Les faits de la guerre la plus terrible de l'histoire ne peuvent être révisés à des fins politiques

A la veille du 70ème anniversaire de la victoire sur le nazisme, le chef de l’administration présidentielle russe Sergueï Ivanov a expliqué dans une interview à RT pourquoi l'évènement du Jour de la Victoire a une telle importance.

Q : Sergueï Ivanov, chef de l’administration du Président russe, merci d’avoir trouvé le temps de nous rejoindre sur RT International, nous apprécions beaucoup.

R : C’est un plaisir.

Q : Dans le cadre des préparatifs aux grandes célébrations du Jour de la victoire dont ce sera le 70ème anniversaire, la première question est : comment avancent-ils, ces préparatifs, vus les problèmes économiques actuels en Russie et la réduction drastique des dépenses qui s’en est suivie ? Est-ce que cela nuira aux  célébrations du Jour de la victoire ?

R : Eh bien, les préparatifs des célébrations du Jour de la victoire sont en bonne voie. Je suis à la tête du comité d'organisation et je peux vous assurer que tout va bien. Il y a une centaine d’évènements, je ne peux pas parler de tous ces évènements car il me prendrait peut-être un jour pour tous les énumérer. Mais vous avez dit que la situation économique en Russie n’était pas très lumineuse, vous avez raison. Mais nous avons décidé expressément de ne pas réduire les dépenses consacrées aux préparations. Au total, le budget est de 28,5 milliards de roubles, c’est une somme énorme mais je voudrais préciser un point très important : cet argent est principalement dépensé non pas dans les festivités mais au profit des anciens combattants. Pour être exact, 12,5 milliards de roubles ont été alloués au logement des anciens combattants. La Russie compte encore près de 2,5 millions d’anciens combattants, cet argent est versé pour leur logement. Les autres 12,3 milliards de roubles sont accordés en tant que prestations sociales aux anciens combattants. Au final, une part mineure du  budget global est allouée aux évènements de toutes sortes. Il y en aura des centaines, comme je l’ai déjà dit.

Les chars T-34 de l'époque de la Seconde guerre mondiale pendant la répétition du défilé militaireSource: RIA NOVOSTI
Les chars T-34 de l'époque de la Seconde guerre mondiale pendant la répétition du défilé militaire

Q : Quels sont les évènements les plus significatifs prévus cette année ? Le 70ème anniversaire est bien sûr un grand évènement : qu’est-ce que le public peut s’attendre à découvrir ?

R : Je me souviens du temps où j’étais le ministre de la Défense il y a dix ans et on a célébré une autre grande fête, le 60ème anniversaire. Mais cette année, la fête sera encore plus grande. Les défilés militaires se dérouleront dans 150 villes, et pas seulement en Russie. Les troupes russes participeront à des défilés militaires à Bichkek au Kirghizistan, à Minsk en Biélorussie, à Erevan en Arménie et à Tskhinvali en Ossétie du Sud, que nous considérons comme un Etat indépendant. On verra cinq  parades navales différentes dans les ports russes et cinq spectacles aériens. Mais c’est à Moscou que les festivités atteindront leur paroxysme, bien entendu.

Les militaires russes sur la place Rouge pendant la répétition du défilé militaire du 9 maiSource: RIA NOVOSTI
Les militaires russes sur la place Rouge pendant la répétition du défilé militaire du 9 mai

Q : Racontez s’il-vous-plaît les petits secrets ou les surprises particulières auxquelles le public peut s’attendre? Y a-t-il des snapshots ?

R : Je ne peux pas tout vous divulguer mais peut-être que je peux livrer quelques détails. Le défilé à Moscou sera l’apogée, bien entendu. Il commencera à 10h00 le 9 mai parce que la Russie célèbre la fête le 9 mai. Le nombre de militaires… Plus de 15 000. On assistera à un défilé moderne et à un défilé rétrospectif. Je veux dire…

Q : Vous voulez dire qu’on verra aussi une partie historique ?

R : Certains soldats seront vêtus d’uniformes de l’armée soviétique d’il y a 70 ans. Il y aura des insignes particuliers, plus ce qu’on pourrait appeler un «salut au drapeau» en Grande-Bretagne, il y aura quelque chose comme ça. Bien sûr, on verra des vieux chars, le fameux T-34, quelques autres véhicules, les véhicules militaires qui étaient en usage il y a 70 ans. Le défilé sera partiellement rétrospectif.

Les militaires chinois sur la place Rouge à Moscou pendant la répétition du défilé militaireSource: RIA NOVOSTI
Les militaires chinois sur la place Rouge à Moscou pendant la répétition du défilé militaire

Q : Est-ce qu’on verra aussi des nouvelles technologies ?

R : Oui. En ce qui concerne les nouvelles technologies, on montrera pour la première fois des armements ultramodernes de haute volée tels que le missile balistique intercontinental Yars. Il y aura des véhicules blindés de transport de troupes, des systèmes d'artillerie de haute précision feront leur première apparition en public. Il y aura aussi les célèbres Sukhoi Su-30 et Sukhoi Su-35, qui sont aussi très modernes.

Q: Et qu’en est-il des dignitaires étrangers invités? Que pensez-vous du nombre de hauts représentants étrangers qui ont annoncé leur participation cette année ? Etes-vous satisfait du nombre de participants ou auriez-vous préféré qu’ils soient plus plus nombreux à assister au défilé, en particulier en ce qui concerne les hauts représentants européens?

R: Tout d'abord, il s’agit de célébrations russes. Le Jour de la Victoire est une fête très importante pour le peuple russe. On en est fiers. On veut souligner que l'Union soviétique a été le grand vainqueur de la seconde guerre mondiale, qu’elle a réussi à conquérir, à défaire le nazisme. Voilà pourquoi nous sommes heureux et prêts à recevoir des hauts représentants étrangers. Mais tout-de-même, pour les Russes, le plus important est la célébration en tant qu’évènement national. C’est notre fête interne, un jour interne de souvenir.

Mais si vous me posez la question de la participation des pays étrangers, évidemment, la situation internationale actuelle est telle que nous n’avons pas des relations très chaleureuses avec certains pays d'Europe Occidentale ou d’Amérique du Nord. Le nombre de hauts représentants étrangers sera inférieur à ce qu'il était, par exemple, il y a dix ans. Je me souviens qu’il y a dix ans, le président Bush était présent, aussi que de nombreux autres chefs d’Etat, y compris le Premier ministre britannique ... Mais cela n’est pas très important pour nous. Cette année, vingt-six chefs d'Etat ont déjà confirmé leur participation, ce sont les informations officielles. Plusieurs dirigeants d’organisations internationales, telles comme l'ONU, sont attendus, nous comptons notamment sur la présence de Ban Ki-Moon. On attend les dirigeants de la plupart des pays de la CEI, de nombreux pays asiatiques, des pays des BRICS et certains dirigeants européens: ceux de la République tchèque, de la Slovaquie, des pays des Balkans et le président de Chypre. La chancelière allemande Angela Merkel viendra le 10 mai, un jour après la parade.

Q : Avec le temps, cet événement prend de l’ampleur en Russie, et surtout cette année, la façon dont on le considère est importante, les gens de tous les âges y participent. Il faut dire qu’en Europe occidentale, il est moins célébré. Et la représentation russe des évènements est parfois remise en cause dans certains pays occidentaux, elle est un peu minimisée avec le temps qui passe. Croyez-vous que – on sait ce que fut la grande Victoire dont on fête le 70ème anniversaire en Russie cette année – est-ce que vous croyez que la manière dont différents pays embellissent leur rôle dans la victoire est mauvaise? Et est-ce que vous pensez que la Russie est présentée d’une façon erronée ? Pensez-vous que la Russie doit faire plus et dire : non, ce sont les faits, voilà comment ça s’est passé, et ça doit être rappelé et honoré comme c’était ?

Capture d'écran, vidéo RT
Capture d'écran, vidéo RT

R : Je suis d’accord. Je pense que nous ne pouvons pas changer ou réviser notre histoire. Il y a un grand nombre de documents, des preuves historiques qui attestent que l’Union Soviétique a joué un rôle décisif pour la victoire dans cette guerre qui a été la plus terrible de l’histoire. Et maintenant, vous avez raison, je suis aussi inquiet du fait que des politiciens dans certains pays, et surtout en Europe occidentale et aux Etats-Unis, essayent de réécrire l’histoire et de mettre le communisme et le nazisme sur le même plan. Ce n’est pas la même chose, ce n’est pas vrai. Et nos vétérans, tout comme la plupart des Russes, ne croiront jamais à ces allégations et ne pourront jamais cautionner cela. Je crois qu’avec le temps, les pays occidentaux veulent de plus en plus utiliser cette méthode moralement douteuse pour isoler la Russie, pour que les millions de victimes russes, aussi bien que les victimes britanniques et américaines du monde anglo-saxon qui ont sacrifié leur vie pour obtenir la victoire sur Hitler, tombent dans l’oubli.

Q : Est-ce qu’il est trop exagéré de dire que certains pays utilisent les terribles événements de la Grande Guerre de manière propagandiste ?

R : Oui, je crois que c’est de la propagande. Je sais que les médias occidentaux nous accusent souvent de propagande, mais dans ce cas-là, il y a une propagande occidentale évidente.      

Q : A l’approche du Jour de la Victoire, il existe une inquiétude dans certains pays d’Europe orientale, mais aussi en Grèce, en Allemagne, et en Grande-Bretagne, dans une certaine mesure, où l’on constate la popularité croissante des mouvements néonazis. Quel est le risque selon vous ? Et ce que cela représente un risque pour la Russie ? Et sinon, qu’est-ce que la Russie pourrait y faire ? Est-ce qu’elle peut vraiment y faire quelque chose ?

R : Evidemment, c’est un danger, très certainement.

Q : Croyez-vous que c’est surestimé ?

R : C’est toujours différent selon les pays. Disons les choses ainsi : dans les pays baltes et en Ukraine, on peut constater des manifestations nazies assumées, avec descente aux flambeaux et symboles nazis. Et nous sommes très préoccupés par le fait que les gouvernements locaux ne font rien pour empêcher cela. On constate aussi un essor du néonazisme dans certains pays européens, comme vous l’avez déjà mentionné.

Et comme je dois être objectif, il faut dire que les mouvements néonazis existent aussi en Russie, mais ils ne sont pas très populaires. Et nous sommes très fermes dans la lutte contre ce phénomène par la voie légale, mais aussi dans le cadre moral. Parce que si une majeure partie des Russes savait ce que c’est que le néonazisme, et quelle idéologie inhumaine il véhiculait, cela fonctionnerait comme un vaccin qui empêcherait les idées et l’idéologie du néonazisme de se propager, si je puis dire. L’aspect idéologique est très important du point de vue de la compréhension de l’histoire et du point de vue de tous ceux qui savent ce qui s’est passé il y a 70 ans.

Manifestation antinazie à BerlinSource: Reuters
Manifestation antinazie à Berlin

Q : Pourquoi, pensez-vous, certaines personnes ont-elles oublié aussi facilement ce qui s’est passé dans le délai relativement court d’une génération ou d’une génération et demie ? Est-ce qu’il y a quelque chose que la Russie pourrait faire pour transmettre le message que les choses qui se sont produites au cours de la guerre sont absolument terribles ?

R : D’un côté, parce que la jeune génération ne s’intéresse pas à l’histoire, de l’autre, parce que la société prête peu d’attention à ces faits et à ces événements. Par exemple, j’ai lu quelques résultats de récents sondages dans les pays européens. Près de 60% des personnes interrogées, des gens ordinaires, estiment que le rôle essentiel dans la lutte contre le nazisme, je parle des efforts militaires, a été fourni par les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Il y a 10 ans, c’était 40% mais pas 60 ou 70 %. En ce temps-là, près de 60% considéraient que c’est l’Union Soviétique qui a déployé plus d’efforts dans cette lutte. En dix ans, l’image a radicalement changé. C’est dommage et c’est honteux, si je puis ajouter.

Q : En disant qu’il y a des choses qui pourraient être améliorées, vous parlez des relations entre la Russie et l’Europe, la Russie et les Etats-Unis, mais la Russie est un partenaire de l’Europe, sur le plan géographique tout du moins. L’Europe fait face à plusieurs problèmes actuellement, économiques par exemple, et nous faisons tous face au problème du terrorisme. Est-ce qu’il y a quelque chose que la Russie pourrait faire pour aider l’Europe à combattre tous ces problèmes qui la concernent aussi ? Est-ce que le jour où nous pourrons observer une plus grande coopération arrivera bientôt ?

R : Bon, je commencerai par la question concernant le Jour de la Victoire et la Seconde Guerre mondiale. Les Nations Unies ont été organisées après la guerre et c’est une organisation internationale responsable de la sécurité. Et les Nations Unies ont été conçues afin de prévenir la répétition de quelque chose comme le nazisme ou d’autres guerres mondiales en général. Depuis ce moment, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, mais de nouveau défis et de nouvelles menaces comme le terrorisme, la prolifération d’armes de destruction massive, les conflits régionaux font toujours partie de l’ordre du jour. Et la Russie fait certainement partie de ceux qui essayent de résoudre tous ces problèmes, mais de les résoudre conjointement avec les Etats-Unis et l’Europe occidentale. Et nous ne changerons jamais notre approche fondamentale de ces problèmes. Et si d’autres partenaires veulent se joindre aux efforts communs et travailler ensemble, nous continuerons à le faire.

Q : Et croyez-vous qu’on va prendre cette direction dans un avenir proche ?

R : L’Iran est un bon exemple, l’accord récent de Lausanne sur le nucléaire iranien constitue une vraie avancée, à mon avis. Quant au Moyen-Orient, il faut toujours se rappeler ce qui s’est passé en Libye, en particulier. Il n’y avait aucune résolution des Nations Unis permettant de bombarder la Libye. Et maintenant, nous sommes confrontés à des efforts hypocrites visant à arrêter l’immigration clandestine, et notamment les migrants qui arrivent en Italie depuis la Libye. Quelle est la cause principale de l’immigration illégale? Le bombardement de la Libye. Maintenant, les pays européens font face aux résultats de leur propre politique.

Une épaisse fumée dans la ville libyenne de Syrte provoquée par les bombardement de l’OTANSource: Reuters
Une épaisse fumée dans la ville libyenne de Syrte provoquée par les bombardement de l’OTAN

Q : C’est un sujet de révolte en Italie.

R : C’est vraiment horrible, horrible de voir ces images à la télé de centaines de personnes noyées, mais la cause principale de cette immigration illégale consiste dans le fait que la Libye a été bombardée et que Mouammar Kadhafi a été tué.

Q : Et finalement, si vous avez un message à l’attention des Russes et de tous ceux qui nous regardent aux quatre coins du monde, que diriez-vous à l’occasion de ce 70ème anniversaire ?

R : Premièrement, je veux féliciter les Russes et tous les citoyens des ex-républiques de l'ancienne Union soviétique qui sont vivants jusqu’à présents ainsi que nos alliés aux États-Unis, en Grande Bretagne et dans d’autres pays comme l’Australie ou la Nouvelle Zélande qui ont combattu l’Allemagne nazie et je souhaiterais que les gens n’oublient jamais ce qui s’est passé en réalité.

Q : Sergueï Ivanov, chef de l’administration du Président russe, merci d’avoir trouvé le temps de nous rejoindre sur RT International, merci à vous.

R : Je vous en prie. Merci beaucoup. C’était un plaisir.

 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Social comments Cackle
Enquêtes spéciales