Ex Premier ministre ukrainien : les pressions sur l’Ukraine sont venues de l’UE, pas de la Russie

Les hauts responsables de l’Union européenne (UE), pas la Russie, ont menacé l’Ukraine d’un coup d’Etat si Kiev ne signait pas l’accord d’association proposé d’ici la fin de l’année 2013, a déclaré l’ancien Premier ministre ukrainien Nikolaï Azarov.

« Je n’ai pas entendu dire par Poutine ou Medvedev qui si nous signions pas un accord avec l’UE, nous aurions un autre gouvernement. Mais j’ai entendu dire cela par [le Commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage] Stefan Fule. Il a dit que, si nous ne le signons pas, un autre gouvernement va le signer  », a avoué Azarov lors de la présentation de son livre « l’Ukraine à la croisée des chemins. Regards du Premier ministre » à Moscou.

La décision de retarder la signature de l’accord d’association prise par le président ukrainien Viktor Ianoukovytch a débouché sur les manifestations de l’Euromaïdan à Kiev qui ont gagné en violence jusqu’à provoquer un changement de régime en février 2014.

(REUTERS) Source: Reuters
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Selon Azarov, c’est Washington qui a chapeauté le plan de renversement de Ianoukovytch et de son gouvernement.

« En ce qui concerne les Etats-Unis, je crois qu’ils ont initialement appliqué des tactiques visant à renverser Ianoukovytch », a-t-il souligné. Mais d’abord, « leur but était de se débarrasser du gouvernement, parce qu’ils voyaient le gouvernement comme le facteur clé de stabilité dans le pays ».

Les Etats-Unis avaient besoin de « priver Ianoukovytch de cette base et ils ont atteint leur but par l’introduction de l’idée d’un gouvernement d’union nationale », a-t-il ajouté.

Azarov a quitté son poste de Premier ministre fin janvier 2014 alors que l’Euromaïdan multipliait les débordements de violence, il a déclaré en démissionnant qu’il avait l’espoir que ce geste pourrait faire émerger un compromis entre le gouvernement et les manifestants.

Pendant ce temps, les Etats-Unis, selon Azarov, ont pu engager Ianoukovytch dans « des négociations inutiles » avec les manifestants de l’Euromaïdan alors que des hommes armés à travers toute l’Ukraine arrivaient à Kiev pour s’emparer du pouvoir.

(REUTERS/Gleb Garanich) Source: Reuters
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Près de 100 personnes ont été abattues en février 2014 pendant une confrontation armée dans le centre de Kiev entre la police et les manifestants de l’Euromaïdan.

Azarov souligne que Ianoukovytch avait la possibilité de « maintenir l’ordre dans le pays » et de prévenir le coup d’état, mais que les morts de la place Maïdan l’ont « pratiquement paralysé ».

 Après leur renversement, Ianoukovytch et Azarov ont préféré s’enfuir d’Ukraine et trouver refuge en Russie, disant qu’ils avaient peur pour leurs vies.

A la mi-janvier, Interpol, à la demande de Kiev, a inclu l’ex-président et l’ex-Premier ministre dans sa liste internationale de personnes recherchées. Ianoukovytch et Azaron sont accusés de détournement de fonds et d’abus de biens sociaux au cours de leurs mandats respectifs.

Le nouveau gouvernement ukrainien a signé les pages économiques et politiques de l’accord d’association avec l’UE l’année passée. Les parlements européens et ukrainiens les ont ratifiés simultanément en septembre 2014.

L’ex-Premier ministre a qualifié de « catastrophe » les événements actuels dans le sud-est de l’Ukraine où les combats entre les insurgés et les forces de Kiev se poursuivent toujours.

Le deux parties étant toujours incapables de trouver elles-mêmes une solution pacifique à leur différend, Azarov a appelé à l’organisation d’une conférence internationale avec la participation de la Russie, des Etats-Unis et de l’Allemagne pour mettre fin aux hostilités en Ukraine.

 « Si les forces au sein du pays ne veulent pas s’arrêter – comme cela s’est déjà produit dans l’histoire – les Etats responsables doivent se rassembler et prendre une décision. Croyez-moi, l’Allemagne, les Etats-Unis et la France ont assez d’influence pour faire cesser cette guerre, ils doivent juste parvenir à un accord », a-t-il dit.

L’ex-Premier ministre a aussi dit qu’il ne croit pas que les nouvelles autorités ukrainiennes avec le président Petro Porochenko et le Premier ministre Arseni Iatseniouk à leur tête soient légitimes.

« Comment puis-je croire que ce sont des autorités légitimes si elles ont pris le pouvoir par un coup d’Etat armé, ont commis des crimes terribles, poursuivent actuellement une guerre fratricide et ne font rien pour arrêter [ la violence]  ? », a-t-il demandé.

Le conflit en Ukraine a commencé en avril dernier lorsque Kiev a envoyé ses forces régulières et bataillons de volontaires dans les régions de Donetsk et Lougansk  au sud-est du pays où des insurgés ont refusé de reconnaître les nouvelles autorités issues du coup d’Etat.

Le nombre de morts dans le conflit en Ukraine est maintenant supérieur à 5 300 personnes selon l’ONU, on compte également plus de 12 000 blessés.

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