La «révolution douce» s'enflamme au Vatican

Le pape François Source: Reuters
Le pape François

Au cours des siècles, le Vatican a été entouré de mystères, ses affaires internes étant bien gardées derrière des portes closes. Cependant, le journaliste italien Gianluigi Nuzzi a réussi à y pénétrer, et il revient pour raconter son histoire.

Le 24 novembre 2015 un procès a été ouvert au Vatican. La cause : une fuite d'informations confidentielles. Cinq personnes seraient alors impliquées dans l'affaire, dont deux journalistes : Emiliano Fittipaldi et Gianluigi Nuzzi. Grâce aux informations obtenues, ce dernier a publié son ouvrage Via Crucis dans lequel il raconte les pérépities d'une lutte pour la propreté des esprits et des comptes du Saint-Siège.

Cette affaire a reçu le nom de Vatileaks II. Mais de quelles révélations s'agit-il ?

Une «révolution douce»

Depuis son arrivé au pouvoir, le pape François ménerait «une révolution douce», explique Gianluigi Nuzzi. L'objectif : débarrasser le Saint-Siège des abus du passé. Bien qu’on ne se trouve qu’au début de cette révolution et qu’il soit encore tôt pour parler de ses résultats finaux, des «changements historiques apportés à l’administration» par le nouveau pape sont déjà en place : il s'agit notamment de l’introduction de la commission chargée de la structure économique du Vatican (COSEA) et de la lutte pour la transparence des comptes.

Cherchant à réformer le système mais aussi à «changer les esprits», le pape François combat ces maladies dont souffre l'organisme Vatican

La réticence des «anciens» - pas si douce que ça ?

Néanmoins, «il y a eu de nombreuses tentatives de mettre fin à cette révolution», alors que «la guerre entre ceux qui veulent aider le pape dans son combat pour la transparence et contre la corruption et ceux qui rejettent les changements, n’est pas encore terminée».

D'après le journaliste, les cardinaux ne veulent pas partager le pouvoir avec les nouveaux organismes institués par le pape François, notamment le Secrétariat pour l'économie qui «devrait bénéficier de la pleine autorité sur tous les domaines de l'économie du Vatican», mais qui n’en bénéficierait pas, car les anciens cardinaux «ne veulent pas remettre les rênes du pouvoir».

L'impunité des cardinaux et des affaires douteuses

Mais à quoi bon cette révolution, qu'elle soit douce ou non ? Les choses, vont-elles aussi mal au Vatican ?

N'en déplaise aux anciens du clergé, les découvertes de Gianluigi Nuzzi démontrent des choses qui pourraient frapper les esprits.

Selon les témoignages du journaliste italien, la corruption prospérait au sein du Saint-Siège. Exemple : si quelqu'un voulait être canonisé, il suffisait de... payer. Selon le journaliste d'investigation, il existait une pratique de canonisation contre un montant de 750 000 euros. Où allait cet argent ? On l'ignore, mais en tout cas «il ne servait pas à aider les pauvres», assure Nuzzi.

En outre, un scandale relativement récent a fait beaucoup de bruit.

Un monseigneur puissant se serait illégalement emparé de l'appartement de son voisin quand ce dernier était absent - car il était sous traitement à l'hôpital...

Beaucoup de choses se passent dans les coulisses dans le but de discréditer le pape

A la guerre comme à la guerre

Ainsi, cherchant à réformer le système mais aussi à «changer les esprits», le pape François combat ces maladies dont souffre l'organisme Vatican (par exemple, le monseigneur gourmand de la propriété voisine «a été dépossédé du pouvoir»).

Cependant, il semble que, parfois, ses partisans et lui-même aient à faire face à des méthodes... pas très orthodoxes.

Il y aurait eu des cas de cambriolage et de vol de documents au Vatican, de chantage au pape, à qui on envoyait des documents décrivant «la liaison du Saint-Siège avec la mafia italienne, la mafia américaine».

En même temps, des attaques contre des cardinaux et des mensonges auraient été répandus : il y a quelques mois, des «journaux du monde entier» ont écrit que le pape souffrait d’une maladie du cerveau. D'après Gianluigi Nuzzi cela est fait «pour que les gens pensent que François est malade et ne peut pas penser clairement». Et ce malgré le fait que «le pape n'est pas malade».

Toutes ces choses font partie d’une «guerre constante non déclarée» qui, depuis l'extérieur, «ne semble pas être très agressive», bien que «beaucoup de choses se passent dans les coulisses dans le but de discréditer le pape».

Les martyres de la vérité ?

Le 7 juillet 2016 Lucio Ángel Vallejo Balda, l'un des prêtres accusés de la fuite des informations, a été condamné à 18 mois de prison pour «délit de divulgation de nouvelles et de documents confidentiels» du Vatican. Francesca Chaouqui, ancienne membre de la COSEA et autre accusée de l'affaire, a écopé de 10 mois de prison. 

Gianluigi Nuzzi n'a pas reçu de jugement : la cour du Vatican ne s'est pas reconnue compétente pour trancher le cas du journaliste italien.

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