Avocat : l’interdiction du niqab «symptômatique d’une montée des tensions au sein de la société»

Les musulmanes néerlandaises au niqab Source: Reuters
Les musulmanes néerlandaises au niqab

La décision du gouvernement néerlandais d’interdire partiellement le voile intégral a ranimé le débat public sur les questions de laïcité. Hosni Maati, avocat engagé dans la lutte contre les discriminations, a partagé son point de vue avec RT France.

Vendredi 22 mai, le gouvernement néerlandais a rendu publique son intention d’interdire le port du niqab dans certains lieux publics. Selon Hosni Maati, cette mesure fait état d’une crispation du pays autour de la question de la représentation et de la visibilité des musulmans dans le pays, situation comparable à celle, par exemple, de la société française. 

«Cette volonté de légiférer, à mon avis, ne peut pas s’analyser sans tenir compte d’une crispation et d’une montée des extrêmes dans les pays d’Europe, et notamment de l’extrême-droite», estime Maati, avant d’entamer une analyse de la décision du gouvernement français d’interdire la dissimulation du visage.

«Je tiens à rappeler qu’on avait parlé des considérations de sécurité, mais un autre argument très important était celui du vivre-ensemble. Or, il me semble que construire un vivre-ensemble en France, et notre pays en a cruellement besoin, c’est faire en sorte qu’il y ait, par exemple, plus de mixité sociale. On ne construit pas un vivre-ensemble en basant cette construction sur un certain nombre d’actes négatifs. En interdisant le niqab, on a pas amoindri l’existence des ghettos sociaux en France. Je tiens à rappeler, par exemple, que Manuel Valls, le Premier ministre, a même parlé d’ ”apartheid social” en France. En interdisant le niqab, on a pas amoindri l’existence de ces ghettos sociaux», déplore Hosni Maati.

«En fait, l’adoption de telles mesures est symptomatique d’une montée des tensions, un symptôme qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans la société, et qu’on cherche à se rassurer en prenant un certain nombre des mesures qui n’ont en réalité qu’un sens symbolique», a déclaré l’avocat, en rappelant qu’en France, il n’y a qu’une infime minorité de femmes qui portent le niqab, et qu’«en réalité, cette interdiction ne correspond pas à l’intégralité de la réalité de la population musulmane».

«Dans le même temps, on constate qu’à chaque fois que vous avez une loi qui vient, le nombre d’agressions contre ces personnes, en l’occurrence des femmes, qu’elles soient voilées ou en niqab, augmente», raconte Hosni Maati, un avocat lui-même engagé dans la défense des victimes de l’islamophobie et de la négrophobie, en citant comme exemple le cas célèbre de Rabia Bentot, une jeune femme qui a été agressée à Argenteuil parce qu’elle portait un foulard islamique.

«Je ne vois donc pas de conséquences positives de cette mesure parce qu’en réalité, l’objectif qui était de construire un vivre-ensemble n’est absolument pas atteint. Au contraire, aujourd’hui, on voit après les tragiques attentats du mois de janvier qu’il y a encore une crispation autour de la question de la laïcité qui va même jusqu’à interdire le port de certaines jupes qui seraient trop longues et donc connotées religieusement».

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«On voit bien qu’il y a un objectif qui est affiché, un objectif noble que je partage parfaitement, c’est celui du vivre-ensemble, mais il me semble que les moyens utilisés ne sont pas les bons et que, finalement, ce n’est que de la poudre aux yeux», tranche Maati.

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