproductives pour deux raisons. La première, c’est qu’il n’y a pas de possibilité de changer vraiment la situation. Politiquement, les sanctions n’ont pas changé la position de la Russie et, entre autres choses, les sanctions ont été extrêmement lourdes pour l’économie italienne. Les tentatives d’ouvrir le dialogue avec la Russie pour chercher à faire pression, dans la mesure du possible, sur les alliés européens, me semble la raison pour laquelle l’Italie n’a aucun problème à entretenir une chaîne de dialogue avec Moscou, bien qu’elle appartienne au camp occidental, au camp de l’OTAN.

RT France : Est-ce que le G7 a pour effet de consolider les pays occidentaux contre la Russie ?

D.C. : Malgré la position officielle des pays du G7, il y a des réserves de la part de certains pays. Notamment, on sait très bien qu’à l’intérieur de l’OTAN, il y a les pays d’Europe orientale, les pays baltes, qui exercent beaucoup de pression pour que l’Ukraine, elle-même, entre dans l’OTAN, et il y a des pays défavorables à cette idée tels que l’Italie. Donc, cette unanimité qu’on voit très bien au moment où les pays européens parlent au nom de l’Union ou bien dans des formats comme le G7, en quelque sorte, s’écrase contre la réalité, c’est-à-dire les intérêts des différents pays…

Donc la signification de cette rencontre, à mon avis, est la mise en évidence des divisions à l’intérieur de l’UE, parce qu’on pouvait s’attendre à un bouleversement de cette visite, mais on sait que la visite n’a pas été annulée et, ce qui est aussi assez important, elle est doublée d’une visite au Vatican, un acteur assez important des relations internationales. Et cela témoigne du fait que malgré les déclarations de certains, la Russie n’est pas totalement isolée en Europe.

RT France : Est-ce que la Russie est parvenue à construire une relation spéciale avec le Vatican ?

D.C. : Pour vous répondre, je commencerai par rappeler que le président Poutine affiche publiquement sa foi, on se rappelle très bien qu’au cours de sa première visite au saint lieu en novembre 2013, il avait donné au Pape François une icône de la Sainte vierge en l’embrassant le premier. Pour beaucoup de catholiques en Europe, la politique interne de la Russie, la défense de la famille, les mesures contre l’avortement, la pensée conservatrice que Vladimir Poutine revendique ouvertement font de Poutine un point de repère pour beaucoup de catholiques en Europe, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Pour ce qui est du Pape François il faut rappeler que, sur les sujets internationaux, par exemple les interventions étrangères, il a tenus des propos très critiques.

Alors que le président américain voulait intervenir militairement en Syrie, à l’opinion contraire de la Russie s’ajoutait la journée de prière du Pape François et la lettre adressée justement au président russe - à l’époque la Russie était le siège du G20 - pour que cette intervention n’ait pas lieu. Et il n’y a pas eu d’intervention. Ainsi, le fait que Vladimir Poutine va rencontrer le pape François pour la deuxième fois témoigne du fait que le Vatican et la Russie, sur certains sujets internationaux, occupent des positions très proches.

RT France : Est-ce que, selon vous, les églises catholique et orthodoxe traversent des problèmes similaires ?

D.C. : Oui, il y a toujours des problèmes entre ces églises mais on peut dire, que le Vatican a une sorte d’indépendance géopolitique … Ainsi, malgré le fait que des pays comme la Pologne ou l’Ukraine occidentale soient catholiques en majorité, le Vatican n’a jamais pris une position de soutien fondée sur une base confessionnelle. Et cela a même été reproché de la part de certains gréco-catholiques, notamment les évêques gréco-catholiques de Crimée qui parlent ouvertement d’une agression russe, tandis que le pape de Vatican n’a jamais utilisé une telle expression, il préfère parler d’une guerre fratricide, c’est-à-dire à l’intérieur de l’Ukraine.

Je crois que l’Eglise orthodoxe a apprécié cette approche modérée du Vatican qui est d’autant plus intéressante si on considère que l’autre partie au conflit, les ukrainiens de l’Ouest, sont effectivement catholiques. Cela n’oblige pas Vatican à ne pas prendre une position en leur faveur et à refuser l’instrumentalisation du facteur religieux.

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